Les premières infos sur la 24ème édition de Visa pour l’Image
Le Festival de photojournalisme Visa pour l’Image, du 29 août au 4 septembre à Perpignan, rendra hommage à Remi Ochlik, reporter-photographe tué en février en Syrie, à Homs, aux côtés de la journaliste Marie Colvin.
Le prix récompensant les travaux d’un jeune journaliste décerné par la Ville de Perpignan portera désormais son nom et le festival présentera une rétrospective de ses reportages.
Cette édition sera aussi marquée par l’absence de Göksin Sipahioglu, fondateur de l’Agence Sipa, mort en octobre dernier, a souligné Jean-François Leroy, directeur de Visa. « Il avait été, avec Hubert Henrotte et Jean Monteux, à l’origine du formidable succès des +trois A+, Gamma, Sygma et Sipa », a-t-il dit mercredi lors d’une conférence de presse.
Le festival proposera une trentaine d’expositions et, comme chaque année, des soirées de projections retraçant les événements les plus marquants des douze mois écoulés.
Stanley Greene a suivi le recyclage des appareils électroniques dans des conditions déplorables au Nigeria, en Chine, en Inde et au Pakistan.

Portrait de Remi. Refugies Libyens au poste de frontiere de Ras Jdir, Tunisie
Doug Menuez, qui avait un accès exclusif au fondateur d’Apple, Steve Jobs, présentera un travail au long cours sur 15 années d’innovation dans la Silicon Valley. Krisanne Johnson montrera quant à elle les rites brutaux du passage à l’âge adulte des fillettes du Swaziland, micro-état africain ravagé par le sida où l’espérance de vie est tombée en dix ans de 61 ans à 31 ans.
A l’instar des années précédentes, l’AFP sera présente avec notamment une exposition de Massoud Hossaini, photographe afghan, « exposition programmée avant qu’il ne reçoive le Pulitzer », a tenu à préciser Jean-François Leroy. Trois autres reporters sont également exposés, Louisa Gouliamaki, Angelos Tzortzinis et Aris Messinis pour leur images de « l’onde de choc grecque ».
Visa proposera également « Transmission pour l’image », des rencontre entre photojournalistes et professionnels renommés comme Chris Morris, fondateur de l’Agence VII, Peter Bouckaert, directeur de Human Rights Watch, ou Patrick Chauvel.
Une dizaine de prix seront décernés (Visas d’or news, magazine, presse quotidienne, Femme Journaliste, web-documentaire…).
L’édition 2011 avait totalisé près de 210.000 entrées aux expositions et accueilli 3.000 professionnels accrédités de 58 pays.
Décès du photographe Göksin Sipahioglu, fondateur de l’agence Sipa
Le photographe, fondateur de la célèbre agence Sipa est mort mercredi 5 octobre, dans un paysage médiatique bien différent. Les magazines ne se battent plus pour les meilleures images, les photographes ont du mal à vivre, et les agences photos sont en pleine déconfiture. De la vie extravagante de Goksin Sipahioglu, on aurait pu faire un film. L’homme lui-même ne laissait pas indifférent : immense (il a été basketteur professionnel), beau parleur, homme à femmes, aventurier et un peu voyou, il faisait confiance facilement et pouvait s’emporter tout aussi rapidement.
Né en 1926 à Izmir, en Turquie, le jeune homme commence par s’embarquer dans une double carrière de basketteur et de journaliste. Très tôt, il se vante d’aligner les scoops: en 1958, il est » le premier journaliste turc à entrer en pays communiste après la guerre », dit-il au Monde. Il est aussi le premier occidental à photographier l’Albanie passée sous régime communiste en 1961. Mais c’est surtout à Cuba qu’il s’illustre, en 1962 : durant la crise des missiles, alors que le blocus de l’île est mis en place, il se glisse dans un cargo turc qui doit acheminer du blé à La Havane via la Barbade. A l’époque, il dirige aussi des journaux.

Mai 68 ©Goksin Sipahioglu
C’est Paris, capitale montante du photojournalisme, qui va lancer sa deuxième carrière. D’abord correspondant d’Hürriyet, principal quotidien turc, en 1966, il couvre mai 68 avec brio – et se fait blesser par une grenade. En 1969, il crée finalement avec sa compagne une agence : les films sont développés dans les toilettes d’un studio de 16 mètres carrés ! Pendant des années, tout est artisanal : les anciens de l’agence se souviennent des fois où Goksin Sipahioglu prenait la monnaie de la machine à café pour payer les photographes et des coupures d’électricité pour facture impayée « on tirait une rallonge jusqu’à la prise du couloir… »Sipa, créée officiellement en 1973, devient pourtant très rapidement un modèle, au côté de Gamma et Sygma.

Mai 68, ©Goksin Sipahioglu
Le patron a un sens du scoop, et il a aussi du flair pour dénicher les bons photographes. Un nombre impressionnant d’entre eux se sont vus donner leur chance à Sipa, y compris… le plombier de l’agence. Parmi les plus connus, Luc Delayahe, Alexandra Boulat, Abbas, Patrick Chauvel, Reza ou Christine Spengler ont fait leurs classes à Sipa. Mais Göksin Sipahioglu a des manières patronales particulières : il tutoie tout le monde et marche à l’affectif mais ne supporte pas les syndicats. Il cajole ses photographes mais se montre aussi très possessif. Et il ne partage pas le pouvoir.
Avec la crise de la presse et la montée du « people », les agences photo d’actualité vont connaître des heures difficiles. Pendant longtemps Göksin Sipahioglu refusera obstinément de vendre, avant de céder en 2001, devant les pertes, et d’accepterl’offre de Sud Communication. En juillet dernier, toujours déficitaire, l’agence a finalement été revendue à un groupe allemand qui a licencié les deux tiers des photographes et a annoncé sa volonté de transformer Sipa en agence généraliste. Une idée bien loin de l’ancienne Sipa, fleuron du photojournalisme créé par Goksin Sipahioglu.
Les récompensés au festival Visa pour l’image
Le Visa d’or catégorie News du 23e festival Visa pour l’Image de Perpignan a été décerné dimanche au photographe russe Yuri Kozyrev de l’agence Noor, pour un reportage sur « Les chemins de la révolution » dans les pays arabes.
Connu pour ses reportages sur les conflits dans le monde, Yuri Kozyrev a suivi ces derniers mois les mouvements de contestation en Egypte, au Bahrein et en Libye.

Des rebelles libyens hissent leur drapeau à un poste-frontière. Ras Lanouf, Libye, 8/03/11. © Yuri Kozyrev
Le Visa d’or catégorie Magazine a été attribué au photographe français Olivier Jobard de l’agence Sipa Press pour son reportage « Zarsis-Lampedusa, l’odyssée de l’espoir ». Le photojournaliste qui a suivi l’exode de Tunisiens vers l’île italienne à bord d’un chalutier pour le magazine Paris-Match.
Le Visa d’or catégorie Presse quotidienne a été remis à l’International Herald Tribune pour la couverture du photographe japonais Shiho Fukada sur les conséquences du séisme qui a frappé le Japon, avec le tsunami puis l’accident de la centrale de Fukushima.
Enfin, un Visa d’or « humanitaire » du Comité international de la Croix Rouge (CICR) a été décerné à la photographe franco-espagnole Catalina Martin Chico pour son reportage sur la révolution yéménite. Le festival Visa pour l’Image, qui réunit les plus grands photographes de presse, fermera ses portes le 11 septembre.
Sipa à la Galerie Basia Embiricos
« Images de guerre, images de femmes, Sipahioglu navigue entre deux eaux, entre deux zones de réalité : la rage et la volupté, la nudité et la mort. » Ces mots de l’auteur-compositeur Yves Simon, ami de celui que l’on baptise Sipa, résument parfaitement l’esprit et la force de l’oeuvre de ce grand photojournaliste de 84 ans, né en Turquie et vivant à Paris.
Comme le célèbre reporter de Magnum, Robert Capa, Sipa capta la beauté, l’élégance, au coeur des guerres et de la misère. Comme Capa, Sipa a fondé une célèbre agence (qui porte son nom) et a pris tous les risques comme en témoigne l’un de ses clichés exposés parmi une vingtaine d’autres à la galerie Basia Embiricos. Djibouti, mars 67. Quatre hommes tirent sur lui. Sipa a entendu siffler. « Les balles m’ont manqué de justesse », raconte-t-il. Il a tenu bon, il a pris la photo. Et le soir-même, peut-être, ou le surlendemain, il photographiait les maisons closes d’Afrique et les bordels de Bangkok. Une série d’images inédites qui ne figuraient pas dans sa rétrospective à la Maison européenne de la Photo en 2009.
Goksin Sipahioglu – Paris, France – 10 et 11 Mai 1968 – Exposition « Passions » – Galerie Basia Embiricos
Et puis, il y a BB que Sipa a photographiée, solitaire, au milieu de la foule d’un défilé. Bardot, songeuse et sublime à la conférence du film de Louis Malle Viva Maria ! à New York en 1965.
Sur une autre image, on croirait elle encore. Non, c’est une autre beauté, apprêtée, qui, au lieu d’un sac à main, porte un fusil, à La Havane, en 62. Sipa fut alors le seul journaliste à couvrir la crise des missiles depuis Cuba. Et d’autres femmes, toujours et encore sur tous les continents, de Pékin à Alger, une ode à la vie et à l’amour pour ce séducteur qui continue à charmer la gent féminine.
Passions, Goksin Sipahioglu.
Galerie Basia Embiricos, 14, rue des Jardins Saint-Paul, Paris 4e. 01.48.87.00.63.
Métro : Saint-Paul.
Prolongé jusqu’au 30 juin.
Entrée libre.
Source : « Hommage au grand photographe Sipa » de Marie Audran, http://www.lepoint.fr
Patrick Chauvel – Biographie
Patrick Chauvel est l’un des derniers correspondants de guerre indépendants ayant couvert les conflits majeurs de la seconde moitié du xxe siècle. Le Vietnam, le Cambodge, le Liban, le Salvador, l’Afghanistan, la Tchétchénie,…
Longtemps considéré comme « le photographe le plus fou de la planète », Patrick Chauvel a décidé de diversifier ses outils de communication. Si la photographie reste son activité principale, il est aussi passé du coté de la réalisation et de l’écriture.
Grâce à son père journaliste, il cotoyera dès son adolescence de grands journalistes ainsi que des aventuriers qui vont sceller son destin : Gilles Caron, Pierre Schoendoerffer, Joseph Kessel, Jean Lacouture… En répondant à une annonce dans un journal israélien à quelques semaines de la guerre des six jours, il découvre son métier. Gilles Caron lui laissera un Leica M3 qu’il n’aura l’occasion de lui rendre. Parti remplacer des civils dans les kibboutz, il fait le mur pour rejoindre les premières lignes lorsque la guerre éclate. Les photos sont ratées. Peu importe, Patrick a compris son chemin.
Près de 300 jours par an à l’étranger. Bercé par les tirs en rafales et les départs précipités, il acquière, peu à peu, une étiquette de photographe de guerre. Formé au laboratoire de France Soir, il abandonne rapidement le show-business pour les tranchées. Travaillant pour Newsweek, Paris Match, Sipa-Press, Sygma…
Sur place, son humanité ressort. Il capte les histoires et les émotions.
Patrick manie aussi bien la caméra que l’écrit ou la photo. Peu importe le support. « Aujourd’hui, l’information est tellement omniprésente que si l’on ne sait pas ce qui se passe, c’est que l’on refuse de le savoir ». Bien qu’il parte de moins en moins, la guerre le poursuit toujours. Elle est partout, autour de lui. « On trimbale toujours la guerre avec soi. Les sons et les odeurs la rappellent. Les barbecues renvoient aux cadavres brûlés. A Paris, un homme entre dans un bar, on a l’impression qu’il va se faire tuer. A la campagne, près des buissons, on pense toujours à une embuscade… ».
Ses clichés, anciens et récents, se superposeront bientôt pour incarner la méfiance. Méfiance des conflits à venir. Méfiance des apparences. Méfiance de la violence gratuite. Au fond, la mort est la seule chose dont il ne se soit jamais méfié.
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