40 ans de photojournalisme – Génération Sipa
SIPA revient sur 40 ans de photojournalisme à un moment où la profession perd de sa superbe. A l’ère du numérique et à l’époque où chaque amateur produit des quantités impressionnantes d’images du monde entier, ce livre veut revenir sur toute une époque et une profession, peut être plongée dans un mal-être profond.
L’agence SIPA Press est une agence de photojournalisme crée en 1973 par le journaliste et reporter turc Gökşin Sipahioğlu. Il couvre personnellement les événements de Mai 68, ce qui lui donne l’occasion de venir en France.
C’est en 1969 que Gökşin Sipahioğlu monte sa propre agence dans un studio de 16m² sur les Champs-Elysées loué à Fernand Raynaud. Il développe les films argentiques dans les toilettes. SIPA vient de son propre nom de famille. C’est seulement en 1973 que naît officiellement l’agence SIPA Press. Mais cela n’empêche pas les problèmes logistiques, l’agence s’installe rue de Berri, où en cas de panne de courant, Gökşin Sipahioğlu fait tirer des rallonges pour brancher les agrandisseurs dessus, et les machines à écrire sont installées dans le couloir !

La période faste de l’agence se situe entre 1975 et 2000, les photos de l’agence sont omniprésentes à la une de Paris-Match, VSD et du Figaro Magazine. Il est l’homme des bons coups. Par exemple lors de l’invasion de Chypre il a l’idée de distribuer 150 appareils photo jetables aux soldats de l’armée turque pour récupérer des images du cœur de l’action.
En 1989 l’agence prend place dans 8.000m² au boulevard Murat à Paris. Gökşin Sipahioğlu est décédé en octobre dernier.
Ce livre permet de retrouver un pan de l’histoire du photojournalisme avec par exemple des images de l’IRA en 1971 par Sylvain Julienne. Lech Walesa en 1982 par Wojtek Laski, Yasser Arafat en 1983, le terroriste Carlos à l’aéroport d’Alger en 1975 par Nik Wheeler. Mais aussi des images de la Lybie en 2011 prises par Onur Coban, ou encore des images de l’attentat du 11 septembre en 2001 par Bill Biggart.
Une belle manière de rendre hommage à une profession entière et aussi une manière de garder une trace de l’histoire qui file devant nos yeux.


40 ans de photojournalisme – Génération Sipa
De Michel Setboun et Sylvie Dauvillier
Création graphique et mise en page : Grégory Bricout
© 2012, Éditions de La Martinière
239 pages – 39 euros
Pour le commander cliquez ici
Interview de Jean-François Leroy, directeur de Visa pour l’Image

La mort de Rémi Ochlik
Rémi, je le vis mal, parce qu’il avait 28 ans et qu’il était bourré de talent. C’était un mec tellement gentil, aimable. Il est mort le 22 février. On a fait un petit hommage avec ses copains le 22 au soir au 61. Quand je suis rentré, j’ai fait un mail à Jean-Marc Pujol, le maire de Perpignan : « Rémi, c’était un pote de Visa pour l’Image, c’était un bébé de Perpignan. Je voudrais vous proposer de rebaptiser le prix du Jeune reporter en prix Rémi Ochlik. » Il m’a répondu oui tout de suite.
Le coup de gueule annuel de JFI
Cette année, c’est la mode Hipstamatic, Instagram qui m’exaspère. Si je photographie une poubelle avec Instagram, la photo est jolie mais je n’y suis pour rien, c’est l’appareil qui fait tout. Où est l’œil du photographe ? En revanche, quand Karim Ben Khelifa photographie en Syrie avec un iPhone, je comprends que c’est pour des raisons de sécurité. Mais on peut faire des photos avec un iPhone sans utiliser Instagram ou Hipstamatic.(…)
Quel que soit l’outil, ce qui nous intéresse c’est l’œil. Hipstamatic, Instagram, c’est une paresse intellectuelle et ça devient un « truc ». Et ce n’est pas parce qu’on fait des photos à l’Hipstamatic que c’est un sujet.
La désertion des grandes agences
Une des quatre plus importantes et qui faisait partie des piliers, Corbis, a annulé son stand. Mais soyons réalistes, l’attrait de faire un centre de presse était valable lorsqu’il y avait des acheteurs qui avaient un chéquier dans les journaux. Où sont-ils aujourd’hui ? C’est une vraie question.
Visa pour l’image et le ministère de la culture
Les derniers ministres de la Culture, que ce soit Renaud Donnedieu de Vabres ou Frédéric Mitterrand, avaient un engagement sincère auprès des photojournalistes, et ils l’ont prouvé. Mais le système politique français est un système qui fait que quand on change de ministre, il y a de nouvelles orientations. C’est vrai que je suis un peu déçu, parce qu’on se retrouve tous les ans ou tous les deux ans, avec les quarante mêmes personnes, avec qui on redéfinit les deux cents mêmes problèmes ; et le temps que les choses bougent, le ministre change et il faut recommencer.
L’iPad, un nouveau débouché pour les photographes ?
Quand on me dit : « Tu veux voir les photos du tsunami ? Achète-toi 3.11 Project. Tu veux voir les lions de Nick Nichols ? Tu veux voir l’œuvre de Giacomelli : 14 euros. Tu veux voir Via PanAm de Kadir Van Lohuizen : 5 euros. » C’est très bien, très amusant, c’est une découverte. Maintenant, je voudrais qu’on me dise combien ils en vendent.
Paris Match ou le Figaro Magazine, leur application a été chargée à des dizaines de milliers d’exemplaires. Mais ceux qui paient leur magazine toutes les semaines, on en compte un millier et quelques… les bonnes semaines.
La fin des tables rondes de Visa pour l’image
Nous avons essayé depuis des années d’organiser des tables rondes sur le droit des photographes, les tarifs syndicaux non respectés, etc. Quand nous avons commencé il y a dix ans avec Freelens, nous avions des audiences de 200-250 personnes. La dernière fois que nous l’avons fait, il y avait 18 personnes. Être au déjeuner Paris Match, oui. Être à la fête , oui. Être au pot Getty AFP, oui. Mais venir au Palais des congrès pour entendre une conférence intelligente, visiblement ça n’intéresse personne.
Retrouvez l’interview en intégralité ici
Source : zigzags.blogs.lindependant.com
Patrick Chauvel – Portrait
A 63 ans, Patrick Chauvel, légende vivante du photoreportage, continue de parcourir la planète d’un conflit à l’autre. Dans son dernier livre, il revient sur les révolutions sud-américaines des années quatre-vingt.
Quand le photoreporter Patrick Chauvel a monté sa société de production, son banquier lui a proposé de la baptiser «Agios». Il y a de quoi : «Financièrement, je n’ai jamais eu deux années tranquilles devant moi. Je n’ai pas acheté d’appartement, ma moto a trente ans et ma voiture, quarante !» Ca ne l’angoisse pas, mais ça peut l’énerver. Surtout quand le manque d’argent le cloue au sol alors qu’un conflit éclate à l’autre bout du monde. Visiblement, il n’a toujours pas digéré d’avoir raté la chute de Saigon… Depuis, il s’est rattrapé.

C’est en couvrant l’année dernière la révolution libyenne que lui est venue l’idée de son nouveau livre, Les pompes de Ricardo Jesus : «L’enthousiasme des printemps arabes m’a rappelé celui des printemps sud-américains». Cela donne un passionnant récit dans lequel les aventures s’enchaînent, du Salvador à Cuba, du Nicaragua au Suriname, à dos d’âne avec des guérilleros dépenaillés, au cœur de la jungle avec des mercenaires anglais. Il y a des évènements inattendus – l’assassinat de l’archevêque Romero en plein office, une baignade matinale avec Bob Marley – des histoires d’amour et d’amitié : «il y avait quelque chose de joyeux au milieu de toute cette violence. Aujourd’hui, dans le monde arabe, il est beaucoup plus dur de décompresser, il n’y a pas d’alcool et les femmes sont cachées…»
Au domicile de Bob Marley. Le chanteur jamaïcain invite le photographe à fumer un joint avec lui.PATRICK CHAUVEL / CORBIS-SYGMA
Certains jeunes photographes sont venus au métier à la lecture de son premier livre. Lui qui a dû faire le deuil de son maître, Pierre Schoenderffer, récemment disparu, se retrouve aujourd’hui investi du rôle de grand ancien. La roue tourne. Il se souvient d’avoir croisé en Lybie, au bord d’une route, un de ces garçons pleins d’audace et d’enthousiasme : «Je regardais le désert, il me parlait, je n’écoutais pas trop, et puis ce qu’il m’a dit m’a touché, il y avait quelque chose de presque romantique dans sa vision du métier. Cela m’a rendu optimiste, je me suis dit « tiens, la relève est là… »». Quelques mois plus tard, Rémy Ochlick, vingt-huit ans, était tué dans un bombardement à Homs, en Syrie. C’est vers ce pays déchiré que veut maintenant s’envoler Patrick Chauvel : «Tant que le corps suit, je lâcherai pas l’affaire.»
Pour vous procurer son dernier livre, cliquez ici
Source : Vladimir de Gmeline – Marianne
Nomad’s land – Les bidonvilles du froid
Ce livre se veut le reflet du reportage diffusé dans l’émission Envoyé spécial sur France 2 le 28 février 2008. Produit par Capa, ce film avait pour objectif de sensibiliser les Occidentaux à la détresse et à l’immense pauvreté des paysans et de leurs enfants au nord de la Mongolie. Que connaissons-nous de la Mongolie au-delà des steppes, des chevaux et de Gengis Khan ? Que savons-nous de ces populations paysannes qui subissent les affres de conditions climatiques de plus en plus extrêmes ? Samuel Le Bihan et Richard Aujard sont partis à la rencontre de ces familles, de ces enfants obligés pour survivre de se réfugier dans les égouts d’Oulan Bator, capitale de la Mongolie.
Richard Aujard est né en 1965 à Hasparren au Pays Basque. Passionné par l’image, il devient à 19 ans assistant pour le studio Vogue et commence à réaliser des photos de mode pour de grands magazines. Il décide ensuite de se tourner vers de nouveaux horizons en photographiant des monstres sacrés du cinéma, de la musique et du sport. « La sophistication me met mal à l’aise, j’aime à la fois la force et les fêlures chez les êtres. » Richard parcourt le monde en quête de nouveaux visages et a publié plusieurs ouvrages : la légende Harley Davidson (Filipacchi, 1989) avec Mickey Rourke sur les Moto Club Harley, L’Armée française (Assouline, 1998)…
Les photographies de Richard Aujard ont été publiées dans des magazines tels Photo, Paris Match, VSD, Première, Studio, Ciné Live, Optimum, Max, GQ, Esquire… Il a aussi travaillé pour la publicité (Nike, Bic, Liptonic, Bollé…). Parallèlement à son travail de photographe, passionné de cinéma, il a réalisé deux courts métrages sélectionnés dans de nombreux festivals : Question d’honneur (1998) et Vendetta (2003).
Nomad’s land – Les bidonvilles du froid
Nb. de pages : 144 pages
Les Boulat à l’honneur du prochain album de RSF
À l’honneur, les Boulat, père et fille dans le nouvel album de Reporters Sans Frontières.
Vingt-cinq ans que Reporters Sans Frontières lutte en faveur de la liberté de la presse a travers le monde. Cet album rassemble les cent images publiées dans le numéro 34 de la collection 100 photos pour la liberté de la presse.
Co-fondatrice de l’agence VII, auréolée de nombreux prix pour ses reportages en zones de conflits, Alexandra Boulat, décédée en 2007, était la fille de Pierre Boulat, illustre photojournaliste. Ce dernier collabore longtemps avec le prestigieux magazine américain Life avant de s’épanouir au sein de Paris Match, à l’époque où l’hebdomadaire français publiait de nombreux grands reportages. Dans un bel hommage, la femme du défunt photographe, Annie Boulat, témoigne de deux univers très opposés. Celui de son mari s’évertuait à raconter « des histoires d’un monde qui retrouve la joie de vivre et se reconstruit. » L’œuvre de sa fille, en revanche, nous montre « le côté le plus noir de l’humanité et tente d’y trouver une lumière. » Avant de conclure : « Les regards de Pierre et d’Alexandra se croisent et se retrouvent dans la même volonté de voir et de partager. »
À lire également, un superbe texte de Florence Aubenas, grand reporter au Nouvel Observateur.
Elle rend hommage à la famille Boulat dans la préface de l’album. Parle des difficultés du métier de reporter de guerre, constamment en proie au doute. Surtout, la présence d’Aubenas, retenue captive en Irak pendant de longs mois, fait écho à la situation des deux journalistes de France 3, Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière, otages des Talibans en Afghanistan depuis 217 jours.
Exposition Pierre et Alexandra Boulat, Reporter sans frontière, Petit Palais, jusqu’au 27 février 2010
100 photos de Pierre et Alexandra Boulat pour la liberté de la presse
Éditions RSF
9,90 €
Source : http://www.lemondedelaphoto.com, Benjamin Favier
Paris Match 60 Ans, 60 Photographes
Paris Match vient d’avoir 60 ans. Tout au long de ces décennies, le magazine français le plus populaire a raconté en images la marche du monde, ses joies et ses peines, ses fêtes et ses tragédies. Soixante photographes ont participé à cette formidable aventure. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Quelle a été leur vie, parfois fastueuse, souvent dangereuse ? A travers ces soixante portraits émaillés de témoignages et d’anecdotes, cet ouvrage retrace l’histoire d’un hebdomadaire qui a révolutionné le domaine de l’image et de la presse en se plaçant toujours au coeur de son époque. Près de 400 documents issus des archives de Paris Match rappellent la forte identité visuelle de ce magazine de reportage qui a marqué plusieurs générations.

- Broché: 285 pages
- Editeur : Editions de la Martinière (19 mars 2009)
- Collection : HORS COLL
- Langue : Français
Patrick Chauvel – Biographie
Patrick Chauvel est l’un des derniers correspondants de guerre indépendants ayant couvert les conflits majeurs de la seconde moitié du xxe siècle. Le Vietnam, le Cambodge, le Liban, le Salvador, l’Afghanistan, la Tchétchénie,…
Longtemps considéré comme « le photographe le plus fou de la planète », Patrick Chauvel a décidé de diversifier ses outils de communication. Si la photographie reste son activité principale, il est aussi passé du coté de la réalisation et de l’écriture.
Grâce à son père journaliste, il cotoyera dès son adolescence de grands journalistes ainsi que des aventuriers qui vont sceller son destin : Gilles Caron, Pierre Schoendoerffer, Joseph Kessel, Jean Lacouture… En répondant à une annonce dans un journal israélien à quelques semaines de la guerre des six jours, il découvre son métier. Gilles Caron lui laissera un Leica M3 qu’il n’aura l’occasion de lui rendre. Parti remplacer des civils dans les kibboutz, il fait le mur pour rejoindre les premières lignes lorsque la guerre éclate. Les photos sont ratées. Peu importe, Patrick a compris son chemin.
Près de 300 jours par an à l’étranger. Bercé par les tirs en rafales et les départs précipités, il acquière, peu à peu, une étiquette de photographe de guerre. Formé au laboratoire de France Soir, il abandonne rapidement le show-business pour les tranchées. Travaillant pour Newsweek, Paris Match, Sipa-Press, Sygma…
Sur place, son humanité ressort. Il capte les histoires et les émotions.
Patrick manie aussi bien la caméra que l’écrit ou la photo. Peu importe le support. « Aujourd’hui, l’information est tellement omniprésente que si l’on ne sait pas ce qui se passe, c’est que l’on refuse de le savoir ». Bien qu’il parte de moins en moins, la guerre le poursuit toujours. Elle est partout, autour de lui. « On trimbale toujours la guerre avec soi. Les sons et les odeurs la rappellent. Les barbecues renvoient aux cadavres brûlés. A Paris, un homme entre dans un bar, on a l’impression qu’il va se faire tuer. A la campagne, près des buissons, on pense toujours à une embuscade… ».
Ses clichés, anciens et récents, se superposeront bientôt pour incarner la méfiance. Méfiance des conflits à venir. Méfiance des apparences. Méfiance de la violence gratuite. Au fond, la mort est la seule chose dont il ne se soit jamais méfié.
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