Publié le 22nd février 2011

Petit, le cheveu sombre, le sourire éclatant et le teint buriné, il parle anglais avec un fort accent français. Discret, il en dit peu sur sa vie personnelle. La plupart de ses collègues ignorent qu’il a une ex-femme et deux enfants, en France. Il est métis, né à Dalat en 1927 de père français et de mère vietnamienne. Élevé en France, il a fait les Beaux-Arts à Rennes, en Bretagne. Son expérience de la photo de guerre, c’est dans l’armée française, depuis 1950, qu’il se l’est forgée, car il s’est engagé dans le but d’être affecté au Vietnam où son père vit toujours. Cela fait donc vingt ans qu’il parcourt les routes de la péninsule, muni de ses appareils photo. L’Histoire et le goût de l’aventure ont fait le reste.


Sur le champ de bataille, Henri Huet est autosuffisant, rapide, « maître dans l’art de se rendre invisible », note Horst Faas qui dirige les opérations photographiques d’AP au Vietnam. Il se faufile au cœur de l’action sans se faire remarquer et se positionne toujours à la bonne distance. Pour déclencher, il sait prendre son temps ; il attend que l’image se compose. Certains se souviennent qu’il leur a appris à survivre sur le champ de bataille, certains qu’il n’est avare ni de conseils, ni de son temps, d’autres qu’il est toujours prêt pour une bonne plaisanterie. Il rapporte ses films à Saigon, épuisé, amaigri, couvert de la terre du Vietnam.

Ses photos paraissent dans les journaux du monde entier. Il saisit tous les visages de la guerre. Ceux de la détresse des soldats, ceux de la terreur des civils et ceux des enfants. Il fixe sur la pellicule les yeux d’une petite fille que des soldats américains ont trouvée dans une grotte, sur la route de Dalat, à quelques kilomètres de sa maison natale. Il y a eu aussi ce jour de janvier 1966 où il rapporte du combat tant de bonnes photos que le rédacteur en chef photo du bureau d’AP ne sait pas où donner de la tête. Et Larry Burrows, le célèbre photographe de Life, déclare en voyant la photo du médecin Thomas Cole, le visage enveloppé de bandages, apportant des soins à un autre soldat : « C’est la une de Life ! ». Ce reportage vaut à Henri Huet la Robert Capa Gold Medal.


Et l’année suivante, en septembre 1967, il ne peut échapper au feu. Il est sérieusement blessé à Con Thien. Dana Stone, qui apprécie tant sa compagnie sur le terrain, immortalise la scène : Henri grimace de douleur dans une tranchée, ses appareils à côté de lui. Évacué, opéré, il est éloigné du champ de bataille pendant quelques mois. À peine rentré au Vietnam, il est impatient de retrouver l’action. Les missions sur le terrain se succèdent à nouveau. En 1969, la direction d’AP, inquiète des dangers qu’il court, le persuade d’accepter un transfert à Tokyo. Très vite, il s’ennuie ferme et n’aspire qu’à retourner au Vietnam. Le prétexte de l’invasion du Cambodge, en mars 1970, est tout trouvé : le bureau de Saigon manque de bras et demande qu’on renforce son équipe. Henri est candidat et obtient son transfert. Il est à nouveau chez lui. Il suit de près les opérations militaires au Cambodge. Ses courriers traduisent son inquiétude et son épuisement, et ce d’autant que l’invasion du pays s’accompagne de la mort et de la disparition de nombreux journalistes, parmi lesquels ses proches amis les photographes Kyioshi Sawada et Dana Stone.


À peine revenu au Vietnam, il est à nouveau happé par l’actualité, l’invasion du Laos que préparent, depuis quelques mois, Sud-Vietnamiens et Américains. Les journalistes se groupent à la frontière, à Khe Sanh. Le temps est pluvieux, l’attente pénible. Henri Huet fait parvenir à Saïgon ce qui seront ses dernières pellicules. Pour la première fois depuis le début de la guerre, les Américains refusent d’embarquer des civils dans les hélicoptères. Les Sud-Vietnamiens suivent aussi cette règle, mais, le 9 février, l’officier qui commande la force sud-vietnamienne d’intervention au Laos convie des journalistes à l’accompagner dans son inspection du front. Les quatre photographes qui montent dans l’hélicoptère sont Larry Burrows, Kent Potter, Henri Huet et Keisaburo Shimamoto. Peu avant midi, les hélicoptères décollent et se dirigent vers le Sud. La théorie la plus communément admise est que l’hélicoptère de presse s’est égaré sur le terrain montagneux de la piste Hô Chi Minh.


Le site du crash du 10 février 1971 sera localisé presque trente ans plus tard et répertorié sous le numéro 2062. Une équipe de recherche américaine se rend sur place, accompagnée par Horst Faas et Richard Pyle fidèles à leur amitié. Du flanc de la montagne, on déterre de la pellicule 35 mm, des optiques de Nikon, des fragments de montres, des boucles de ceinture, une médaille de baptême… et le boîtier d’un Leica. Des restes retrouvés sur le site du crash ont été scellés dans le mur du Mémorial des journalistes du musée de la presse, le Newseum, à Washington, en avril 2008.



Source : http://www.slash.fr

Publié le 7th août 2010

À l’honneur, les Boulat, père et fille dans le nouvel album de Reporters Sans Frontières.


Vingt-cinq ans que Reporters Sans Frontières lutte en faveur de la liberté de la presse a travers le monde. Cet album rassemble les cent images publiées dans le numéro 34 de la collection 100 photos pour la liberté de la presse.

 

Co-fondatrice de l’agence VII, auréolée de nombreux prix pour ses reportages en zones de conflits, Alexandra Boulat, décédée en 2007, était la fille de Pierre Boulat, illustre photojournaliste. Ce dernier collabore longtemps avec le prestigieux magazine américain Life avant de s’épanouir au sein de Paris Match, à l’époque où l’hebdomadaire français publiait de nombreux grands reportages. Dans un bel hommage, la femme du défunt photographe, Annie Boulat, témoigne de deux univers très opposés. Celui de son mari s’évertuait à raconter « des histoires d’un monde qui retrouve la joie de vivre et se reconstruit. » L’œuvre de sa fille, en revanche, nous montre « le côté le plus noir de l’humanité et tente d’y trouver une lumière. » Avant de conclure : « Les regards de Pierre et d’Alexandra se croisent et se retrouvent dans la même volonté de voir et de partager. »


À lire également, un superbe texte de Florence Aubenas, grand reporter au Nouvel Observateur.


Elle rend hommage à la famille Boulat dans la préface de l’album. Parle des difficultés du métier de reporter de guerre, constamment en proie au doute. Surtout, la présence d’Aubenas, retenue captive en Irak pendant de longs mois, fait écho à la situation des deux journalistes de France 3, Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière, otages des Talibans en Afghanistan depuis 217 jours.


Exposition Pierre et Alexandra Boulat, Reporter sans frontière, Petit Palais, jusqu’au 27 février 2010

100 photos de Pierre et Alexandra Boulat pour la liberté de la presse
Éditions RSF

9,90 €


Source : http://www.lemondedelaphoto.com, Benjamin Favier


Publié le 15th mars 2010

Nelson Mandela - Jurgen schadeberg

De nombreuses photos marquantes de Jürgen Schadeberg (né en 1931 à Berlin) sont entrées dans l’histoire. En 1950, ce jeune photographe émigre en Afrique du sud et y travaille pour Drum, premier magazine à s’adresser aux lecteurs noirs, puis pour Time Life et Stern. Au début des années cinquante, il photographie le jeune avocat Nelson Mandela, la chanteuse Miriam Makeba et la vie nocturne débridée dans le dynamique quartier noir de Sophiatown. En 1964, alors qu’il devient de plus en plus difficile de faire des photos, Schadeberg quitte le pays et passe les décennies suivantes en Europe et aux Etats-Unis.

En 1985, Schadeberg retourne en Afrique du Sud et y réalise en 1994 une photographie qui fera le tour du monde : Nelson Mandela, premier président noir d’Afrique du Sud, à la fenêtre de son ancienne cellule à Robben Island.


Source : http://www.photosapiens.com – Laurent Farby


Actuellement à la
Polka Galerie
12 rue St Gilles, Paris 3e
www.polkagalerie.com

Et en
librairie


Relié : 32x32cm, 288 pages, 250 illustrations duotone
Editeur : Hatje Cantz Publishers ; Édition : Mul (20 mai 2008)


Publié le 4th novembre 2009

Né à Paris de parents russes, Erwitt passe son enfance à Milan en Italie avant d’émigrer avec sa famille aux États-Unis. Adolescent, alors qu’il vit à Hollywood, il s’intéresse à la photographie et travaille dans un laboratoire commercial avant d’étudier la photographie à l’université de Los Angeles.

En 1949, Erwitt voyage en France et en Italie, son appareil Rolleiflex au poing. Appelé sous les drapeaux en 1951, il est posté en Allemagne et en France dans le service de transmissions de l’armée où il est chargé de différents travaux photographiques.

Robert Capa sera l’un des premiers à le remarquer et à l’inviter à devenir membre de l’agence Magnum. Il travaille alors en freelance pour « Look », « Life », et autres célèbres magazines illustrés qui connaissent alors une époque faste.

Erwitt devient président de Magnum pendant trois ans à la fin des années 60. En 1980, il produit des comédies pour Home Box Office. Dans les années 70, il réalise plusieurs documentaires célèbres, dont Beauty Knows No Pain (1971), The Glassmakers of Herat, Afghanistan (1977) et The Many Faces of Dustin Hoffman.

Ses deux ouvrages Photographs and Anti-Photographs (1972) et Son of Bitch(1974), le rendent célèbres pour son ironie bienveillante et son sens de l’humour teinté de mélancolie. Il est en outre doté d’une sensibilité humaniste typique de l’esprit de Magnum. Ses œuvres sont exposées dans des galeries de prestiges et plusieurs grands musées aux quatre coins du monde et sont également très prisées des collectionneurs privés.

Publié le 7th octobre 2009
Larry Burrows - VietnamLarry Burrows a photographié la guerre du Vietnam depuis les premiers moments de l’engagement américain, en 1962, jusqu’à sa mort en 1971, lorsque son hélicoptère fut abattu à la frontière entre le Vietnam et le Laos. Il s’est trouvé au cœur du conflit, dans un pays dévasté, parmi des soldats et des civils traumatisés par la cruauté de la guerre. Ses images, publiées par le magazine Life, ont touché la conscience américaine et contribué à faire naître les mouvements de protestation qui ont secoué les Etats-Unis dans les années 60.


Les photographies réunies dans cet ouvrage, dont certaines sont inédites, mettent en évidence le talent de Burrows, son courage – il n’hésitait pas à se pencher avec son appareil par les portes d’un avion en vol – et son humanité, qui apparaît à travers les images de soldats blessés ou épuisés, d’enfants vietnamiens souffrant physiquement et psychologiquement de la guerre. Ces photographies sont brutales, poignantes et terriblement réalistes. Elles constituent un brillant exercice de photojournalisme, transcrivant l’histoire en marche tout en atteignant un très haut niveau artistique.
Comme le dit David Halberstam,  » Larry Burrows fit oeuvre d’historien autant que de photographe et d’artiste. Grâce à ses reportages, les générations nées après sa mort possèdent un témoignage unique de ce que fut cette terrible guerre. Ce livre est en quelque sorte son testament. « 


Je tenais particulièrement à vous parler de ce photographe car c’est par le biais de son travail sur le Vietnam que j’ai notamment commencé à m’intéresser au photojournalisme et à y être sensibilisé.  Si vous voulez vous procurer ce livre il n’est malheureusement plus édité mais vous pouvez le faire venir des Etats-Unis en cliquant ici




Publié le 5th octobre 2009

Qu’il soit adulé par certains, détesté par d’autres, Eugene Richards n’en est pas moins un photojournaliste américain réputé qui a le courage et la volonté de montrer le monde tel qu’il est avec ses bons et ses mauvais cotés. Mais surtout ses mauvais cotés, il faut dire car Eugene Richards se focalise sur des sujets tels que la guerre, la pauvreté, la drogue, les urgences dans les hôpitaux, les enfants atteints du sida, la vieillesse, la misère en Afrique… et dernièrement la guerre en Iraq via le traumastisme de soldats américains de retour chez eux dans son livre « War is personal« .


Eugène Richards


Nelida Bagley aide son fils, l’ancien sergent José Pequeno, dans un centre médical pour vétérans de guerre du Massachusetts, en mars 2008. La cervelle de cet homme de 34 ans a été fortement endommagée par l’explosion d’une grenade à Ramadi, en Irak, deux ans plus tôt.


Ancien membre de l’agence Magnum, collaborateur régulier du magazine Life, Eugene Richards est un photographe que ne laisse personne indifférent que l’on aime ou non son travail.


Get Adobe Flash playerPlugin by wpburn.com wordpress themes