Ci-dessous les articles concernant " guerre"

Le travail et la mémoire du photographe Tim Hetherington célébrés à Sundance

28 jan 2013   //   Tim Hetherington  //  Laissez un commentaire

tim« Il ne s’est jamais dérobé », dit de lui son ami Sebastian Junger. Le photographe Tim Hetherington, décédé en 2011 alors qu’il couvrait la rébellion en Libye, est célébré à Sundance, où un film retrace le parcours humain et professionnel d’un grand « faiseur d’images ».

Présenté hors compétition, « Which way is the front line from here? The life and time of Tim Hetherington », de Sebastian Junger, avec qui le photographe avait réalisé « Restrepo », a reçu le grand prix du documentaire à Sundance en 2010.

Le film, produit par la chaîne américaine HBO, suit la formation et la carrière de dix ans du photographe britannique, de ses premiers clichés de guerre au Liberia au 20 avril 2011 jusqu’à ce qu’il trouve la mort à Misrata à l’âge de 40 ans avec le photographe Chris Hondros, victimes d’un tir de mortier.

Né à Liverpool, Tim Hetherington avait étudié la littérature à l’Université d’Oxford avant de se consacrer au photojournalisme.

Il vécut et travailla plusieurs années en Afrique, où il fut le seul photographe à vivre derrière les lignes rebelles pendant la guerre civile au Liberia en 2003.

Tim Hetherington était aussi vidéaste et le film utilise largement ses images –fixes ou animées–, notamment de ses derniers jours.

« Tim avait abondamment filmé les derniers jours de sa vie avec une caméra vidéo, et ses images sont devenues le point de départ » du documentaire, explique Sebastian Junger dans sa note de présentation.

« De plus en plus de journalistes meurent dans les zones de conflit et leurs morts sont de plus en plus documentées car tout le monde, apparemment –même les combattants rebelles– a des caméra vidéo », observe-t-il.

« La tragédie de la mort de mon ami, ai-je pensé, pourrait peut-être informer les journalistes et le grand public des risques du métier », ajoute-t-il.

Le film offre aussi des entretiens avec des amis et proches de Tim Hetherington, notamment le photographe James Brabazon, avec qui il fit ses premières armes au Liberia, et qui souligne le talent égal de son ami pour la photographie et le documentaire filmé.

Sebastian Junger estime lui aussi que « sa grande valeur, en tant qu’artiste, était sa capacité à combiner de multiples médiums et à transcender les limites de sa profession. Lui-même refusait de se définir comme +photographe+, lui préférant le terme plus ambigu de +faiseur d’images+ », écrit-il.

Tim Hetherington avait atteint une renommée mondiale et la reconnaissance définitive de ses pairs avec son travail en Afghanistan, dont il avait tiré un livre de photos et le documentaire « Restrepo ». Ses clichés lui avaient valu en 2007 le World Press Photo Award.

Une sélection de ses photos est d’ailleurs exposée à la Julie Nester Gallery jusqu’à la fin du mois, à Park City (Utah, ouest des Etats-Unis), où se tient le festival de Sundance jusqu’à dimanche.

Syrie : le photographe Don McCullin repart en guerre

3 jan 2013   //   Don Mc Cullin  //  Laissez un commentaire

don-mccullin-mCélèbre pour ses clichés de guerre, notamment du Vietnam, le photographe britannique Don McCullin n’a pas encore pris sa retraite. À 77 ans, il repart sur un autre théâtre de guerre : la Syrie.

Depuis plus de 50 ans, Don McCullin parcourt le monde. Photographe autodidacte, le Britannique s’est fait connaître en montrant les horreurs des conflits armés et autres catastrophes qui ont marqué l’histoire récente.

Dès les années 1960, au plus près des violences, il a su capter, avec son appareil, la dure réalité de la famine au Bihar en Inde, de la guerre des Six-Jours au Proche-Orient, ou encore du bourbier vietnamien au côté des marines américains.

Alors que depuis quelques années il ne s’occupait plus que de paysage et de natures mortes dans son pays natal, le photographe de 77 ans a finalement décidé de repartir sur un autre terrain de guerre, en Syrie. « Je vais couvrir la guerre à Alep. Je suis harcelé du matin au soir là où je vis dans le Somerset [sud-ouest de l'Angleterre], et je veux juste partir d’ici », confie-t-il dans une interview accordée au Guardian.

Légende vivante du photojournalisme, Don McCullin est aujourd’hui horrifié de voir que les conflits n’intéressent plus les lecteurs. « Personne ne veut voir des enfants en train de mourir. Ils veulent juste voir des talons hauts. Il n’est plus question que de célébrités. Les célébrités, les looks et la mode », constate, amer, le photographe.

« Si je vois encore une autre photo de Gwyneth Paltrow, je vais enfoncer ma tête dans les toilettes. Des faux bronzages, les Beckham, Jamie Oliver. J’en ai marre de tout ça. C’est pour cela que je vais en Syrie », ajoute-t-il. Le septuagénaire explique également qu’il a décidé de repartir pour mieux se retrouver lui-même : « Je ne veux pas m’installer trop confortablement. Si je ne me pousse pas à mon âge, alors que je vais fêter mes 78 ans, je vais avoir Alzheimer. »

Alors qu’un documentaire sur sa carrière, intitulé « McCullin », vient de sortir au Royaume-Uni, le reporter fait aussi un bilan de son métier. Interrogé par la version britannique du quotidien Metro, il avoue qu’il s’est parfois senti coupable de gagner sa vie en photographiant des horreurs : « Ces photos montrent de la souffrance, des enfants en train de mourir. Je ne peux pas dire que j’étais fier de moi. J’avais même honte, si vous voulez savoir la vérité. »

Profondément marqué par les combats auxquels il a assisté au cours de sa vie, il assure que ses clichés, principalement en noir et blanc, ne quittent jamais son esprit. « Certains souvenirs sont intacts, comme s’ils s’étaient déroulés hier. Comme cette bataille au Vietnam : deux semaines à voir des tanks rouler sur des corps et les transformer en tapis persan », raconte sans détour Don McCullin.

Malgré ses séquelles mentales et physiques, le photographe ne regrette pas d’avoir choisi ce métier. Élevé dans les années 1940 dans un quartier pauvre de Londres, il estime que le journalisme lui a permis d’éviter de plonger dans la criminalité. « Si je n’étais pas devenu photographe. Je n’aurais pas eu de vie. J’aurais été perdu », estime-t-il.

 

Par Stéphanie TROUILLARD, France 24.

Mort de Wilhelm Brasse, ancien prisonnier et photographe d’Auschwitz

25 oct 2012   //   Hommage, Le métier  //  Laissez un commentaire

Sur ordre des autorités, Wilhelm Brasse, ancien détenu du camp d’extermination nazi d’Auschwitz-Birkenau, avait pris en photo des dizaines de milliers de ses compagnons. Il s’est éteint mardi à 95 ans à Zywiec, dans le sud de la Pologne.

Wilhelm Brasse a également fourni des documents sur les expérimentations pseudo-médicales du docteur Josef Mengele et d’Eduard Wirths, médecin en chef SS d’Auschwitz-Birkenau.

Né le 3 décembre 1917, il a travaillé dans sa jeunesse comme photographe dans le sud de la Pologne. Après le début de la Seconde Guerre mondiale, malgré ses origines autrichiennes, il a refusé de signer la « Volksliste », signifiant le ralliement à l’occupant allemand, et a rejoint l’armée polonaise. Arrêté par les Allemands lors d’une tentative de passage de la frontière hongroise en 1940, il a été envoyé dans le camp d’Auschwitz-Birkenau. Il y reçoit le numéro de prisonnier 3.444.

En janvier 1941, sur l’ordre de Rudolf Höss, le commandant du camp d’Auschwitz où furent exterminées environ 1,1 million de personnes, dont un million de Juifs, une cellule d’identification de prisonniers, la Erkennungsdienst, est créée. Brasse y est affecté dès février avec sept autres détenus. Leur travail consistait surtout à prendre en photo les nouveaux prisonniers.

« Sauf ceux envoyés directement dans les chambres à gaz », a-t-il déclaré à l’AFP en 2009. « En une nuit, on m’a ordonné de photographier 1.100 déportés du camp de Drancy en France », a-t-il alors ajouté. « J’étais le seul photographe professionnel de l’unité. Les Allemands avaient besoin de moi et cela m’a permis de survivre. » Le musée du camp conserve quelque 39.000 photos dont Brasse est l’auteur.

Le 17 janvier 1945, à l’approche de l’Armée Rouge, on lui a ordonné de tout détruire. Le photographe a tout de même réussi à sauver une partie des négatifs. Après l’évacuation du camp, il fut envoyé dans les camps de Mauthausen, de Melk et d’Ebensee en Autriche où il fut libéré par les troupes américaines.

Wilhelm Brasse n’a plus retouché à une caméra après la guerre. Il sera inhumé dans le cimetière de Zywiec.

Prix Bayeux 2012

26 sept 2012   //   Alessio Romenzi, Prix de Bayeux  //  Laissez un commentaire

Au-delà des travaux du jury et de la remise des prix, le Prix Bayeux-Calvados c’est aussi une semaine de rendez-vous autour de l’actualité internationale.

Échanges, témoignages, décryptage de l’actualité avec ceux qui la couvrent au quotidien, fenêtre ouverte sur un monde en perpétuelle turbulence, c’est cet « arrêt sur images » que propose chaque année Les Rencontres du Prix Bayeux-Calvados à travers des expositions inédites, un salon du livre, des forum-médias, des soirées débats, des projections de documentaires, des opérations tournées vers les jeunes…

Des expositions inédites, produites pour le Prix Bayeux-Calvados

Karim Ben Khelifa “Portraits des ennemis”
Un face à face de portraits de combattants de chaque côté de la ligne de front (Sud Soudan, Inde/Cachemire, Israël/Palestine).

“Bosnia, 1992-1995”, Exposition collective à l’occasion du 20e anniversaire de la guerre.
L’exposition présentera une quarantaine d’images de photographes ayant contribué au livre “Bosnia 1992-1995”, dirigé par Jon Jones (éditeur photo), Gary Knight (production, avec Ziyah Gafic) et Rémy Ourdan (éditeur texte). Le livre rassemble plus de cinquante photographes et journalistes bosniens et étrangers.

Jérôme Sessini – Magnum Photos “The wrong side”
Après de nombreux reportages sur la guerre des cartels de la drogue au Mexique, un ouvrage à paraître en septembre “The wrong side” rassemble l’ensemble du travail de Jérôme Sessini sur la situation de violence et la manière dont les Mexicains vivent dans les villes les plus dangereuses du Mexicains vivent dans les villes les plus dangereuses du pays.

Syrie, un peuple sacrifié
Exposition en extérieur dans la Ville de Bayeux. Regard croisés de quatre reporters qui ont couvert l’actualité en Syrie :
Rodrigo Adb (AP), Mani, Alessio Romenzi (Corbis) et Laurent Van der Stockt.

La Maison des Journalistes a 10 ans
Pour cet anniversaire, « L’Exil » est mis en images par 40 dessinateurs du monde entier.

Zoom et décryptage : Somalie, Syrie, retour sur la Bosnie Des soirées pour aborder l’actualité internationale différemment :
Retour sur le siège de Sarajevo, les réalités de la guerre à travers le film d’Angelina Jolie “Au pays du sang et du miel”, et le témoignage de Rémy Ourdan (Le Monde).
“Somalie, l’air de la paix” en partenariat avec Arte reportage. Projection d’un documentaire inédit réalisé par Thomas Dandois (Camicas Productions) suivie d’un débat animé par Didier François (Europe 1).
Soirée grands reporters “Syrie : zone interdite”, animée et préparée par Jean-Marc Four (France Culture) en présence de ceux qui couvrent le conflit au plus prés, notamment Javier Espinosa (El Mundo), Mani (photographe indépendant)…

Salon du livre – Témoignages
Des grands noms du reportage seront présents à la rencontre du public : Hervé Ghesquière, Patrick Chauvel, Edith Bouvier, Christophe Boltanski, Benjamin Barthe, Tomas Van Houtryve, Sara Daniel, Régis Le Sommier, Jean-Marie Quemener, Bernard Lebrun, Mouhssine Ennaimi, …

Place aux documentaires, le dimanche
Quatre documentaires exceptionnels proposés en accès libre au public : “5 Broken Cameras” : l’histoire d’Emad Burnat, cinéaste palestinien autodidacte, qui se documente contre le Mur israélien en cours de construction dans son village. Des images exceptionnelles et inédites du Bahreïn avec “Bahreïn, plongée dans un pays interdit”, réalisé par Stéphanie Lamorré, une co-production Premières Lignes – Arte France. La guerre sans merci de la production d’or en Colombie : “Pour tout l’or de la Colombie” réalisé par Pascale Mariani et Roméo Langlois. “À la une du New York Times” : immersion dans le quotidien d’une institution de la presse internationale.

 

Bosnia 1992-1995

7 sept 2012   //   Les livres  //  Laissez un commentaire

En septembre 2011, un groupe de photographes et journalistes ayant couvert la guerre de Bosnie décide de retourner à Sarajevo le 6 avril 2012 pour commémorer le 20e anniversaire de la guerre.
Ils décident aussi de faire un livre de photographie sur la guerre, de l’éclatement du conflit en avril 1992 à l’accord de paix en décembre 1995.
Jon Jones (éditeur photo), Gary Knight (production, avec Ziyah Gafic) et Rémy Ourdan (éditeur texte) pilotent le projet. Ils rassemblent plus de cinquante photographes et journalistes bosniens et étrangers qui offrent leur travail.
Rémy Ourdan organise, avec l’association sarajévienne Memory Module, la réunion ‘Sarajevo 2012′, le 6 avril à l’hôtel Holiday Inn.
Bosnia 1992-1995 est présenté sur écran le 6 avril lors de la conférence des reporters de guerre. Le livre paraît le 11 juillet 2012, jour de commémoration de la tuerie de Srebrenica. Il est présenté dans le cadre du ‘Memorial Day’ du Sarajevo Film Festival.

Les contributeurs de Bosnia 1992-1995 :
Odd Andersen, Darko Bandic, Yannis Behrakis, Nina Berman, Alexandra Boulat, Eric Bouvet, John F. Burns, Christophe Calais, Patrick Chauvel, Rachel Cobb, Steve Connors, Enrico Dagnino, Jerome Delay, Janine Di Giovanni, Amel Emric, Wade Goddard, Antoine Gyori, Benoit Gysembergh, Tom Haley, Jean Hatzfeld, Ron Haviv, Filip Horvat, Roger Hutchings, Morten Hvaal, Srdjan Ilic, Olivier Jobard, Jon Jones, Thomas Kern, Gary Knight, Rikard Larma, Paul Lowe, Anthony Loyd, Santiago Lyon, Enric Marti, James Mason, Christopher Morris, James Nachtwey, Anja Niedringhaus, Peter Northall, Remy Ourdan, Gilles Peress, Michael Persson, Ariane Quentier, Noël Quidu, Laurent Rebours, Andrew Reid, Patrick Robert, David Rohde, Laurent Sazy, Kurt Schork, Tom Stoddart, Laurent Van der Stockt.

En France, Bosnia 1992-1995 est vendu à partir du 1er septembre par la librairie ‘Comme un roman’ (39 rue de Bretagne 75003 Paris).
Le livre est également disponible lors du festival Visa pour l’Image de Perpignan (3 au 9 septembre) et du Prix Bayeux-Calvados des Correspondants de guerre (8 au 14 octobre), où auront lieu des évènements liés au 20e anniversaire de la guerre de Bosnie et au livre Bosnia 1992-1995.
Le livre peut également être commandé sur le site web www.bosnia-book.com/en .

Bosnia 1992-1995
Edited by Jon Jones
Text editor: Remy Ourdan
Art Director: Stephen Reid
Sub-editor: James Palmer
Production: Gary Knight and Ziyah Gafic

www.bosnia-book.com/en

Patrick Chauvel – Portrait

A 63 ans, Patrick Chauvel, légende vivante du photoreportage, continue de parcourir la planète d’un conflit à l’autre. Dans son dernier livre, il revient sur les révolutions sud-américaines des années quatre-vingt.

Quand le photoreporter Patrick Chauvel a monté sa société de production, son banquier lui a proposé de la baptiser «Agios». Il y a de quoi : «Financièrement, je n’ai jamais eu deux années tranquilles devant moi. Je n’ai pas acheté d’appartement, ma moto a trente ans et ma voiture, quarante !» Ca ne l’angoisse pas, mais ça peut l’énerver. Surtout quand le manque d’argent le cloue au sol alors qu’un conflit éclate à l’autre bout du monde. Visiblement, il n’a toujours pas digéré d’avoir raté la chute de Saigon… Depuis, il s’est rattrapé.

Les rides se sont creusées, le cheveu noir a blanchi, mais il est toujours là. Avec des bouts d’intestin en moins et des éclats dans la colonne vertébrale : «comparé à d’autres, j’ai de la chance, rien ne m’empêche de continuer». Quarante ans qu’il couvre toutes les guerres, toujours comme photographe indépendant. C’est pendant le siège de Grozny, en Tchétchénie, qu’il s’est mis à la caméra. Les premières images qu’il y a faites – la traversée au pas de course du pont qui formait le seul lien avec le monde extérieur, rythmée par le claquement sec des balles russes et sa respiration haletante – ont servi de scène inaugurale à son documentaire, Rapporteur de guerre. Tout y était dit, de l’intensité et du danger, de la solidarité avec le rebelle qui courait devant, de l’engagement nécessaire pour témoigner au plus près.

 

Au Suriname, un milicien de Ronnie Brunswijk monte la garde devant l’île qui sert de base aux rebelles. PATRICK CHAUVEL / CORBIS-SYGMA

 

Dans son premier livre du même nom, il a raconté ses années d’enfance, bercées par les récits de son père, le reporter Jean-François Chauvel, et de son oncle, l’écrivain et cinéaste Pierre Schoenderffer. A la maison, on croisait Joseph Kessel et Jean Lartéguy. Forcément, un jour, le jeune garçon a voulu, lui aussi, tester son courage. La guerre des Six Jours d’abord, en 1968, avec un Nikon offert par l’auteur du Crabe-tambour. Les photos qu’il ramène sont floues, mais qu’importe, il a chopé le virus. Viêt-Nam, Cambodge, Iran, Irlande, Liban, Sierra Leone, Haïti, Bosnie, il est allé partout, se forgeant une réputation de trompe-la-mort. Il est pris en otage, blessé, se retrouve face à un peloton d’exécution, coule avec des Boat-people. Ses reportages sont publiés dans les plus grands titres de la presse internationale, le TimesSternParis MatchLife ou Newsweek.

 

C’est en couvrant l’année dernière la révolution libyenne que lui est venue l’idée de son nouveau livre, Les pompes de Ricardo Jesus : «L’enthousiasme des printemps arabes m’a rappelé celui des printemps sud-américains». Cela donne un passionnant récit dans lequel les aventures s’enchaînent, du Salvador à Cuba, du Nicaragua au Suriname, à dos d’âne avec des guérilleros dépenaillés, au cœur de la jungle avec des mercenaires anglais. Il y a des évènements inattendus – l’assassinat de l’archevêque Romero en plein office, une baignade matinale avec Bob Marley – des histoires d’amour et d’amitié : «il y avait quelque chose de joyeux au milieu de toute cette violence. Aujourd’hui, dans le monde arabe, il est beaucoup plus dur de décompresser, il n’y a pas d’alcool et les femmes sont cachées…» 

Au domicile de Bob Marley. Le chanteur jamaïcain invite le photographe à fumer un joint avec lui.PATRICK CHAUVEL / CORBIS-SYGMA

 Certains jeunes photographes sont venus au métier à la lecture de son premier livre. Lui qui a dû faire le deuil de son maître, Pierre Schoenderffer, récemment disparu, se retrouve aujourd’hui investi du rôle de grand ancien. La roue tourne. Il se souvient d’avoir croisé en Lybie, au bord d’une route, un de ces garçons pleins d’audace et d’enthousiasme : «Je regardais le désert, il me parlait, je n’écoutais pas trop, et puis ce qu’il m’a dit m’a touché, il y avait quelque chose de presque romantique dans sa vision du métier. Cela m’a rendu optimiste, je me suis dit « tiens, la relève est là… »». Quelques mois plus tard, Rémy Ochlick, vingt-huit ans, était tué dans un bombardement à Homs, en Syrie. C’est vers ce pays déchiré que veut maintenant s’envoler Patrick Chauvel : «Tant que le corps suit, je lâcherai pas l’affaire.»

 

Pour vous procurer son dernier livre, cliquez ici

 

Source : Vladimir de Gmeline – Marianne

Reporter de guerres – Yan Morvan

8 août 2012   //   Les livres, Yan Morvan  //  Laissez un commentaire

Photographe indépendant depuis 1988, reconnu comme l’un des spécialistes de la photo de guerre, Yan Morvan revient sur trente ans de carrière, menés au pas de charge.

Correspondant permanent de l’hebdomadaire américain Newsweek, puis de l’agence SIPA, il couvre les principaux conflits contemporains : Iran-Irak, Liban, Irlande du Nord, Philippines, chute du mur de Berlin, Rwanda, Kosovo…

1981, Irlande ©Yan Morvan

Ses nombreux scoops lui vaudront une reconnaissance internationale avec notamment une nomination pour le prix Robert-Capa et deux prix du World Press Photo. Mais cela lui vaudra également beaucoup d’ennuis : au Liban, il sera condamné à mort à deux reprises, en réchappant toujours de façon miraculeuse.

En France, pour Libération ou Paris-Match, il travaillera  sur les gangs, ce qui lui vaudra d’être pris en otage et torturé pendant trois semaines par le serial-killer Guy Georges.

Depuis 2004, il enchaîne les reportages sur des sujets de fond : les banlieues et les victimes de guerre ou de la route.

 Squat de la rue Didot Paris ©Yan Morvan

 

 

Reporter de guerres, Yan Morvan

Récit d’Aurélie Taupin

230 pages

Éditions de la Martinière

Pour le commander cliquez ici

 

 

 

Massoud Hossaini reçoit le Prix Pulitzer

19 avr 2012   //   Pulitzer  //  Laissez un commentaire

Le photographe de l’AFP Massoud Hossaini a remporté lundi le Prix Pulitzer « photo breaking news » avec ce cliché « déchirant d’une fillette pleurant de peur après un attentat suicide » à Kaboul. « Une simple photo, fascinante, dont on se souvient longtemps », a déclaré Sig Gessler, responsable de ce prestigieux prix américain. Le lauréat, également enfant de la guerre, raconte dans quelles circonstances il a réalisé cette photo.

Massoud Hossaini, 30 ans, photographe du bureau de l’AFP dans la capitale afghane, couvrait une procession chiite le 6 décembre dernier lorsqu’un kamikaze s’est fait exploser.

© Massoud Hossaini / AFP

« Immédiatement, j’ai vu de nombreux corps par terre, beaucoup de gens en pleurs, d’autres prenaient des photos ou des films avec leurs téléphones portables, des gens criaient « A mort Al-Qaïda! », « A mort les talibans! », raconte le photographe. L’attentat avait fait près de 70 morts, le plus meurtrier en Afghanistan depuis juillet 2008.

« Je me suis tourné et j’ai vu la petite fille. Quand Tarana s’est rendue compte de ce qui venait d’arriver à son frère, ses cousins, ses oncles, sa mère, sa grand-mère, les gens autour d’elle, elle ne s’arrêtait pas de hurler.  Elle a fait d’autres choses mais sur mes photos, elle ne fait que hurler. Cette réaction de choc, c’est ce que je voulais montrer. »

Massoud Hossaini, déjà distingué pour ce même cliché en février au World Press Photo Award 2011, est un enfant de la guerre qui n’a connu que l’exil et le fracas des armes.  »Je suis né au mauvais endroit, l’Afghanistan, j’ai grandi au mauvais endroit, l’Iran, (et) je vis au mauvais endroit, Kaboul. J’attends de voir ce que l’avenir me réserve », dit-il.

La photo, « je ne la regarde plus parce que mon coeur bat plus vite et me ramène à mes émotions ce jour-là », dit-il. Le Pulitzer, « cela représente plus qu’une récompense, parce que je sais que je suis devenu le porte-voix des Afghans, de ceux qui ont perdu la vie dans cet attentat suicide et pour toutes les victimes de la guerre ».

« Avant, j’étais juste un photographe et eux des gens, des sujets (…). Désormais, tout ce qui les affecte m’affecte aussi ».

Rapporteurs de guerre – Documentaire de Patrick Chauvel

4 mar 2012   //   Les enjeux, Patrick Chauvel  //  1 commentaire

Pourquoi choisit-on d’être photographe de guerre ? A t-on le droit de photographier la souffrance des autres ? De quoi est-on responsable ? Photographier pour témoigner – un geste politique ou un geste pour l’histoire ? Quelle est la place des rédactions dans le travail sur le terrain ?

Autant de questions auxquelles tente de répondre ce documentaire en proposant une série d’interviews, sur fond de documents, sur 50 ans de photographie de guerre. Aux prises avec leurs interrogations sur le sens de leur métier, les plus grands photographes d’hier et d’aujourd’hui parlent de leur métier et passion.

« Ce que j’aime dans ce film, c’est qu’il ne répond pas vraiment. Il n’y a pas de vraie réponse, ce n’est pas aussi simple que ça. Il y avait plusieurs raisons à ce film. J’en avais un peu marre de faire de la photo. Les jeunes photographes me demandaient ce que je pensais de la photo et je n’arrivais pas trop à y répondre à ce moment-là. On a besoin de jeunes pour prendre la relève, vu que dans ce métier, beaucoup de gens sont fatigués, blessés ou tués. J’ai pensé que c’était un bon moyen de présenter ces photographes en pleine forme qui racontent leur passion et de montrer aussi qui étaient les gens derrière les photos.

Au départ, ils ont tous dit non, parce qu’ils sont plutôt timides. Leur métier n’est pas d’être vu. Finalement, ils ont dit oui, parce qu’ils ont préféré que ce soit un collègue à eux que quelqu’un qui n’y connaît rien et fait un mauvais film, trop cliché.

Une autre raison pour faire ce film : c’était l’époque du scandale Lady Di. Tout le monde a accusé les photographes de presse de sa mort. Moi, je ne suis pas paparazzi, mes amis non plus. Je ne les critique pas, je m’en fous de ce qu’ils font, je ne suis ni pour ni contre. J’ai des copains paparazzi sympas, qui me font plutôt rire, mais ce milieu ne m’intéresse pas du tout.

Par contre, ce qui m’a mis en colère, c’est que le public faisait l’amalgame entre le photographe de presse et le vautour. Ce film était aussi une réaction à cela, un moyen de dire que le photographe de presse n’est pas un terme générique. » 

Patrick Chauvel.

Journaliste en Syrie : « c’est la roulette russe »

Deux journalistes sont morts, mercredi 22 février, en Syrie, lors du pilonnage du quartier de Baba Amr, dans la ville rebelle de Homs. Parmi eux, un Français, Rémi Ochlik, a trouvé la mort dans le centre de presse, visé par des tirs de roquettes depuis le début de la matinée. Il est le septième journaliste à avoir trouvé la mort en Syrie depuis le début du conflit.

Patrick Chauvel, photojournaliste et correspondant de guerre depuis quarante ans, a couvert les événements des révolutions arabes. Il était présent en Libye, en mars 2011, en même temps que Rémi Ochlik. Il évoque les risques du photojournalisme et la gradation de la violence des conflits arabes depuis janvier 2011.

Pourquoi tant de jeunes photographes sont-ils présents depuis le début pour couvrir les événements des révolutions arabes ?

Tout a commencé avec la Tunisie, le voyage ne coûtait pas trop cher, et donc de nombreux jeunes ont pu partir avec leurs propres économies. Pas besoin de carte de presse, ni d’être connu, n’importe quel jeune photojournaliste pouvait décider de se lancer dans l’aventure. En Libye, à la différence de l’Afghanistan ou de l’Irak, pas besoin demontrer patte blanche, car les rebelles libyens étaient totalement désorganisés. C’était une véritable occasion pour ces jeunes professionnels de se révéler, comme lors du conflit en Yougoslavie, où de nouveaux talents se sont distingués.

On devait être une cinquantaine en Libye. Ça m’a plu de voir arriver tous ces jeunes. Ils étaient gonflés, merveilleux d’aventure et d’envie. C’était formidable de les voir travailler et se poser des questions sur le métier. Ils s’interrogeaient sur la justesse de la cause, si la France faisait bien d’intervenir militairement. Beaucoup de questions sur l’avenir économique du métier, avec le développement d’Internet, et surtout pour les journalistes indépendants. Des gens biens.

Mais ils étaient aussi nombreux à venir sans préparation, avec l’inconscience due à leur âge, sans notion des premiers secours en cas de blessure, ni des bons réflexes de survie. Quand des tirs partent dans tous les sens, rien ne sert de se cacher derrière une voiture, c’est du papier. La seule solution : courir.

En quoi la Syrie est-elle différente des autres conflits arabes ?

Jusque-là c’était la guerre, mais avec des conflits pas très violents. La Syrie, en revanche, c’est un vrai conflit. En Tunisie, un seul photographe a été tué, Lucas Mebrouk Dolega, un jeune Français de 32 ans. En Egypte, là, c’était très dangereux. Si on se retrouvait seul face à des policiers, on se faisait embarquerdans une ruelle à l’écart et tabasser. Il y a eu des histoires horribles, comme ces deux journalistes [Caroline Sinz et Mona Eltahawy] qui ont été violées au milieu de la foule. Mais il n’a jamais été question d’exécution sommaire.

En Libye, c’était une guerre avec des moments dangereux. Là-bas, il y avait des tirs de mortier, à la trajectoire complètement aléatoire. Cinq journalistes y ont trouvé la mort. La Syrie, c’est encore un niveau au-dessus. Les autorités syriennes ne veulent pas que des images sortent du pays, alors ils n’hésitent pas à arrêter les journalistes, à les torturer, voire à les exécuter.

Dans quelles conditions travaillent les journalistes, notamment en Syrie ?

Pour entrer en Syrie, ce n’est pas simple. Il faut passer la frontière sous les barbelés, avec les snipers qui patrouillent, puis crapahuter pendant des kilomètres sur une moto ou à cheval, comme ce journaliste du New Yorker mort après une crise d’asthme, il n’y a pas longtemps. Puis après il fait froid, il n’y a rien, pas même d’électricité, ce qui complique énormément le transfert de photos. Il faut les faire passer à la frontière, comme on peut, comme quand on avait encore des pellicules. Là, en plus, l’armée syrienne ne veut pas que la presse vienne. En janvier, quand Gilles [Jacquier] a été tué, ça a refroidi tout le monde.

Et puis il y a la question de l’argent. Je me souviens que quand je suis parti en Libye, j’ai réussi à réunir 1 800 euros auprès de deux journaux différents. Mes dix-huit heures de taxi pour arriver sur la zone de combat m’ont coûté 1 700 euros, donc une fois sur place, je n’avais plus que 100 euros pour vivre. Heureusement, il y a une forte entraide entre journalistes, une fois sur place. Si quelqu’un a de quoi se payer une voiture avec un chauffeur, il emmène les autres avec lui.

Mais on travaille seul. Sur le front, on essaye d’être seul pour ne pas faire les mêmes images que les autres. On est là pour bosser, ce n’est qu’une fois à l’hôtel qu’on plaisante et qu’on discute. Je me souviens : une fois, un jeune journaliste est venu me voir et m’a demandé « comment faire pour rester en sécurité ? » Je lui ai répondu : « rester à Paris ».

Et malgré tout, il y a toujours l’envie de repartir ?

Oui, ce n’est pas un métier, c’est une manière de vivre. Aujourd’hui, quand je vois ce que subissent les Syriens, je n’ai qu’une envie, c’est y aller, pour raconter leur histoire. On dirait des noyés qui nous appellent au secours. Ne pas y aller, c’est presque faire preuve de non assistance à personne en danger.

La mort de ces journalistes [Rémi Ochlik et Marie Colvin] est très triste. Rémi était un jeune homme plein d’avenir, sincère. Mais ils sont morts en faisant leur métier, personne n’a fait d’erreur. Quand on est dans un conflit armé avec des passifs, des civils, c’est la roulette russe. L’essentiel, c’est de continuer à envoyer des journalistes en Syrie et de raconter des histoires.

Source : lemonde.fr

Séance de signature – Polka Galerie – 17 décembre 2011

Séance de signatures en présence de Marc Riboud, Stanley Greene, Jane Evelyn Atwood et Titouan Lamazou

Marc Riboud – « 1, 2, 3, image »

Avec 1,2,3, image, les enfants apprennent à compter en suivant Marc Riboud sur les routes du monde. Une manière inédite d’associer les joies et les surprises du voyage à la découverte des nombres.

Invité par Henri Cartier-Bresson et Robert Capa à rejoindre l’agence Magnum dans les années 50, Marc Riboud est l’un des plus grands photographes français. En 1957, après un séjour d’un an en Inde, il fut l’un des premiers à photographier la Chine. Il a également photographié l’Algérie et de nombreux pays d’Afrique au moment où ils accédaient à l’indépendance. On lui doit quelques-unes des icônes du siècle dernier comme le Peintre de la tour Eiffel ou encoreJeune fille à la fleur face aux baïonnettes qu’il a photographiée lors d’une manifestation contre la guerre du Vietnam. Communiqué de presse.

 1. 2.. 3… Image, aux éditions Gallimard Jeunesse / Les Trois Ourses .

 

Stanley Greene – « Black Passport »

Stanley Greene vient de remporter le prix PIPAK 2011, succédant à Marc Riboud et Raymond Depardon. Le photographe est devenu une légende du photo-reportage, remportant notamment deux World Press.Black Passport en dit long sur le quotidien des photographes de guerre. Une profession à part, comme le souligne Stanley Greene, prenant l’exemple de cérémonies de remise de prix, qui voient ces derniers habillés en treillis kakis, quand leurs confrères endossent des costumes. Ni donneur de leçon, ni désabusé, ni voyeur, Black Passport est le témoignage puissant, vif, d’un homme blessé. Ce passeport, qui le mène en enfer aux quatre coins du monde, ne peut être que noir.

Stanley Greene – Black Passport, éditeur : Schilt Publishing

 

 

 

Jane Evelyn Atwood – « Rue des Lombards »

Le travail de Jane Evelyn Atwood est celui d’une femme engagée, révoltée par l’injustice, notamment celle qui, partout, accable les femmes.
Elle sort cette année un livre, Rue des Lombards, un voyage en noir et blanc dans le quartier de Pigalle où elle est partie à la rencontre de prostituées.
Rue des Lombards, Edition Xavier Barral

 

 

 

 

 

Titouan Lamazou – « Ténèbres au paradis. Africaines des grands Lacs »

Titouan Lamazou se rend en République Démocratique du Congo et rapporte, dans ce 

livre, d’émouvants portraits de femmes, victimes ou activistes. Il s’adjoindra la collaboration de spécialistes universitaires et humanitaires, ou écrivains congolais, belges et français, avec des textes simples et accessibles qui viendront faire écho aux témoignages des femmes dont il aura choisi de faire le portrait.Nommé « Artiste de l’UNESCO pour la Paix » en 2003, il a réalisé de nombreux portraits de femmes entre 2001 et 2007 pour son projet Zoé-Zoé, Femmes du Monde. Depuis, il s’engage activement auprès d’associations caritatives pour la défense des droits des femmes et des enfants dans le monde.

Ténèbres au paradis. Africaines des grands Lacs (Editions Gallimard)

 

 

Séance de signatures, samedi 17 décembre de 16h00 à 18h00

Polka Galerie, 12 rue Saint-Gilles, 75003 Paris

L’histoire du Bang Bang Club

A l’origine, ils sont quatre. Quatre à photographier les exactions commises en Afrique du Sud entre 1990 et 1994. Plongés dans l’enfer des townships livrés au feu et au sang, Kevin Carter, Greg Marinovich, Ken Oosterbroek, tout trois Sud-africains, et João Silva, Portugais installé en Afrique du Sud, affrontent la folie humaine.

Alors qu’ils couvrent les émeutes dans les ghettos symboles de l’Apartheid, ils sont surnommés par le journal sud-africain Living les « Bang Bang Paparazzi », référence à la fois aux balles qui fusent et à un terme propre aux photographes de guerre. Ce collectif informel préfère au terme paparazzi, qu’il trouve, si ce n’est péjoratif, peu représentatif de son travail, celui de club. Le Bang Bang Club est né.

Reconnu par leurs pairs et le public, les quatre photographes sont rapidement récompensés par des prix prestigieux. Ken Oosterbroek est ainsi désigné meilleur photographe de l’année en Afrique du Sud en 1991. Mais surtout, parmi quatre de ces jeunes photoreporters -aucun d’entre eux n’avait plus de 30 ans en 1990- deux ont remporté le Pulitzer.

En 1991, Greg Marinovich, alors employé par l’Associated Press, se voit décerner le Pulitzer pour un reportage sur le meurtre d’un homme suspecté d’être un espion zoulou par l’African National Congress (ANC, socialiste), parti pour la défense des noirs aboli en 1960 et rétabli en 1990. En 1994, Kevin Carter est à son tour désigné lauréat du plus célèbre des prix journalistiques, pour son cliché, très controversé, nommé La Fillette et le Vautour.

« La fillette et le vautour » – Kevin Carter – 1994

Année de la libération de Nelson Mandela, 1994 marque paradoxalement le tournant dramatique du Bang Bang Club. Ken Oosterbroek n’a pas la joie d’assister aux premières élections libres en Afrique du Sud. Le 18 Avril 1994, quelques jours avant la ruée vers les urnes, il est tué dans le township de Kotoza lors d’un échange de tirs entre l’ANC et des miliciens, alors que Greg Marinovich est sérieusement blessé.

Trois mois plus tard, le 27 juillet 1994, Kevin Carter, hanté par les conflits et la misère côtoyés depuis longtemps et sans doute touché par la polémique autour de La Fillette et Le Vautour - le photographe a été injustement accusé d’avoir laissé l’enfant mourir sous ses yeux- met fin à ses jours. Le Bang Bang Club est à terre. Dès lors, Greg Marinovich et João Silva laissent derrière eux l’Afrique du Sud en pleine transition politique et couvrent les conflits à travers le monde.

João Silva parcourt les terres ravagées par les guerres: Soudan, Balkans, Asie Centrale ou encore Russie, Proche-Orient et Afghanistan. Toujours fermement engagé, le photographe est plusieurs fois récompensé par le prix World Press Photo. En octobre 2010, en reportage en Afghanistan pour le New York Times, il est grièvement blessé par une mine et amputé des deux jambes.

Attaque au mortier dans le village de Kahrizak, le 10/09/99 – Joao Silva

Greg Marinovich couvre, pour les plus grands journaux mondiaux, parmi lesquels le New York Times ou Newsweek, les événements en Russie, en Inde, en Bosnie et dans de nombreux pays africains. Il devient photographe en chef de l’Associated Press en Israël et Palestine en 1996 – 1997. En 2001, après avoir été désigné lauréat de multiples prix, il abandonne le métier de photographe de guerre.

Comme pour mieux tourner la page, Greg Marinovich et João Silva ont raconté l’histoire du Bang Bang Club, dans un livre éponyme adapté au cinéma par Steven Silver. Une histoire qui, née de la tourmente, s’est achevée dans la douleur.

 

Source : « Le Bang Bang Club: des photographes à l’épreuve des balles » de Constance Dubus, 23/05/2011

Les rencontres d’Arles – Photographie

12 juil 2011   //   Les expos, Robert Capa  //  Laissez un commentaire

Ce festival est à la photographie ce que Cannes est au cinéma. C’est en 1969 qu’il fut créé par des photographes et des passionnés de l’image, Lucien Clergue, Jean-Maurice Rouquette, Michel Tournier et d’autres. Il constitue chaque année le Rendez-vous des photographes qui permet à Arles de devenir capitale internationale de la photographie.

Cette année le Mexique est mis en valeur notamment avec la valise de Robert Capa, contenant des négatifs de la guerre d’Espagne, considérée comme perdue depuis 1939. Récemment retrouvée à Mexico, elle est exposée aujourd’hui pour la première fois en Europe. La valise – il s’agit en réalité de trois petites boîtes – renferme près de 4500 négatifs : non seulement des photographies de Capa mais également celles de ses compagnons, les photojournalistes Chim (David Seymour) et Gerda Taro. Ces négatifs couvrent la guerre d’Espagne (1936–39).

Les négatifs de la valise mexicaine permettent de regarder d’un œil nouveau l’immense production des trois photographes, à travers des portraits, des scènes de combat, ainsi que des images rappelant les effets désastreux de la guerre sur les civils. Si certaines de ces œuvres nous sont déjà familières grâce à des tirages d’époque ou des reproductions, les négatifs de la valise mexicaine, présentés ici sous la forme de planches contact agrandies, dévoilent pour la première fois l’ordre de la prise de vue, ainsi que certaines images totalement inédites. Ce fonds ne représente pas seulement un panorama exceptionnellement riche de la guerre d’Espagne -un conflit qui a changé le cours de l’histoire de l’Europe- mais révèle également les trois photojournalistes en tant que fondateurs de la photographie de guerre moderne.

Les Rencontres proposent des projections nocturnes en plein air au Théâtre antique, évènement unique au monde. Chaque soir un photographe ou un spécialiste de la photographie vient présenter des images qui parfois sont accompagnées de concerts ou de performances artistiques. Chaque soirée fait l’objet d’une création unique.

Lors de la semaine d’ouverture sont également organisés des conférences et débats.

Depuis six ans la Nuit de l’année permet de voir des photos de différents acteurs de la presse, de magazines, d’agences, … sur des écrans géants au cours d’une grande promenade photographique nocturne dans le centre ville.

Environ 60 expositions investissent des sites emblématiques du patrimoine arlésien mais aussi des lieux habituellement fermés au public, qui peuvent ainsi revivre durant l’été. Les Rencontres ont été les premières à installer il y a quelques années des expositions sur la friche industrielle des ateliers ferroviaires. C’est sur ce site, qui incarne aujourd’hui l’avenir d’Arles, que les Rencontres ont pour la première fois en 2010 proposé le Village des Rencontres d’Arles. Il s’agit d’un espace de rencontre inédit avec les amateurs, collectionneurs et professionnels présents durant les journées d’ouverture du festival.

 

Du 4 juillet au 18 septembre 2011.

Toutes les infos pratiques ici

L’ombre de la guerre

3 juil 2011   //   Les expos  //  1 commentaire

L’exposition propose une réflexion sur le pouvoir symbolique des images en présentant un choix de 90 photographies les plus marquantes du reportage de guerre. La période a été circonscrite en prenant comme point de départ la guerre civile espagnole – conflit qui a inauguré l’ère du photojournalisme moderne – et en s’arrêtant en 2007 pour permettre un recul suffisant par rapport à l’actualité brûlante.

© Alexandra Boulat / Association Pierre & Alexandra Boulat

Afin d’en saisir tous les enjeux, ces images iconiques sont accompagnées d’un texte qui retrace le contexte de la prise de vue, auquel s’ajoute une série de données chiffrées démontrant l’impact des guerres sur nos sociétés.

Cette exposition permet ainsi de traiter différemment de l’histoire : il est certes question de drames, de destructions mais la vision de ce monde hostile engage une réflexion sur l’avenir de l’humanité.

Du 29 juin au 25 septembre 2011 – Maison Européenne de la Photographie – 5/7 rue de Fourcy – Paris 4

Ouvert tous les jours de 11 heures à 20 heures, sauf les lundis, mardis et jours fériés.
Accès à la billetterie jusqu’à 19 heures 30.

Gratuit le mercredi soir.

Un album photo nazi inédit découvert à New York

27 juin 2011   //   Un album nazi refait surface  //  1 commentaire

Grâce à un appel aux internautes, les journalistes du New York Times ont pu identifier l’auteur de 214 clichés, montrant la progression des nazis sur le front est en 1941, et qui dormaient chez une personne agée du New Jersey.

C’est une tâche plutôt inhabituelle que la rédaction du New York Times a eu à traiter cette semaine : celle de retrouver la trace d’un photographe, auteur d’une série de clichés inédits de l’époque nazie (visible ICI), confiée à la rédaction par un habitant du New Jersey.

Tout commence quand cet homme, âgé de 72 ans, arrive au journal avec un album photo qu’il raconte avoir récupéré d’une connaissance, qui elle-même l’aurait reçu d’un «Allemand dont il tondait la pelouse». Il leur explique qu’il souhaite vendre ces clichés pour payer les soins médicaux dont il a besoin. Dans cet album, pas moins de 214 clichés en noir et blanc répartis sur 24 pages montrant la progressions des nazis sur le front Est, en 1941.

Photos de prisonniers dans un camp de Minsk, tranches de vie de soldats allemands, Hitler en déplacement… Des clichés jusqu’ici méconnus du grand public. Et qui ne relèvent pas du travail d’un amateur. Manifestement, il s’agit d’un photographe qui avait «un accès privilégié» à Hitler, probablement appartenant à la Propagandakompanie, l’unité mobile de propagande nazie, rapporte le blog Lens du New York Times.

La rédaction décide de mener l’enquête. Le quotidien américain s’associe au magazine allemand Der Spiegel pour identifier le photographe. Les photos sont diffusées sur leurs sites Internet et les deux rédactions lancent un appel à leurs internautes. Traductions des inscriptions visibles sur les clichés, référencement des appareils photos utilisés à l’époque… Nombreux sont ceux qui se prêtent au jeu.

Quatre heures plus tard, le mystère est levé. Une lectrice du New York Times, habitante d’Hambourg, écrit un message pour indiquer que le photographe recherché est Franz Krieger, un Autrichien mort en 1993. Harriet Scharnberg, historienne de profession, est une spécialiste de la propagande nazie. En regardant les clichés, elle a fait un rapprochement avec un livre qu’elle a consulté, intitulé Le Photographe de presse de Salzbourg Franz Krieger (1914-1933): le photojournalisme à l’ombre de la guerre et de la propagande nazie, de Peter F. Kramml.

L’auteur de l’ouvrage est contacté par le quotidien américain. Peter F. Kramml confirme aux journalistes qu’il s’agit bien de Franz Krieger, un jeune homme passionné de photojournalisme engagé auprès des SS dans les années 30. En 1941, il rejoint la Propagandakompanie et part sur le front pour immortaliser l’avancée d’Hitler. Minsk, Berlin, Danzig, Smolensk… Son album retrace son parcours cette année-là. Quatre mois plus tard, de retour en Autriche, il redevient soldat. A l’été 1942, il tombe malade et est évacué, échappant de justesse à la défaite de Stalingrad. Il continue à prendre des clichés, notamment de sa femme, qui meurt dans le bombardement de Salzbourg en 1944. Après la guerre, Franz Krieger abandonne définitivement la photographie et se lance dans les affaires.

Le mystère reste toutefois entier quant aux circonstances qui ont fait que ses clichés pris en 1941 aient pu atterrir en 2011 dans le New Jersey. Peter F. Kramml a avancé l’hypothèse qu’un soldat américain de passage en Bavière pourrait les avoir rapporté aux Etats-Unis après 1945.

Source : Le Figaro, Un album photo nazi inédit découvert à New York, Flore Galaud, 23/06/2011

 

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