Les articles de la catégorie "Patrick Chauvel"

L’exposition « Rapporteur de guerre » – Patrick Chauvel

11 déc 2012   //   Actualité, Les expos, Patrick Chauvel  //  Laissez un commentaire

Déjà exposé à Bastia, Patrick Chauvel est également à l’honneur au Centre Mondial de la Paix de Verdun jusqu’au 26 mai. Des photos violentes, étonnantes, qui témoignent d’une carrière entière passée à montrer la réalité, pour que plus jamais l’on ne puisse dire « on ne savait pas ».

Funeral of Archbishop Romero Civil War in Cambodia

© Patrick Chauvel

De guérillas en révolutions, de batailles en exécutions, ce témoin de la guerre retrace ici 30 années de conflit à travers des photos prises en Afghanistan, en Tchétchénie, en Haïti, au Liban ou encore au Vietnam. Une sélection qui, si elle choque, sensibilise forcément le public par le trouble que crée la vue de ces corps, de ces enfants, de la torture et de la mort.

Au Centre Mondial de la Paix à Verdun jusqu’au 26 mai 2013

 

Patrick Chauvel – Portrait

A 63 ans, Patrick Chauvel, légende vivante du photoreportage, continue de parcourir la planète d’un conflit à l’autre. Dans son dernier livre, il revient sur les révolutions sud-américaines des années quatre-vingt.

Quand le photoreporter Patrick Chauvel a monté sa société de production, son banquier lui a proposé de la baptiser «Agios». Il y a de quoi : «Financièrement, je n’ai jamais eu deux années tranquilles devant moi. Je n’ai pas acheté d’appartement, ma moto a trente ans et ma voiture, quarante !» Ca ne l’angoisse pas, mais ça peut l’énerver. Surtout quand le manque d’argent le cloue au sol alors qu’un conflit éclate à l’autre bout du monde. Visiblement, il n’a toujours pas digéré d’avoir raté la chute de Saigon… Depuis, il s’est rattrapé.

Les rides se sont creusées, le cheveu noir a blanchi, mais il est toujours là. Avec des bouts d’intestin en moins et des éclats dans la colonne vertébrale : «comparé à d’autres, j’ai de la chance, rien ne m’empêche de continuer». Quarante ans qu’il couvre toutes les guerres, toujours comme photographe indépendant. C’est pendant le siège de Grozny, en Tchétchénie, qu’il s’est mis à la caméra. Les premières images qu’il y a faites – la traversée au pas de course du pont qui formait le seul lien avec le monde extérieur, rythmée par le claquement sec des balles russes et sa respiration haletante – ont servi de scène inaugurale à son documentaire, Rapporteur de guerre. Tout y était dit, de l’intensité et du danger, de la solidarité avec le rebelle qui courait devant, de l’engagement nécessaire pour témoigner au plus près.

 

Au Suriname, un milicien de Ronnie Brunswijk monte la garde devant l’île qui sert de base aux rebelles. PATRICK CHAUVEL / CORBIS-SYGMA

 

Dans son premier livre du même nom, il a raconté ses années d’enfance, bercées par les récits de son père, le reporter Jean-François Chauvel, et de son oncle, l’écrivain et cinéaste Pierre Schoenderffer. A la maison, on croisait Joseph Kessel et Jean Lartéguy. Forcément, un jour, le jeune garçon a voulu, lui aussi, tester son courage. La guerre des Six Jours d’abord, en 1968, avec un Nikon offert par l’auteur du Crabe-tambour. Les photos qu’il ramène sont floues, mais qu’importe, il a chopé le virus. Viêt-Nam, Cambodge, Iran, Irlande, Liban, Sierra Leone, Haïti, Bosnie, il est allé partout, se forgeant une réputation de trompe-la-mort. Il est pris en otage, blessé, se retrouve face à un peloton d’exécution, coule avec des Boat-people. Ses reportages sont publiés dans les plus grands titres de la presse internationale, le TimesSternParis MatchLife ou Newsweek.

 

C’est en couvrant l’année dernière la révolution libyenne que lui est venue l’idée de son nouveau livre, Les pompes de Ricardo Jesus : «L’enthousiasme des printemps arabes m’a rappelé celui des printemps sud-américains». Cela donne un passionnant récit dans lequel les aventures s’enchaînent, du Salvador à Cuba, du Nicaragua au Suriname, à dos d’âne avec des guérilleros dépenaillés, au cœur de la jungle avec des mercenaires anglais. Il y a des évènements inattendus – l’assassinat de l’archevêque Romero en plein office, une baignade matinale avec Bob Marley – des histoires d’amour et d’amitié : «il y avait quelque chose de joyeux au milieu de toute cette violence. Aujourd’hui, dans le monde arabe, il est beaucoup plus dur de décompresser, il n’y a pas d’alcool et les femmes sont cachées…» 

Au domicile de Bob Marley. Le chanteur jamaïcain invite le photographe à fumer un joint avec lui.PATRICK CHAUVEL / CORBIS-SYGMA

 Certains jeunes photographes sont venus au métier à la lecture de son premier livre. Lui qui a dû faire le deuil de son maître, Pierre Schoenderffer, récemment disparu, se retrouve aujourd’hui investi du rôle de grand ancien. La roue tourne. Il se souvient d’avoir croisé en Lybie, au bord d’une route, un de ces garçons pleins d’audace et d’enthousiasme : «Je regardais le désert, il me parlait, je n’écoutais pas trop, et puis ce qu’il m’a dit m’a touché, il y avait quelque chose de presque romantique dans sa vision du métier. Cela m’a rendu optimiste, je me suis dit « tiens, la relève est là… »». Quelques mois plus tard, Rémy Ochlick, vingt-huit ans, était tué dans un bombardement à Homs, en Syrie. C’est vers ce pays déchiré que veut maintenant s’envoler Patrick Chauvel : «Tant que le corps suit, je lâcherai pas l’affaire.»

 

Pour vous procurer son dernier livre, cliquez ici

 

Source : Vladimir de Gmeline – Marianne

Les pompes de Ricardo Jesus de Patrick Chauvel

22 mai 2012   //   Les beaux livres, Patrick Chauvel  //  1 commentaire

1980. Parce qu’il y voit un pays inconnu, et une révolution possible, Patrick Chauvel arrache à sa rédaction un reportage en Jamaïque. A peine arrivé, voilà qu’il ramène deux photos réputées impossibles : Marguerite Yourcenar tout juste élue à l’Académie française et venue se cacher là pour fuir l’agitation…

Et Bob Marley, qui ne se laisse plus photographier, mais accueille Patrick chez lui à la suite d’un quiproquo hilarant… Patrick Chauvel renforce ainsi sa réputation d’homme de flair : ça se sait dans le métier, quand Chauvel débarque quelque part, même s’il ne se passe rien il va se passer quelque chose ! Après la Jamaïque, ce sera Cuba et les émeutes de Miami, le Salvador et l’assassinat de l’archevêque Romero, le Pérou… dans ces années 80, toute l’Amérique du Sud est agitée de soubresauts révolutionnaires.

Chaque fois au plus près des combattants, Patrick Chauvel témoigne de qui sont ces hommes prêts à risquer leur vie et la survie de toute leur famille pour la promesse d’un peu de liberté. Appareil photo à la main, toujours et partout, à l’unique exception de ce jour où la patrouille qu’il suit tombe dans une embuscade du Sentier lumineux, au Pérou…

 

  • Broché: 331 pages
  • Editeur : Editions Kero

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Rapporteurs de guerre – Documentaire de Patrick Chauvel

4 mar 2012   //   Les enjeux, Patrick Chauvel  //  1 commentaire

Pourquoi choisit-on d’être photographe de guerre ? A t-on le droit de photographier la souffrance des autres ? De quoi est-on responsable ? Photographier pour témoigner – un geste politique ou un geste pour l’histoire ? Quelle est la place des rédactions dans le travail sur le terrain ?

Autant de questions auxquelles tente de répondre ce documentaire en proposant une série d’interviews, sur fond de documents, sur 50 ans de photographie de guerre. Aux prises avec leurs interrogations sur le sens de leur métier, les plus grands photographes d’hier et d’aujourd’hui parlent de leur métier et passion.

« Ce que j’aime dans ce film, c’est qu’il ne répond pas vraiment. Il n’y a pas de vraie réponse, ce n’est pas aussi simple que ça. Il y avait plusieurs raisons à ce film. J’en avais un peu marre de faire de la photo. Les jeunes photographes me demandaient ce que je pensais de la photo et je n’arrivais pas trop à y répondre à ce moment-là. On a besoin de jeunes pour prendre la relève, vu que dans ce métier, beaucoup de gens sont fatigués, blessés ou tués. J’ai pensé que c’était un bon moyen de présenter ces photographes en pleine forme qui racontent leur passion et de montrer aussi qui étaient les gens derrière les photos.

Au départ, ils ont tous dit non, parce qu’ils sont plutôt timides. Leur métier n’est pas d’être vu. Finalement, ils ont dit oui, parce qu’ils ont préféré que ce soit un collègue à eux que quelqu’un qui n’y connaît rien et fait un mauvais film, trop cliché.

Une autre raison pour faire ce film : c’était l’époque du scandale Lady Di. Tout le monde a accusé les photographes de presse de sa mort. Moi, je ne suis pas paparazzi, mes amis non plus. Je ne les critique pas, je m’en fous de ce qu’ils font, je ne suis ni pour ni contre. J’ai des copains paparazzi sympas, qui me font plutôt rire, mais ce milieu ne m’intéresse pas du tout.

Par contre, ce qui m’a mis en colère, c’est que le public faisait l’amalgame entre le photographe de presse et le vautour. Ce film était aussi une réaction à cela, un moyen de dire que le photographe de presse n’est pas un terme générique. » 

Patrick Chauvel.

Journaliste en Syrie : « c’est la roulette russe »

Deux journalistes sont morts, mercredi 22 février, en Syrie, lors du pilonnage du quartier de Baba Amr, dans la ville rebelle de Homs. Parmi eux, un Français, Rémi Ochlik, a trouvé la mort dans le centre de presse, visé par des tirs de roquettes depuis le début de la matinée. Il est le septième journaliste à avoir trouvé la mort en Syrie depuis le début du conflit.

Patrick Chauvel, photojournaliste et correspondant de guerre depuis quarante ans, a couvert les événements des révolutions arabes. Il était présent en Libye, en mars 2011, en même temps que Rémi Ochlik. Il évoque les risques du photojournalisme et la gradation de la violence des conflits arabes depuis janvier 2011.

Pourquoi tant de jeunes photographes sont-ils présents depuis le début pour couvrir les événements des révolutions arabes ?

Tout a commencé avec la Tunisie, le voyage ne coûtait pas trop cher, et donc de nombreux jeunes ont pu partir avec leurs propres économies. Pas besoin de carte de presse, ni d’être connu, n’importe quel jeune photojournaliste pouvait décider de se lancer dans l’aventure. En Libye, à la différence de l’Afghanistan ou de l’Irak, pas besoin demontrer patte blanche, car les rebelles libyens étaient totalement désorganisés. C’était une véritable occasion pour ces jeunes professionnels de se révéler, comme lors du conflit en Yougoslavie, où de nouveaux talents se sont distingués.

On devait être une cinquantaine en Libye. Ça m’a plu de voir arriver tous ces jeunes. Ils étaient gonflés, merveilleux d’aventure et d’envie. C’était formidable de les voir travailler et se poser des questions sur le métier. Ils s’interrogeaient sur la justesse de la cause, si la France faisait bien d’intervenir militairement. Beaucoup de questions sur l’avenir économique du métier, avec le développement d’Internet, et surtout pour les journalistes indépendants. Des gens biens.

Mais ils étaient aussi nombreux à venir sans préparation, avec l’inconscience due à leur âge, sans notion des premiers secours en cas de blessure, ni des bons réflexes de survie. Quand des tirs partent dans tous les sens, rien ne sert de se cacher derrière une voiture, c’est du papier. La seule solution : courir.

En quoi la Syrie est-elle différente des autres conflits arabes ?

Jusque-là c’était la guerre, mais avec des conflits pas très violents. La Syrie, en revanche, c’est un vrai conflit. En Tunisie, un seul photographe a été tué, Lucas Mebrouk Dolega, un jeune Français de 32 ans. En Egypte, là, c’était très dangereux. Si on se retrouvait seul face à des policiers, on se faisait embarquerdans une ruelle à l’écart et tabasser. Il y a eu des histoires horribles, comme ces deux journalistes [Caroline Sinz et Mona Eltahawy] qui ont été violées au milieu de la foule. Mais il n’a jamais été question d’exécution sommaire.

En Libye, c’était une guerre avec des moments dangereux. Là-bas, il y avait des tirs de mortier, à la trajectoire complètement aléatoire. Cinq journalistes y ont trouvé la mort. La Syrie, c’est encore un niveau au-dessus. Les autorités syriennes ne veulent pas que des images sortent du pays, alors ils n’hésitent pas à arrêter les journalistes, à les torturer, voire à les exécuter.

Dans quelles conditions travaillent les journalistes, notamment en Syrie ?

Pour entrer en Syrie, ce n’est pas simple. Il faut passer la frontière sous les barbelés, avec les snipers qui patrouillent, puis crapahuter pendant des kilomètres sur une moto ou à cheval, comme ce journaliste du New Yorker mort après une crise d’asthme, il n’y a pas longtemps. Puis après il fait froid, il n’y a rien, pas même d’électricité, ce qui complique énormément le transfert de photos. Il faut les faire passer à la frontière, comme on peut, comme quand on avait encore des pellicules. Là, en plus, l’armée syrienne ne veut pas que la presse vienne. En janvier, quand Gilles [Jacquier] a été tué, ça a refroidi tout le monde.

Et puis il y a la question de l’argent. Je me souviens que quand je suis parti en Libye, j’ai réussi à réunir 1 800 euros auprès de deux journaux différents. Mes dix-huit heures de taxi pour arriver sur la zone de combat m’ont coûté 1 700 euros, donc une fois sur place, je n’avais plus que 100 euros pour vivre. Heureusement, il y a une forte entraide entre journalistes, une fois sur place. Si quelqu’un a de quoi se payer une voiture avec un chauffeur, il emmène les autres avec lui.

Mais on travaille seul. Sur le front, on essaye d’être seul pour ne pas faire les mêmes images que les autres. On est là pour bosser, ce n’est qu’une fois à l’hôtel qu’on plaisante et qu’on discute. Je me souviens : une fois, un jeune journaliste est venu me voir et m’a demandé « comment faire pour rester en sécurité ? » Je lui ai répondu : « rester à Paris ».

Et malgré tout, il y a toujours l’envie de repartir ?

Oui, ce n’est pas un métier, c’est une manière de vivre. Aujourd’hui, quand je vois ce que subissent les Syriens, je n’ai qu’une envie, c’est y aller, pour raconter leur histoire. On dirait des noyés qui nous appellent au secours. Ne pas y aller, c’est presque faire preuve de non assistance à personne en danger.

La mort de ces journalistes [Rémi Ochlik et Marie Colvin] est très triste. Rémi était un jeune homme plein d’avenir, sincère. Mais ils sont morts en faisant leur métier, personne n’a fait d’erreur. Quand on est dans un conflit armé avec des passifs, des civils, c’est la roulette russe. L’essentiel, c’est de continuer à envoyer des journalistes en Syrie et de raconter des histoires.

Source : lemonde.fr

Peurs sur la ville – Patrick Chauvel à la Monnaie de Paris

12 fév 2011   //   Les expos, Patrick Chauvel  //  Laissez un commentaire

Patrick Chauvel, grand reporter engagé et témoin des  plus importants conflits mondiaux depuis quarante ans, propose une série de photomontages inédits. Son travail est une projection de la guerre à Paris : il transpose ses clichés les plus frappants devant les monuments emblématiques de Paris. Notre Dame est envahie par des combattants canadiens, une jeune femme est tuée par un sniper serbe devant l’Assemblée Nationale ou encore des tankistes russes gisent sur le parvis du Trocadéro. Patrick Chauvel rappelle que les conflits, si souvent banalisés dans l’actualité, sont plus proches que ce que l’on pense.

 

Patrick Chauvel, grand reporter engagé et témoin des  plus importants conflits mondiaux depuis quarante ans, propose une série de photomontages inédits. Son travail est une projection de la guerre à Paris : il transpose ses clichés les plus frappants devant les monuments emblématiques de Paris. Notre Dame est envahie par des combattants canadiens, une jeune femme est tuée par un sniper serbe devant l’Assemblée Nationale ou encore des tankistes russes gisent sur le parvis du Trocadéro. Patrick Chauvel rappelle que les conflits, si souvent banalisés dans l’actualité, sont plus proches que ce que l’on pense.

Depuis la guerre du Vietnam, Patrick Chauvel a observé et photographié tous les théâtres d’opération, se  donnant pour mission de montrer la guerre dans l’espoir de la combattre.

L’Arc de triomphe © Patrick Chauvel / photomontage Paul Biota

La France vit aujourd’hui l’une des plus longues périodes de paix de son histoire. La violence est devenue  épisodique, marginale. Mais la paix n’est jamais acquise. Chauvel se souvient de Beyrouth comme d’une ville heureuse, prospère, insouciante, multiculturelle. Du jour au lendemain, le Liban a sombré dans une guerre  civile qui a  fait 150 000 morts. Il a passé plusieurs mois à Belfast. Il a séjourné à Sarajevo, une ville européenne donnée comme exemple de cohabitation réussie entre des communautés différentes puis  martyrisées par une guerre fratricide.

En superposant une image de guerre réelle sur une photographie du Paris actuel, Patrick Chauvel pousse à l’extrême le message que tous les journalistes de guerre veulent transmettre. Il faut rester mobilisé pour sauvegarder la paix.

Du 20 janvier au 17 avril 2011 à la Monnaie de Paris, 11 quai de Conti Paris 6e

Ouverture tous les jours de 11h à 18h et nocturne le jeudi jusqu’à 21h30. Fermé le lundi.

 

Source : http://culturebox.france3.fr et http://www.monnaiedeparis.fr

Patrick Chauvel – Biographie

14 oct 2009   //   Patrick Chauvel  //  1 commentaire

Patrick Chauvel est l’un des derniers correspondants de guerre indépendants ayant couvert les conflits majeurs de la seconde moitié du xxe siècle. Le Vietnam, le Cambodge, le Liban, le Salvador, l’Afghanistan, la Tchétchénie,… 

Longtemps considéré comme « le photographe le plus fou de la planète », Patrick Chauvel a décidé de diversifier ses outils de communication. Si la photographie reste son activité principale, il est aussi passé du coté de la réalisation et de l’écriture.

Grâce à son père journaliste, il cotoyera dès son adolescence de grands journalistes ainsi que des aventuriers qui vont sceller son destin : Gilles Caron, Pierre Schoendoerffer, Joseph Kessel, Jean Lacouture… En répondant à une annonce dans un journal israélien à quelques semaines de la guerre des six jours, il découvre son métier. Gilles Caron lui laissera un Leica M3 qu’il n’aura l’occasion de lui rendre. Parti remplacer des civils dans les kibboutz, il fait le mur pour rejoindre les premières lignes lorsque la guerre éclate. Les photos sont ratées. Peu importe, Patrick a compris son chemin.

Près de 300 jours par an à l’étranger. Bercé par les tirs en rafales et les départs précipités, il acquière, peu à peu, une étiquette de photographe de guerre. Formé au laboratoire de France Soir, il abandonne rapidement le show-business pour les tranchées. Travaillant pour Newsweek, Paris Match, Sipa-Press, Sygma…


Sur place, son humanité ressort. Il capte les histoires et les émotions.

Patrick manie aussi bien la caméra que l’écrit ou la photo. Peu importe le support. « Aujourd’hui, l’information est tellement omniprésente que si l’on ne sait pas ce qui se passe, c’est que l’on refuse de le savoir ». Bien qu’il parte de moins en moins, la guerre le poursuit toujours. Elle est partout, autour de lui. « On trimbale toujours la guerre avec soi. Les sons et les odeurs la rappellent. Les barbecues renvoient aux cadavres brûlés. A Paris, un homme entre dans un bar, on a l’impression qu’il va se faire tuer. A la campagne, près des buissons, on pense toujours à une embuscade… ».

Ses clichés, anciens et récents, se superposeront bientôt pour incarner la méfiance. Méfiance des conflits à venir. Méfiance des apparences. Méfiance de la violence gratuite. Au fond, la mort est la seule chose dont il ne se soit jamais méfié.

Lauréat du prix de Bayeux

Le trophée de la photo du 16e prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre a été décerné samedi à Walter Astrada (AFP) pour un reportage à Madagascar en février dernier.

Lancé en 1994 par la ville de Bayeux, le prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre récompense des reportages sur une situation de conflit ou ses conséquences pour les populations civiles, ou sur un fait d’actualité concernant la défense des libertés et la démocratie.

©Walter Astrada

Le jury a été présidé le photographe Patrick Chauvel.

Le prix du public a honoré Jérôme Delay de l’Associated Press, pour son reportage sur les troubles au Congo de novembre 2008 à mai 2009.

Trophée Photo:

- 1er prix: Walter Astrada (AFP) – « Madagascar, une crise politique sanglante » – Madagascar

- 2e prix: Uriel Sinai (Getty Images) – « La guerre en Ossetie du Sud » – Georgie

- 3e prix: Jérôme Delay (Associated Press) – « Trouble au Congo » – RDC

Et si la guerre était notre quotidien…

8 oct 2009   //   Les expos, Patrick Chauvel  //  1 commentaire

Nous montrer que la guerre n’est pas loin, qu’elle nous concerne, et que des populations l’ont comme seul paysage dans leur quotidien. Nous interpeller également sur ce que l’on peut faire des images aujourd’hui.

C’est dans ce but que Patrick Chauvel a créé « Guerre-ici » : une exposition qui veut sonner le réveil de nos consciences en mettant en perspective des scènes rapportées de Beyrouth, de Panama, de Tchétchénie… avec la réalité douce de Paris, Deauville ou Bayeux

 Le témoignage de Patrick Chauvel

Les guerres, celles qui se passent « loin » de chez nous, rendues abstraites par la distance et pourtant si proches dans leurs violences, celle qui, ici, est plus sournoise, celle du non-dit, des petites et grandes injustices qui passent au quotidien, qui cachent le racisme et l’ignorance – les enfants de la guerre.

Tout paraît toujours normal avant la guerre, après, c’est trop tard. En regardant celles des autres, là-bas dans l’autre monde, on pourrait se regarder nous-même et éviter que le nôtre bascule à son tour.

GUERRE-ICI est une alerte. Des photos qui permettent de faire vivre un court instant ce que ressentent les autres pour mieux comprendre notre belle société qui regarde sans voir. Toutes ces guerres nous concernent : on assassine des hommes autour de nous. Notre indifférence nous rend complice, elle nous met en danger aussi.

GUERRE-ICI est une projection dans l’espace, la guerre à Paris, juste pour penser aux autres, une urgence, un cri qui m’échappe, pour ne plus entendre « on ne savait pas ». Ne plus entendre les rédactions dire « c’est loin, les gens en ont marre, ils veulent des histoires qui les concernent ».

Le plan de l’expo ici

Rapporteur de guerre – Patrick Chauvel

6 oct 2009   //   Les livres, Les poches, Patrick Chauvel  //  1 commentaire

Patrick Chauvel a trente-cinq ans de métier, trente-cinq ans qu’il court la planète pour photographier la guerre. Publié dans Paris Match, Times Magazine, Life, Newsweek, il a reçu le prix World Press, et est considéré comme l’un des derniers grands photoreporters vivants.

Il est de toutes les guerres, parcourant le monde armé de son seul courage et de son appareil photo. Partageant le sort de milliers de soldats aux quatre coins du monde, il a frôlé la mort à de nombreuses reprises. Et en est toujours ressorti vivant, chargé de témoignages exceptionnels.


C’est tout cela que l’on peut lire dans son livre « Rapporteur de guerre », un magnifique livre que je ne me lasse pas de relire et de relire, tellement l’histoire, son histoire est captivante. Pas une seule seconde de répit. Patrick Chauvel est de ceux qui ne tienne pas en place.

Dans les deux cahiers centraux de l’ouvrage, on trouvera quelques-unes de ses photos. Elles illustrent parfaitement sa volonté d’être le plus juste possible. Le choix de ces photos comme le choix de ces mots nous fait prendre conscience que chaque jour la guerre a lieu quelque part et que nous ne devons pas feindre de l’ignorer.

Patrick Chauvel écrit : « Tout ce que je sais c’est qu’il faut témoigner. Ne plus jamais entendre : On ne savait pas. Moi j’ai vu ! Alors je rapporte ces histoires et, pour le reste, j’ai fait ce que j’ai pu. »

 

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