Publié le 14th octobre 2009

Patrick Chauvel est l’un des derniers correspondants de guerre indépendants ayant couvert les conflits majeurs de la seconde moitié du xxe siècle. Le Vietnam, le Cambodge, le Liban, le Salvador, l’Afghanistan, la Tchétchénie,… . Longtemps considéré comme « le photographe le plus fou de la planète », Patrick Chauvel a décidé de diversifier ses outils de communication. Si la photographie reste son activité principale, il est aussi passé du coté de la réalisation et de l’écriture.

Grâce à son père journaliste, il cotoyera dès son adolescence de grands journalistes ainsi que des aventuriers qui vont sceller son destin : Gilles Caron, Pierre Schoendoerffer, Joseph Kessel, Jean Lacouture… En répondant à une annonce dans un journal israélien à quelques semaines de la guerre des six jours, il découvre son métier. Gilles Caron lui laissera un Leica M3 qu’il n’aura l’occasion de lui rendre. Parti remplacer des civils dans les kibboutz, il fait le mur pour rejoindre les premières lignes lorsque la guerre éclate. Les photos sont ratées. Peu importe, Patrick a compris son chemin.

Près de 300 jours par an à l’étranger. Bercé par les tirs en rafales et les départs précipités, il acquière, peu à peu, une étiquette de photographe de guerre. Formé au laboratoire de France Soir, il abandonne rapidement le show-business pour les tranchées. Travaillant pour Newsweek, Paris Match, Sipa-Press, Sygma…

Sur place, son humanité ressort. Il capte les histoires et les émotions.

Patrick manie aussi bien la caméra que l’écrit ou la photo. Peu importe le support. « Aujourd’hui, l’information est tellement omniprésente que si l’on ne sait pas ce qui se passe, c’est que l’on refuse de le savoir ». Bien qu’il parte de moins en moins, la guerre le poursuit toujours. Elle est partout, autour de lui. « On trimbale toujours la guerre avec soi. Les sons et les odeurs la rappellent. Les barbecues renvoient aux cadavres brûlés. A Paris, un homme entre dans un bar, on a l’impression qu’il va se faire tuer. A la campagne, près des buissons, on pense toujours à une embuscade… ».

Ses clichés, anciens et récents, se superposeront bientôt pour incarner la méfiance. Méfiance des conflits à venir. Méfiance des apparences. Méfiance de la violence gratuite. Au fond, la mort est la seule chose dont il ne se soit jamais méfié.

Publié le 8th octobre 2009
Nous montrer que la guerre n’est pas loin, qu’elle nous concerne, et que des populations l’ont comme seul paysage dans leur quotidien. Nous interpeller également sur ce que l’on peut faire des images aujourd’hui.

C’est dans ce but que Patrick Chauvel a créé « Guerre-ici » : une exposition qui veut sonner le réveil de nos consciences en mettant en perspective des scènes rapportées de Beyrouth, de Panama, de Tchétchénie… avec la réalité douce de Paris, Deauville ou Bayeux

Le témoignage de Patrick Chauvel

Les guerres, celles qui se passent « loin » de chez nous, rendues abstraites par la distance et pourtant si proches dans leurs violences, celle qui, ici, est plus sournoise, celle du non-dit, des petites et grandes injustices qui passent au quotidien, qui cachent le racisme et l’ignorance – les enfants de la guerre.

Tout paraît toujours normal avant la guerre, après, c’est trop tard. En regardant celles des autres, là-bas dans l’autre monde, on pourrait se regarder nous-même et éviter que le nôtre bascule à son tour.

GUERRE-ICI est une alerte. Des photos qui permettent de faire vivre un court instant ce que ressentent les autres pour mieux comprendre notre belle société qui regarde sans voir. Toutes ces guerres nous concernent : on assassine des hommes autour de nous. Notre indifférence nous rend complice, elle nous met en danger aussi.

GUERRE-ICI est une projection dans l’espace, la guerre à Paris, juste pour penser aux autres, une urgence, un cri qui m’échappe, pour ne plus entendre « on ne savait pas ». Ne plus entendre les rédactions dire « c’est loin, les gens en ont marre, ils veulent des histoires qui les concernent ».

Le plan de l’expo ici

Publié le 6th octobre 2009

Rapporteur de guerre - Patrick ChauvelPatrick Chauvel a trente-cinq ans de métier, trente-cinq ans qu’il court la planète pour photographier la guerre. Publié dans Paris Match, Times Magazine, Life, Newsweek, il a reçu le prix World Press, et est considéré comme l’un des derniers grands photoreporters vivants.
Il est de toutes les guerres, parcourant le monde armé de son seul courage et de son appareil photo. Partageant le sort de milliers de soldats aux quatre coins du monde, il a frôlé la mort à de nombreuses reprises. Et en est toujours ressorti vivant, chargé de témoignages exceptionnels.


C’est tout cela que l’on peut lire dans son livre « Rapporteur de guerre », un magnifique livre que je ne me lasse pas de relire et de relire, tellement l’histoire, son histoire est captivante. Pas une seule seconde de répit. Patrick Chauvel est de ceux qui ne tienne pas en place.

Dans les deux cahiers centraux de l’ouvrage, on trouvera quelques-unes de ses photos. Elles illustrent parfaitement sa volonté d’être le plus juste possible. Le choix de ces photos comme le choix de ces mots nous fait prendre conscience que chaque jour la guerre a lieu quelque part et que nous ne devons pas feindre de l’ignorer. Patrick Chauvel écrit : « Tout ce que je sais c’est qu’il faut témoigner. Ne plus jamais entendre : On ne savait pas. Moi j’ai vu ! Alors je rapporte ces histoires et, pour le reste, j’ai fait ce que j’ai pu. »