Les articles de la catégorie "Reporters"

Henri Cartier- Bresson au Centre national d’art vivant de Tunis

Co-fondateur, en 1947, de la prestigieuse agence coopérative Magnum Photos, Henri Cartier-Bresson (1908-2004) a parcouru le XXe siècle d’un oeil lucide et humaniste. Formé au double regard des peintres, qu’il ne cessera, toute sa vie, de fréquenter (Matisse, Picasso, Braque, Rouault…), et du cinéma (Paul Strand, Jacques Becker, Jean Renoir), c’est en photographe de « l’instant décisif » qu’il choisira de témoigner, de l’Afrique des années 30 à l’Espagne républicaine, de la Libération de Paris à l’Inde de Gandhi, en Union Soviétique ou en France, et de Bali à Mexico ou New York, d’une présence photographique qui est, avant tout, une manière d’être au monde.
 » Photographier: c’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’oeil et le coeur. »

« L’oeil du siècle » est exposé pour la première fois, ce printemps, à Tunis, au Centre National d’Art Vivant de Tunis et dans tout l’espace public de la ville. Réalisée grâce au soutien de notre partenaire Vision +, une galerie de plein air propose en effet au public tunisois de découvrir, en accompagnement de l’exposition, 6 grandes photographies de Henri Cartier-Bresson dans le réseau de transport public de la ville de Tunis. Un dispositif inédit pour mettre l’art et la culture à la portée du plus grand nombre.

C’est sans doute la plus belle leçon de regard sur l’autre que pouvait nous offrir ce photographe curieux, généreux et tolérant, qui n’a cessé, toute sa vie, de promener avec lui son appareil photographique, « l’instrument de l’intuition et de la spontanéité, le maître de l’instant ».

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Un concours de photographie sera lancé à partir de cet évènement. Capter un regard d’un enfant ou d’un citoyen tunisien découvrant pour la première fois les images du photographe français Henri Cartier-Bresson sera l’objet du concours.
Après sélection une exposition sera organisée au Centre National d’Art Vivant de Tunis. Les photographies de Henri Cartier-Bresson seront exposées dans l’espace public à partir du 30 mars 2013.

Jusqu’au 27 avril 2013
68 av. Taïeb M’hiri (place Pasteur), 1002 Parc du Belvédère –Tunis

Joel Meyerowitz, un pionnier de la couleur exposé à Paris

3 fév 2013   //   Joel Meyerowitz, Les expos  //  Laissez un commentaire

La Maison européenne de la photographie à Paris expose Joel Meyerowitz, un des précurseurs de la couleur en photographie, dès 1962. William Klein avait fait bouger New York en noir et blanc, Meyerowitz fait trépider les couleurs de sa ville. Il voyage aussi à travers les USA et l’Europe. En 2001, il photographie les ruines du World Trade Center (jusqu’au 7 avril 2013)

Joel Meyerowitz est un des premiers artistes à avoir photographié en couleur, dès le début des années 1960 : New York beaucoup, puis le reste des Etats-Unis et l’Europe. A ses débuts déjà, la couleur est pour lui une évidence. Meyerowitz a vingt ans et il ignore qu’elle est mal vue dans le milieu « très sérieux » de la photographie artistique où seul le noir et blanc est considéré.

La révélation de la photographie, il l’a eue en 1962, dit-il, en voyant Robert Frank travailler, bouger avec son appareil photo. Il aime lui-même « danser » avec son Leica. « C’est à cause de Robert Frank que je fais de la photographie », confiait-il au Guardian en novembre dernier, tout en précisant : « Mais ce n’est pas de voir son travail qui m’a bouleversé, c’est de le voir travailler. »

Robert Frank et son livre « Les Américains », c’est la référence pour toute une génération de photographes. Et Robert Frank, comme tous les autres à cette époque, travaille en noir et blanc.

Pendant quelques années, Meyerowitz fait du noir et blanc et de la couleur, parallèlement. Dans les années 1960, il se promène toujours avec deux appareils.

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Joel Meyerowitz, NYC, 1975  © Joel Meyerowitz, Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York City

« J’étais un enfant des rues élevé dans des immeubles de l’East Bronx à New York », raconte Meyerowitz dans un livre paru en 2012, « Joel Meyerowitz : Taking My Time » (Phaidon). C’est donc tout naturellement qu’il fait de la photo de rue dans sa ville, en noir et blanc et en couleur. Il y photographie des gens perdus qui jamais ne se regardent.

Il passe ses journées dans la rue. Avec son ami Gary Winogrand, il marche toute la journée. « On était comme des pêcheurs sur la 5e Avenue. On filtrait les informations humaines qui s’écoulaient dans la rue », raconte Meyerowitz dans une vidéo diffusée par les Editions Phaidon, où il dit qu’il a appris la vie en regardant la rue.

New York paraît bien terne en noir et blanc, alors que les orange, les rouges, les verts claquent, animant la réalité d’une ville trépidante.

Meyerowitz part aussi sur les routes de l’Ouest « dans les pas » de Robert Frank : « J’apprenais à laisser le monde prendre vie devant mes yeux », raconte-t-il.

Après avoir fait quelques économies, en 1966-1967, il voyage en Europe. De ce périple, de l’Allemagne à l’Irlande en passant par la France, l’Espagne ou l’Italie, il dit qu’il a été un tournant dans sa vie. Là encore, il fait des photos de Paris ou de Malaga en couleur et en noir et blanc. On se dit que le noir et blanc va bien à la Turquie ou à l’Espagne. Mais derrière l’objectif de Meyerowitz, la couleur traduit mieux peut-être l’intensité dramatique de la rue espagnole, quand un attroupement regarde un cheval renversé avec sa carriole, entre ombre et soleil.

Parfois, le photographe s’est amusé à prendre la même scène en noir et blanc et en couleur et il les a juxtaposées. Quelques-unes de ces vues doubles sont exposées à la MEP. Et la supériorité de la couleur ne fait aucun doute. Elle donne un relief indéniable aux jardins de Chenonceaux, sinon d’une triste griseur. Elle fait frémir la lumière de Floride et réchauffe une image du Jeu de Paume à Paris.

En rentrant d’Europe, Meyerowitz a examiné ses «doublons » et en est arrivé à la conclusion que « l’image en couleur était plus riche d’informations, qu’il y avait beaucoup plus à voir et à réfléchir, tandis que le noir et blanc réduisait le monde à des nuances de gris ».

Au Guardian, il déclarait : « Le monde était en couleur. Ca me semblait tellement évident (…). Pour moi, le noir et blanc, c’était le passé, c’était l’histoire. »

En tout cas, Meyerowitz n’est pas un photographe du noir et blanc et, dans les années 1970, il l’a abandonné pour s’en remettre entièrement à son inclination première pour la couleur, devenant ainsi un des premiers photographes américains à l’adopter.

Il shoote les rues vides de Saint Louis, Missouri, des pavillons et des enseignes dans la lumière irréelle du crépuscule ou de la nuit.

Plus tard, il s’attelle au portrait, attiré inconsciemment par les roux (« redheads ») sur les plages de Cape Cod, où ils sont rendus encore plus roux par le bleu du ciel. Il s’interroge sur l’art du portrait, l’humilité qui lui semble essentielle pour le pratiquer, la « simplicité et l’honnêteté » qu’il requiert selon lui.

Enfin, Joel Meyerowitz a eu l’autorisation exceptionnelle de faire des images pendant neuf mois, dans les ruines du World Trade Center à New York, après le 11 septembre 2001. Il voulait laisser des documents sur l’événement, pour les générations à venir. En couleur bien sûr.

Joel Meyerowitz, une rétrospective, Maison européenne de la photographie

5 / 7 rue de Fourcy, 75004 Paris
tous les jours sauf lundi, mardi et jours fériés
du mercredi au dimanche, 11h-20h
tarifs : 8 € / 4,5 €, gratuit le mercredi de 17h à 20h
du 23 janvier au 7 avril 2013

Le travail et la mémoire du photographe Tim Hetherington célébrés à Sundance

28 jan 2013   //   Tim Hetherington  //  Laissez un commentaire

tim« Il ne s’est jamais dérobé », dit de lui son ami Sebastian Junger. Le photographe Tim Hetherington, décédé en 2011 alors qu’il couvrait la rébellion en Libye, est célébré à Sundance, où un film retrace le parcours humain et professionnel d’un grand « faiseur d’images ».

Présenté hors compétition, « Which way is the front line from here? The life and time of Tim Hetherington », de Sebastian Junger, avec qui le photographe avait réalisé « Restrepo », a reçu le grand prix du documentaire à Sundance en 2010.

Le film, produit par la chaîne américaine HBO, suit la formation et la carrière de dix ans du photographe britannique, de ses premiers clichés de guerre au Liberia au 20 avril 2011 jusqu’à ce qu’il trouve la mort à Misrata à l’âge de 40 ans avec le photographe Chris Hondros, victimes d’un tir de mortier.

Né à Liverpool, Tim Hetherington avait étudié la littérature à l’Université d’Oxford avant de se consacrer au photojournalisme.

Il vécut et travailla plusieurs années en Afrique, où il fut le seul photographe à vivre derrière les lignes rebelles pendant la guerre civile au Liberia en 2003.

Tim Hetherington était aussi vidéaste et le film utilise largement ses images –fixes ou animées–, notamment de ses derniers jours.

« Tim avait abondamment filmé les derniers jours de sa vie avec une caméra vidéo, et ses images sont devenues le point de départ » du documentaire, explique Sebastian Junger dans sa note de présentation.

« De plus en plus de journalistes meurent dans les zones de conflit et leurs morts sont de plus en plus documentées car tout le monde, apparemment –même les combattants rebelles– a des caméra vidéo », observe-t-il.

« La tragédie de la mort de mon ami, ai-je pensé, pourrait peut-être informer les journalistes et le grand public des risques du métier », ajoute-t-il.

Le film offre aussi des entretiens avec des amis et proches de Tim Hetherington, notamment le photographe James Brabazon, avec qui il fit ses premières armes au Liberia, et qui souligne le talent égal de son ami pour la photographie et le documentaire filmé.

Sebastian Junger estime lui aussi que « sa grande valeur, en tant qu’artiste, était sa capacité à combiner de multiples médiums et à transcender les limites de sa profession. Lui-même refusait de se définir comme +photographe+, lui préférant le terme plus ambigu de +faiseur d’images+ », écrit-il.

Tim Hetherington avait atteint une renommée mondiale et la reconnaissance définitive de ses pairs avec son travail en Afghanistan, dont il avait tiré un livre de photos et le documentaire « Restrepo ». Ses clichés lui avaient valu en 2007 le World Press Photo Award.

Une sélection de ses photos est d’ailleurs exposée à la Julie Nester Gallery jusqu’à la fin du mois, à Park City (Utah, ouest des Etats-Unis), où se tient le festival de Sundance jusqu’à dimanche.

Le photoreporter Alessio Romenzi reçoit le prix Lucas Dolega

25 jan 2013   //   Alessio Romenzi, Les prix  //  Laissez un commentaire
Le Prix Lucas Dolega, porté par Nikon, a été remis au photoreporter Alessio Romenzi lors d’une cérémonie à la Mairie de Paris, en présence de Bertrand Delanoë, des représentants de l’association Lucas Dolega et de nombreux photographes professionnels. Alessio Romenzi s’est vu remettre une dotation en matériel photo Nikon d’une valeur totale de 10 000 euros ( un Nikon D800, un objectif et un chèque de 6800 euros). C’est pour son reportage sur le terrain en Syrie qu’il a été récompensé. Le reportage s’intitule « surviving Syria ». Son travail sur la Syrie, où il s’est rendu plusieurs fois, fait partie d’une étude plus vaste sur les révolutions du « printemps arabe ».

 

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Photo : Alessio Romenzi.

Le Prix photo Lucas Dolega est organisé par l’association éponyme pour rendre hommage au photoreporter franco-allemand mort à 32 ans le 17 janvier 2011 à Tunis alors qu’il couvrait la « Révolution du Jasmin ». Ce prix à pour objet de soutenir les photographes qui exercent leur activité dans des conditions souvent difficiles et sur des zones dangereuses pour assurer la diffusion d’une information libre et indépendante. Il récompense un photographe qui par son engagement personnel, son implication sur le terrain, ses prises de position et la qualité de son travail, témoigne de son attachement à la liberté d’expression.

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Photo : Alessio Romenzi.

Les participants à ce concours photo devaient présenter un reportage photo centré sur un conflit, que ce soit une guerre civile, militaire, des émeutes, des attentats, etc. ou d’une catastrophe naturelle ou sanitaire, et de leurs conséquences pour les populations civiles.

Alessio Romenzi est photographe depuis 2005 et a travaillé pour l’AFP, l’ONU ou encore la Croix Rouge. Il est représenté par l’agence Corbis. Il a été publié dans des journaux de renom comme le New York Times, le Washington Post, Le Monde, Der Spiegel, etc.

Syrie : le photographe Don McCullin repart en guerre

3 jan 2013   //   Don Mc Cullin  //  Laissez un commentaire

don-mccullin-mCélèbre pour ses clichés de guerre, notamment du Vietnam, le photographe britannique Don McCullin n’a pas encore pris sa retraite. À 77 ans, il repart sur un autre théâtre de guerre : la Syrie.

Depuis plus de 50 ans, Don McCullin parcourt le monde. Photographe autodidacte, le Britannique s’est fait connaître en montrant les horreurs des conflits armés et autres catastrophes qui ont marqué l’histoire récente.

Dès les années 1960, au plus près des violences, il a su capter, avec son appareil, la dure réalité de la famine au Bihar en Inde, de la guerre des Six-Jours au Proche-Orient, ou encore du bourbier vietnamien au côté des marines américains.

Alors que depuis quelques années il ne s’occupait plus que de paysage et de natures mortes dans son pays natal, le photographe de 77 ans a finalement décidé de repartir sur un autre terrain de guerre, en Syrie. « Je vais couvrir la guerre à Alep. Je suis harcelé du matin au soir là où je vis dans le Somerset [sud-ouest de l'Angleterre], et je veux juste partir d’ici », confie-t-il dans une interview accordée au Guardian.

Légende vivante du photojournalisme, Don McCullin est aujourd’hui horrifié de voir que les conflits n’intéressent plus les lecteurs. « Personne ne veut voir des enfants en train de mourir. Ils veulent juste voir des talons hauts. Il n’est plus question que de célébrités. Les célébrités, les looks et la mode », constate, amer, le photographe.

« Si je vois encore une autre photo de Gwyneth Paltrow, je vais enfoncer ma tête dans les toilettes. Des faux bronzages, les Beckham, Jamie Oliver. J’en ai marre de tout ça. C’est pour cela que je vais en Syrie », ajoute-t-il. Le septuagénaire explique également qu’il a décidé de repartir pour mieux se retrouver lui-même : « Je ne veux pas m’installer trop confortablement. Si je ne me pousse pas à mon âge, alors que je vais fêter mes 78 ans, je vais avoir Alzheimer. »

Alors qu’un documentaire sur sa carrière, intitulé « McCullin », vient de sortir au Royaume-Uni, le reporter fait aussi un bilan de son métier. Interrogé par la version britannique du quotidien Metro, il avoue qu’il s’est parfois senti coupable de gagner sa vie en photographiant des horreurs : « Ces photos montrent de la souffrance, des enfants en train de mourir. Je ne peux pas dire que j’étais fier de moi. J’avais même honte, si vous voulez savoir la vérité. »

Profondément marqué par les combats auxquels il a assisté au cours de sa vie, il assure que ses clichés, principalement en noir et blanc, ne quittent jamais son esprit. « Certains souvenirs sont intacts, comme s’ils s’étaient déroulés hier. Comme cette bataille au Vietnam : deux semaines à voir des tanks rouler sur des corps et les transformer en tapis persan », raconte sans détour Don McCullin.

Malgré ses séquelles mentales et physiques, le photographe ne regrette pas d’avoir choisi ce métier. Élevé dans les années 1940 dans un quartier pauvre de Londres, il estime que le journalisme lui a permis d’éviter de plonger dans la criminalité. « Si je n’étais pas devenu photographe. Je n’aurais pas eu de vie. J’aurais été perdu », estime-t-il.

 

Par Stéphanie TROUILLARD, France 24.

Marco Longari, photographe de l’année 2012 pour « Time »

21 déc 2012   //   Les prix, Marco Longari  //  Laissez un commentaire

Le prestigieux magazine américain Time a désigné jeudi Marco Longari, de l’Agence France-Presse (AFP), meilleur photographe d’agence 2012. Cette distinction attribuée chaque année n’est pas dotée d’un prix mais salue la production d’un photographe.

Des printemps arabes à la dernière incursion israélienne à Gaza en passant par la guerre en Georgie, Marco Longari a couvert pour l’AFP les principaux conflits de ces dernières années.

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Opposés à la police antiémeute, certains manifestants égyptiens improvisent des tenues de protection avec trois fois rien. L’image est à la fois insolite et triste… (AFP PHOTO/MARCO LONGARI)

Le travail de cet Italien de 47 ans, responsable photo au bureau de l’AFP à Jérusalem depuis 2007, a été remarqué parmi les photographies d’autres références du métier, comme Goran Tomasevic de l’agence Reuters ou Manu Brabo d’Associated Press. «C’est en 2012 au Moyen-Orient que son travail est passé de remarquable à indispensable. Son travail est essentiel à la compréhension des bouleversements de la région durant cette période», écrit Time.

«Je ne participe pas aux prix photo car je suis quelqu’un qui raconte des histoires, pas un compétiteur», a déclaré Marco Longari. «C’est la victoire d’une certaine vision de la photographie que Patrick Baz (responsable régional de la photo au Moyen-Orient pour l’AFP, ndlr) a autorisée, en me permettant de travailler avec mon style», a-t-il ajouté.

«Dans les photos, je pense qu’il faut un point de vue d’auteur, plus personnel, plus engagé. C’est ça que les journaux et les magazines recherchent», a estimé Marco Longari. «Sur un événement, il faut trouver un parcours de narration à l’image qui raconte la vie au quotidien, à ce moment-là de l’humanité. Même si ce n’est pas facile et que cela prend beaucoup de temps», a-t-il conclu.

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Alep, en Syrie, le 14 septembre. « Je me trouve à un checkpoint rebelle lorsque je vois ce civil, un monsieur très distingué, s’approcher d’une zone où un sniper du régime tire à vue. L’homme traverse en courant, sacs de course à la main. (AFP PHOTO/MARCO LONGARI)

(Source : AFP)

Marc Riboud remporte le prix Nadar 2012

12 déc 2012   //   Les prix, Marc Riboud  //  Laissez un commentaire

Le Prix Nadar 2012 des Gens d’Images a été attribué à l’ouvrage « Vers l’Orient » du photographe Marc Riboud publié par les Editions Xavier Barral. Ce coffret contient les plus belles photographies prises lors du long voyage du photographe entre 1955 et 1958 à travers sept pays. Un parcours qui l’a conduit de la Turquie, à l’Iran, l’Afghanistan, le Pakistan, l’Inde, la Chine puis le Japon.

 

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 Vers l’Orient, coffret de cinq ouvrages, est un véritable carnet de notes visuelles réunissant les plus belles photographies prises lors de ce voyage entrepris pour rejoindre initialement Calcutta.

Comme beaucoup d’autres avant lui, Marc Riboud a eu besoin de partir, de quitter la France, sa famille et la reconstruction de l’après-guerre. Âgé de 30 ans, ingénieur de formation, il achète la vieille Land Rover de George Rodger et se met en route au printemps 1955.

Désireux de découvrir ces civilisations millénaires, il s’arrête d’abord à Istanbul, avant de poursuivre son chemin par les admirables paysages de Cappadoce et d’Anatolie. Il traverse la Perse pour rejoindre l’Afghanistan et ses zones tribales, comme l’avait fait peu de temps avant lui Nicolas Bouvier.

En 1956, il arrive en Inde, sa destination initiale, qu’il sillonne pendant près d’une année : Calcutta, Bombay, Delhi, Darjeeling, le Rajasthan, Bénarès jusqu’au Népal. C’est de là qu’il entre en Chine communiste, où il est l’un des rares Occidentaux à obtenir un visa. Il termine son « Grand Tour » au Japon en 1958, alors en pleine reconstruction après la guerre et en pleine mutation sociétale. De retour en France, Marc Riboud ramène des milliers de photographies, traces de ces cultures ancestrales, que l’on retrouve partout, dans les monuments, les gestes, la beauté des femmes, l’hospitalité des gens, le temps qui n’est pas compté. Ceux qui connaissent l’Orient d’aujourd’hui découvriront peut-être dans ces photos réalisées il y a près de soixante ans ce qui reste quand tout semble changer, et, derrière l’occidentalisation grandissante, le fil caché de l’intemporalité.

Le Prix Nadar récompense chaque année depuis 1955 un livre consacré à la photographie ancienne ou contemporaine édité en France au cours de l’année. Il n’est pas doté. Le jury, présidé par Agnès Sire, directrice de la Fondation Henri Cartier-Bresson, était composé de personnalités appartenant aux diverses professions impliquées dans la réalisation, la production, la critique et l’édition de photographies.

Pour commander le coffret cliquez ici

L’exposition « Rapporteur de guerre » – Patrick Chauvel

11 déc 2012   //   Actualité, Les expos, Patrick Chauvel  //  Laissez un commentaire

Déjà exposé à Bastia, Patrick Chauvel est également à l’honneur au Centre Mondial de la Paix de Verdun jusqu’au 26 mai. Des photos violentes, étonnantes, qui témoignent d’une carrière entière passée à montrer la réalité, pour que plus jamais l’on ne puisse dire « on ne savait pas ».

Funeral of Archbishop Romero Civil War in Cambodia

© Patrick Chauvel

De guérillas en révolutions, de batailles en exécutions, ce témoin de la guerre retrace ici 30 années de conflit à travers des photos prises en Afghanistan, en Tchétchénie, en Haïti, au Liban ou encore au Vietnam. Une sélection qui, si elle choque, sensibilise forcément le public par le trouble que crée la vue de ces corps, de ces enfants, de la torture et de la mort.

Au Centre Mondial de la Paix à Verdun jusqu’au 26 mai 2013

 

Sabine WEISS – « Photographies 1950-1990 »

1 déc 2012   //   Les expos, Sabine Weiss  //  Laissez un commentaire

La Galerie Guillaume réunit petits et grands formats de l’artiste autour de la thématique de la main, qui est en filigrane dans l’ensemble de son travail.

« Chez Sabine Weiss, la photographie est toujours un grand geste vers l’autre, un dialogue synthétisé en un cliché. Ses photos humanistes parlent de la vie qui ne s’arrête pas à une pose, mais qui s’inscrit dans chaque être, comme les lignes de la main» explique Guillaume Sébastien.

A travers les clichés de Sabine Weiss exposés à la Galerie Guillaume, on découvre des êtres saisis dans leur quotidien. Sans artifice, avec un sens aigu du cadrage et une maîtrise parfaite de la lumière et des contre-jours, Sabine Weiss capte l’essentiel. « Le photographe est lié à l’instant, cet instant fugitif et merveilleux qu’il faut saisir tout en composant l’impact visuel de la photographie », raconte-t-elle.

Sabine Weiss a rapporté des images de ses nombreux voyages, guidée par son regard complice et mutin porté sur ses contemporains qu’elle croise en chemin.  « J’aime ce dialogue constant entre mon appareil, mon sujet et moi, ce qui me différencie d’autres photographes qui ne cherchent pas cet échange et qui préfèrent se distancier de leur sujet » explique la photographe.

Les clichés de Sabine Weiss  figurent dans les collections du MOMA, du Metropolitan Museum of Art, du Musée National d’Art Moderne à Paris, de la Maison européenne de la photographie. Sabine Weiss est régulièrement exposée à la Galerie Guillaume. Toutefois, c’est la première exposition personnelle  que la galerie lui consacre.

Sabine Weiss s’éloigne du portrait codifié. Elle laisse la personnalité du modèle s’exprimer à travers des mouvements naturels et involontaires. La photographe dévoile des corps vrais et sans mise en scène et s’étonne de l’universalité du geste spontané : « Le réflexe de mettre sa main devant la bouche lorsqu’on est étonné est le même dans tous les âges et toutes les civilisations. Le geste est révélateur de la pensée et de l’émotion du sujet que je photographie ».

Le travail de Sabine Weiss mêle habilement poésie et observation sociale : « Lumière, geste, regard, mouvement, silence, repos, rigueur, détente, je voudrais tout incorporer dans cet instant pour que s’exprime avec un minimum de moyen l’essentiel de l’homme. Mes photos expriment un certain amour que j’ai pour la vie » explique-t-elle.

« Je n’aime pas les choses très éclatantes mais plutôt la sobriété… il ne s’agit pas d’aimer bien, il faut être ému. L’amour des gens, c’est beau. C’est grave, il y a une profondeur terrible. Il faut dépasser l’anecdote, dégager le calice, le recueillement. Je photographie pour conserver l’éphémère, fixer le hasard, garder en image ce qui va disparaître : gestes, attitudes, objets qui sont des témoignages de notre passage. L’appareil les ramasse, les fige au moment même où ils disparaissent ».

Après avoir travaillé pour Willy Maywald, Sabine Weiss a ensuite fait de la photographie pour la mode et la publicité et le reportage. Elle entre à l’agence Rapho en 1952 et elle collabore aussi à des revues, parmi les plus renommées aux Etats-Unis et en Europe (Vogue, Match, Life, Time, Newsweek etc.). Sabine Weiss a également participé aux plus importantes manifestations photographiques de son temps à commencer par « The Family of Man », réalisée en 1955 par Edward Steichen pour le MoMa avant de faire le tour du monde.

Depuis quelques années, celle qui fut l’amie de Robert Doisneau et de Willy Ronis se consacre entièrement à de nombreuses expositions et publications qui témoignent de l’importance de son œuvre.

Robert Doisneau dit à propos des photographies de Sabine Weiss : « Ses scènes, en apparence inoffensives, ont été inscrites avec une volontaire malice juste à ce moment précis de déséquilibre où ce qui est communément admis se trouve remis en question ».

Jusqu’au samedi 12 janvier 2013 de 14h à19h

Lieu : Galerie Guillaume, 32, Rue De Penthièvre / Paris 75008

Métro/Transport : Miromesnil

Life’s a beach: Martin Parr expose à Lyon

17 nov 2012   //   Les expos, Martin Parr  //  Laissez un commentaire

« Life’s a beach ! ». Pourtant, dans la vie ce qu’il aime, ce sont les plages, les stations balnéaires, leur lumière, leur chaleur. Et montrer l’absurdité du comportement humain qui frappe chacun de ces lieux. Martin Parr ne se voit pas comme un artiste, sa photo est sociale et témoigne simplement d’une vision du monde. Il expose ces travaux drôles ou énervants à la Bibliothèque Municipale de Lyon 3ème, jusqu’au 29 décembre.

Brésil, Rio de Janeiro Copacabana Beach, 1996  © Martin Parr/Magnum Photo

Martin Parr est un photographe britannique, fasciné par le kitsch, par la médiocrité, l’absurde et l’ennui. Il a entre autres photographié les plages, la Grande-Bretagne, les travailleurs blasés, pressés, frustrés, puis comme il s’ennuyait il s’est même photographié lui-même. Il a reçu en 2006 le Prix Erich Salomon et continue à présenter à travers le monde son oeuvre ambiguëe, mais drôle, touchante et toujours très vraie.

Life’s a Beach, par Martin Parr
Jusqu’au 29 décembre
Bibliothèque Municipale de Lyon 3ème
246 rue Duguesclin 69003 Lyon
Entrée libre

Ciel il pleut !

L’exposition « Ciel il pleut ! », organisée par le SIAAP (Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne) s’installe sur le boulevard de la Bastille à Paris jusqu’au 15 octobre.

De la reine d’Angleterre qui assortit ses tenues à son parapluie en passant par des touristes et leurs célèbres cirés jaunes dans le métro, à James Dean ruisselant dans les rues de New-York…

46 photos grand format d’anonymes ou de photographes connus tels que Robert Doisneau,  Elliott Erwitt, Steve Mc Curry sont présentées, avec pour point commun, la pluie.

 Car il ne faut pas l’oublier si les Parisiens aiment le ciel bleu, à l’autre bout du monde, des millions d’autres personnes regardent ce même ciel, parfois une année entière, dans l’attente de la pluie…

 

 

Visionner le micro trottoir réalisé pour l’occasion en cliquant ci dessous

Exposition photos grand format à ciel ouvert, accès libre 24/24H.
46, boulevard de la Bastille, 75012 Paris.
Métro : lignes 1, 5 ou 8, station Bastille.

Prix Bayeux 2012

26 sept 2012   //   Alessio Romenzi, Prix de Bayeux  //  Laissez un commentaire

Au-delà des travaux du jury et de la remise des prix, le Prix Bayeux-Calvados c’est aussi une semaine de rendez-vous autour de l’actualité internationale.

Échanges, témoignages, décryptage de l’actualité avec ceux qui la couvrent au quotidien, fenêtre ouverte sur un monde en perpétuelle turbulence, c’est cet « arrêt sur images » que propose chaque année Les Rencontres du Prix Bayeux-Calvados à travers des expositions inédites, un salon du livre, des forum-médias, des soirées débats, des projections de documentaires, des opérations tournées vers les jeunes…

Des expositions inédites, produites pour le Prix Bayeux-Calvados

Karim Ben Khelifa “Portraits des ennemis”
Un face à face de portraits de combattants de chaque côté de la ligne de front (Sud Soudan, Inde/Cachemire, Israël/Palestine).

“Bosnia, 1992-1995”, Exposition collective à l’occasion du 20e anniversaire de la guerre.
L’exposition présentera une quarantaine d’images de photographes ayant contribué au livre “Bosnia 1992-1995”, dirigé par Jon Jones (éditeur photo), Gary Knight (production, avec Ziyah Gafic) et Rémy Ourdan (éditeur texte). Le livre rassemble plus de cinquante photographes et journalistes bosniens et étrangers.

Jérôme Sessini – Magnum Photos “The wrong side”
Après de nombreux reportages sur la guerre des cartels de la drogue au Mexique, un ouvrage à paraître en septembre “The wrong side” rassemble l’ensemble du travail de Jérôme Sessini sur la situation de violence et la manière dont les Mexicains vivent dans les villes les plus dangereuses du Mexicains vivent dans les villes les plus dangereuses du pays.

Syrie, un peuple sacrifié
Exposition en extérieur dans la Ville de Bayeux. Regard croisés de quatre reporters qui ont couvert l’actualité en Syrie :
Rodrigo Adb (AP), Mani, Alessio Romenzi (Corbis) et Laurent Van der Stockt.

La Maison des Journalistes a 10 ans
Pour cet anniversaire, « L’Exil » est mis en images par 40 dessinateurs du monde entier.

Zoom et décryptage : Somalie, Syrie, retour sur la Bosnie Des soirées pour aborder l’actualité internationale différemment :
Retour sur le siège de Sarajevo, les réalités de la guerre à travers le film d’Angelina Jolie “Au pays du sang et du miel”, et le témoignage de Rémy Ourdan (Le Monde).
“Somalie, l’air de la paix” en partenariat avec Arte reportage. Projection d’un documentaire inédit réalisé par Thomas Dandois (Camicas Productions) suivie d’un débat animé par Didier François (Europe 1).
Soirée grands reporters “Syrie : zone interdite”, animée et préparée par Jean-Marc Four (France Culture) en présence de ceux qui couvrent le conflit au plus prés, notamment Javier Espinosa (El Mundo), Mani (photographe indépendant)…

Salon du livre – Témoignages
Des grands noms du reportage seront présents à la rencontre du public : Hervé Ghesquière, Patrick Chauvel, Edith Bouvier, Christophe Boltanski, Benjamin Barthe, Tomas Van Houtryve, Sara Daniel, Régis Le Sommier, Jean-Marie Quemener, Bernard Lebrun, Mouhssine Ennaimi, …

Place aux documentaires, le dimanche
Quatre documentaires exceptionnels proposés en accès libre au public : “5 Broken Cameras” : l’histoire d’Emad Burnat, cinéaste palestinien autodidacte, qui se documente contre le Mur israélien en cours de construction dans son village. Des images exceptionnelles et inédites du Bahreïn avec “Bahreïn, plongée dans un pays interdit”, réalisé par Stéphanie Lamorré, une co-production Premières Lignes – Arte France. La guerre sans merci de la production d’or en Colombie : “Pour tout l’or de la Colombie” réalisé par Pascale Mariani et Roméo Langlois. “À la une du New York Times” : immersion dans le quotidien d’une institution de la presse internationale.

 

100 photos de Steve McCurry pour la liberté de la presse

10 sept 2012   //   Les album RSF, Steve McCurry  //  Laissez un commentaire

Le nouvel album Reporters sans frontières, 100 photos de Steve McCurry pour la liberté de la presse, met à l’honneur le photographe, témoin clé de la poudrière afghane, qui depuis plus d’une trentaine d’années sillonne les contrées de l’Afghanistan. Un pays qui s’est avéré la grande passion de sa vie.

Steve McCurry est l’un des photojournalistes les plus récompensés de sa génération. Il est surtout connu pour son portrait de Sharbat Gula, une jeune fille afghane aux yeux verts, véritable icône qui a fait la couverture duNational Geographic en 1985.

RSF adopte une nouvelle formule à l’occasion des 20 ans de sa collection d’ouvrages de photos pour la liberté de la presse. Trois fois par an, les lecteurs vont ainsi pouvoir retrouver de nouvelles rubriques dédiées à la photographie.

 

Au sommaire de ce numéro, en plus des 100 photographies signées Steve McCurry, RSF est allé à la rencontre de Vladimir Bazan pionnier du photojournalisme au Bélarus et propose un panorama de la photographie bosniaque contemporaine.

Hindu Kush Mountains, Afghanistan, 1984 Steve McCurry

100 Photos de Steve McCurry pour la liberté de la presse, 9,90 €, sortie le 13 septembre. 

Pour le commander cliquez ici

Interview de Jean-François Leroy, directeur de Visa pour l’Image

16 août 2012   //   Le métier, Quel avenir ?, Rémi Ochlik  //  2 commentaires

 

Jean-François Leroy, le directeur du festival du photojournalisme Visa pour l’image Perpignan, a accordé une longue interview à Olivier C.Laurent, News Editor au British Journal of Photography. Un entretien fleuve dans lequel JFI dressait un vaste panorama de l’édition 2012, mais s’exprimait aussi plus largement sur sa conception du photojournalisme.

 

La mort de Rémi Ochlik

Rémi, je le vis mal, parce qu’il avait 28 ans et qu’il était bourré de talent. C’était un mec tellement gentil, aimable. Il est mort le 22 février. On a fait un petit hommage avec ses copains le 22 au soir au 61. Quand je suis rentré, j’ai fait un mail à Jean-Marc Pujol, le maire de Perpignan : « Rémi, c’était un pote de Visa pour l’Image, c’était un bébé de Perpignan. Je voudrais vous proposer de rebaptiser le prix du Jeune reporter en prix Rémi Ochlik. » Il m’a répondu oui tout de suite.

Le coup de gueule annuel de JFI

Cette année, c’est la mode Hipstamatic, Instagram qui m’exaspère. Si je photographie une poubelle avec Instagram, la photo est jolie mais je n’y suis pour rien, c’est l’appareil qui fait tout. Où est l’œil du photographe ? En revanche, quand Karim Ben Khelifa photographie en Syrie avec un iPhone, je comprends que c’est pour des raisons de sécurité. Mais on peut faire des photos avec un iPhone sans utiliser Instagram ou Hipstamatic.(…)
Quel que soit l’outil, ce qui nous intéresse c’est l’œil. Hipstamatic, Instagram, c’est une paresse intellectuelle et ça devient un « truc ». Et ce n’est pas parce qu’on fait des photos à l’Hipstamatic que c’est un sujet.

La désertion des grandes agences

Une des quatre plus importantes et qui faisait partie des piliers, Corbis, a annulé son stand. Mais soyons réalistes, l’attrait de faire un centre de presse était valable lorsqu’il y avait des acheteurs qui avaient un chéquier dans les journaux. Où sont-ils aujourd’hui ? C’est une vraie question.

Visa pour l’image et le ministère de la culture

Les derniers ministres de la Culture, que ce soit Renaud Donnedieu de Vabres ou Frédéric Mitterrand, avaient un engagement sincère auprès des photojournalistes, et ils l’ont prouvé. Mais le système politique français est un système qui fait que quand on change de ministre, il y a de nouvelles orientations. C’est vrai que je suis un peu déçu, parce qu’on se retrouve tous les ans ou tous les deux ans, avec les quarante mêmes personnes, avec qui on redéfinit les deux cents mêmes problèmes ; et le temps que les choses bougent, le ministre change et il faut recommencer.

L’iPad, un nouveau débouché pour les photographes ?

Quand on me dit : « Tu veux voir les photos du tsunami ? Achète-toi 3.11 Project. Tu veux voir les lions de Nick Nichols ? Tu veux voir l’œuvre de Giacomelli : 14 euros. Tu veux voir Via PanAm de Kadir Van Lohuizen : 5 euros. » C’est très bien, très amusant, c’est une découverte. Maintenant, je voudrais qu’on me dise combien ils en vendent.
Paris Match ou le Figaro Magazine, leur application a été chargée à des dizaines de milliers d’exemplaires. Mais ceux qui paient leur magazine toutes les semaines, on en compte un millier et quelques… les bonnes semaines.

La fin des tables rondes de Visa pour l’image

Nous avons essayé depuis des années d’organiser des tables rondes sur le droit des photographes, les tarifs syndicaux non respectés, etc. Quand nous avons commencé il y a dix ans avec Freelens, nous avions des audiences de 200-250 personnes. La dernière fois que nous l’avons fait, il y avait 18 personnes. Être au déjeuner Paris Match, oui. Être à la fête , oui. Être au pot Getty AFP, oui. Mais venir au Palais des congrès pour entendre une conférence intelligente, visiblement ça n’intéresse personne.

Retrouvez l’interview en intégralité ici

Source : zigzags.blogs.lindependant.com

Patrick Chauvel – Portrait

A 63 ans, Patrick Chauvel, légende vivante du photoreportage, continue de parcourir la planète d’un conflit à l’autre. Dans son dernier livre, il revient sur les révolutions sud-américaines des années quatre-vingt.

Quand le photoreporter Patrick Chauvel a monté sa société de production, son banquier lui a proposé de la baptiser «Agios». Il y a de quoi : «Financièrement, je n’ai jamais eu deux années tranquilles devant moi. Je n’ai pas acheté d’appartement, ma moto a trente ans et ma voiture, quarante !» Ca ne l’angoisse pas, mais ça peut l’énerver. Surtout quand le manque d’argent le cloue au sol alors qu’un conflit éclate à l’autre bout du monde. Visiblement, il n’a toujours pas digéré d’avoir raté la chute de Saigon… Depuis, il s’est rattrapé.

Les rides se sont creusées, le cheveu noir a blanchi, mais il est toujours là. Avec des bouts d’intestin en moins et des éclats dans la colonne vertébrale : «comparé à d’autres, j’ai de la chance, rien ne m’empêche de continuer». Quarante ans qu’il couvre toutes les guerres, toujours comme photographe indépendant. C’est pendant le siège de Grozny, en Tchétchénie, qu’il s’est mis à la caméra. Les premières images qu’il y a faites – la traversée au pas de course du pont qui formait le seul lien avec le monde extérieur, rythmée par le claquement sec des balles russes et sa respiration haletante – ont servi de scène inaugurale à son documentaire, Rapporteur de guerre. Tout y était dit, de l’intensité et du danger, de la solidarité avec le rebelle qui courait devant, de l’engagement nécessaire pour témoigner au plus près.

 

Au Suriname, un milicien de Ronnie Brunswijk monte la garde devant l’île qui sert de base aux rebelles. PATRICK CHAUVEL / CORBIS-SYGMA

 

Dans son premier livre du même nom, il a raconté ses années d’enfance, bercées par les récits de son père, le reporter Jean-François Chauvel, et de son oncle, l’écrivain et cinéaste Pierre Schoenderffer. A la maison, on croisait Joseph Kessel et Jean Lartéguy. Forcément, un jour, le jeune garçon a voulu, lui aussi, tester son courage. La guerre des Six Jours d’abord, en 1968, avec un Nikon offert par l’auteur du Crabe-tambour. Les photos qu’il ramène sont floues, mais qu’importe, il a chopé le virus. Viêt-Nam, Cambodge, Iran, Irlande, Liban, Sierra Leone, Haïti, Bosnie, il est allé partout, se forgeant une réputation de trompe-la-mort. Il est pris en otage, blessé, se retrouve face à un peloton d’exécution, coule avec des Boat-people. Ses reportages sont publiés dans les plus grands titres de la presse internationale, le TimesSternParis MatchLife ou Newsweek.

 

C’est en couvrant l’année dernière la révolution libyenne que lui est venue l’idée de son nouveau livre, Les pompes de Ricardo Jesus : «L’enthousiasme des printemps arabes m’a rappelé celui des printemps sud-américains». Cela donne un passionnant récit dans lequel les aventures s’enchaînent, du Salvador à Cuba, du Nicaragua au Suriname, à dos d’âne avec des guérilleros dépenaillés, au cœur de la jungle avec des mercenaires anglais. Il y a des évènements inattendus – l’assassinat de l’archevêque Romero en plein office, une baignade matinale avec Bob Marley – des histoires d’amour et d’amitié : «il y avait quelque chose de joyeux au milieu de toute cette violence. Aujourd’hui, dans le monde arabe, il est beaucoup plus dur de décompresser, il n’y a pas d’alcool et les femmes sont cachées…» 

Au domicile de Bob Marley. Le chanteur jamaïcain invite le photographe à fumer un joint avec lui.PATRICK CHAUVEL / CORBIS-SYGMA

 Certains jeunes photographes sont venus au métier à la lecture de son premier livre. Lui qui a dû faire le deuil de son maître, Pierre Schoenderffer, récemment disparu, se retrouve aujourd’hui investi du rôle de grand ancien. La roue tourne. Il se souvient d’avoir croisé en Lybie, au bord d’une route, un de ces garçons pleins d’audace et d’enthousiasme : «Je regardais le désert, il me parlait, je n’écoutais pas trop, et puis ce qu’il m’a dit m’a touché, il y avait quelque chose de presque romantique dans sa vision du métier. Cela m’a rendu optimiste, je me suis dit « tiens, la relève est là… »». Quelques mois plus tard, Rémy Ochlick, vingt-huit ans, était tué dans un bombardement à Homs, en Syrie. C’est vers ce pays déchiré que veut maintenant s’envoler Patrick Chauvel : «Tant que le corps suit, je lâcherai pas l’affaire.»

 

Pour vous procurer son dernier livre, cliquez ici

 

Source : Vladimir de Gmeline – Marianne

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