Les articles de la catégorie "Quel avenir ?"

Le retour en grâce du mythique Polaroid

24 mai 2013   //   Actualité, Quel avenir ?  //  Laissez un commentaire

L’appareil photo Polaroid n’a pas encore rendu son dernier cliché. Des passionnés de l’appareil à développement instantané résistent et cherchent à le développer, face à l’immense succès de son concurrent direct : le numérique. Commercialisé à partir de 1948 par la firme Polaroid, la production de l’appareil à développement instantané a été abandonnée en 2007.

Le principe est simple : cadrez, déclenchez et attendez quelques minutes. Le tour est joué lorsque la photographie apparaît sous vos yeux.
Inventé en 1948 par Edwin H. Land, le premier appareil photo Polaroid (Polaroid 95) est mis en vente dans un grand magasin de Boston au prix de 89,75 dollars. Initialement monochrome, il est adapté à la couleur en 1963.

Face à la concurrence du numérique, le groupe Polaroid abandonne la production d’appareils à développement instantané en 2007 et fait faillite en 2008.

Contrairement à la photographie numérique où chaque détail compte, le Polaroid n’a pas le souci de la précision. Dans son format carré, il reproduit ce qu’il voit et enjolive plus qu’il ne décrit.

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Andy Warhol était un admirateur de l’appareil à développement instantané

 © Daniel Naupold/DPA/MAXPPP

 Cette méthode de prise de vue a fait de nombreux inconditionnels, dont plusieurs figures artistiques. L’artiste Andy Warhol, le photographe Walker Evans ou encore le photographe de modePaolo Roversi en ont été de grands inconditionnels. Plus récemment, c’est la chanteuse Patti Smith que l’on a vue, armée de l’appareil photographique.

Aujourd’hui, 300 millions de vieux Polaroid seraient encore en état de marche. Cachés dans les greniers, chez des collectionneurs ou en vente sur la toile, les appareils circulent encore. L’usine Polaroid a été rachetée par des anciens employés de la firme, en 2008, aux Pays-Bas, et a relancé la production de films Polaroid sous le nom de  »The Impossible Project ».

Les fans de la photographie à développement instantané peuvent donc retrouver l’appareil mythique. Des amateurs de l’outil ont également créé le « Pola Festival », un festival de la photographie instantanée à Paris, qui s’est déroulé du 06 au 30 septembre 2012.

La photo… une passion française en plein essor

9 fév 2013   //   Actualité, Le métier, Quel avenir ?  //  1 commentaire

Les Français aiment prendre des photos mais aussi en acheter. Le nombre de photos ne cesse d’augmenter chaque année. En 2012, numérique oblige, ce sont plus de 4 000 photos qui ont été prises, par personne, en France contre seulement 72 il y a 20 ans… On estime entre 600 et 850 milliards le nombre de photos qui ont été prises dans le monde en 2012.

Les Français aiment de plus en plus en plus la photo, tout simplement parce que les moyens d’en faire se sont multipliés, que ce soit avec les smartphones ou les appareils photo numériques.

En France, près de 5,5 millions d’appareils photo sont vendus chaque année et plus de 70% des ménages en possèdent un. Les réseaux sociaux y sont également pour quelque chose, puisque près de 7 milliards de photos sont postées sur Facebook chaque mois dans le monde…

Le boom de la photo numérique n’a pas pour autant tué la photo papier, comme beaucoup l’avaient prédit. Au contraire, de nouveaux types de galeries se sont créées pour répondre à la demande de photographies d’art.

Reportage : D. Wolfromm, J-C. Guichard, L. Marques, K. Annette 

Le Herald Tribune vend ses photographies

10 nov 2012   //   Le métier, Quel avenir ?  //  Laissez un commentaire

Est-ce un nouveau marché pour le photojournalisme? Jusque-là, ce domaine était encore en marge des enchères. Mais les mutations profondes de la presse et les bouleversements techniques de diffusion de l’image avec le passage au tout-numérique ont relancé l’intérêt pour cette création. En témoignent des manifestations comme Visa pour l’image à Perpignan ou des prix comme celui de Carmignac Gestion. La crise financière qui frappe la presse écrite n’est pas étrangère au fait que l’ International Herald Tribuneveuille se séparer de ses archives photographiques. Sous prétexte de célébrer son 125e anniversaire, ce titre mythique vend son trésor de guerre. Soit plus de 500.000 clichés recensés par Viviane Esders, au moment où la rédaction a quitté l’immeuble de Neuilly pour Levallois. «Personne n’avait étudié ces archives qui sont la mémoire de la maison depuis 1887», ­explique l’experte parisienne. Cette dernière a travaillé plus d’un an pour ouvrir une après une les enveloppes contenant les clichés disposés sur des rayonnages. Le nom de chaque personnalité, célèbre ou pas, y était inscrit soigneusement.

Pour l’heure, c’est une première vente à Drouot, sous le marteau de Yann Le Mouël, avec 2500 tirages d’époque regroupés en trois cents lots. La plupart sont uniques et ont encore leur marque de cadrage pour la publication. Estimé modestement de 320.000 à 400.000 €, cet ensemble inédit retrace toute l’histoire du XXe siècle et, en particulier, celle des relations politiques, diplomatiques, sociales et culturelles entre les États-Unis et l’Europe. Le Cercle France-Amériques à Paris accueille, jusqu’au 13 novembre, une sélection de 125 images emblématiques. Impossible de ne pas être attiré vers les icônes que sont John et Jackie Kennedy le jour de leur mariage, le 12 septembre 1953 (5000 à 5500 €), le général de Gaulle, lors de l’appel de juin 1940 à la BBC (2000 à 2500 €), Mao saluant la foule lors du 14e anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine, le 10 septembre 1963 (3000 à 4000 €) ou Nixon les bras levés au ciel sur les Champs-Élysées en 1969 (3000 à 3500 €). À leurs côtés, figurent aussi quelques monstres sacrés de la scène artistique: Jean Cocteau, Igor Stravinsky, Cary Grant, John Lennon, Jean Seberg, Alberto Giacometti,Yves Saint Laurent et la mythique Marylin.

Créé à Paris en 1887 par le légendaire journaliste américain James Gordon Bennett senior, le quotidien est d’abord destiné aux Américains expatriés. Il s’appelle alors le New York Herald Tribunepour être l’édition internationale du grand quotidien New York Herald, créé et développé par le même Bennett. Jusqu’en 1947, ce sont les «goldensyears» du journal. LeHerald réunit une communauté d’écrivains, d’éditeurs et d’artistes légendaires qui contribuent au renforcement de sa réputation. En 1944, il offre pour la première fois une page entière pour publier les tribunes et les lettres d’opinion de ses lecteurs. À la suite de l’arrêt de l’édition new-yorkaise en 1966, l’édition internationale fut reprise par le Washington Post et le New York Times qui le rebaptisèrent International Herald Tribune. Depuis 2003, la New York Times Company est son actionnaire unique.

Ronald Reagan à la Maison-Blanche, 1986. De 1000 à 1200 €. Crédits photo : ©John McDonnell/Washington Post

Cette vente qui sera suivie par plusieurs dispersions au cours de l’année 2013 donne des idées à d’autres patrons de presse. On vient d’apprendre que le célèbre National Geographic, inspirateur des photographes de voyages depuis plusieurs décennies, va aussi mettre aux enchères son fonds photographique. La vente orchestrée par Christie’s, le 6 décembre, à New York, devrait rapporter 3 millions de dollars. Le produit devrait aller dans un programme de soutien aux jeunes photographes.

Ce nouveau marché de la photographie de presse suscite de nombreuses questions. En 2000 déjà, l’exposition des archives photo du New York Timesdans le cadre du salon Paris Photo avait fait du bruit dans le monde de la photographie. L’Agence Magnum s’était formellement opposée à la mise en vente de clichés d’Elliott Erwitt ou de Henri Cartier-Bresson arguant du fait que ces tirages avaient été mis à disposition du journal pour une utilisation spécifique. En aucun cas, le New York Times n’était propriétaire de ces tirages. Il est vrai que la législation française en matière de droits d’auteurs est particulière depuis la promulgation de la loi Lang en 1986. En France, le photographe reste propriétaire de son œuvre, fût-elle réalisée en commande pour la presse.

On s’interroge ainsi sur le devenir des archives de France Soir récemment mises sur le marché. En octobre dernier, un entrepreneur du secteur immobilier, Patrice Heaulme, s’était porté acquéreur pour 11.000 € du fonds photographique postérieur aux années 1980, reliquat de ce qui n’avait pas été récupéré en 1987 par la Bibliothèque historique de la Ville de Paris. Depuis, plusieurs agences auraient réclamé leurs clichés.

Pour la dispersion par le Herald Tribune des tirages d’agence de presse, l’expert Viviane Esders s’est assurée que chaque agence photo avait été consultée pour obtenir l’autorisation de procéder à leurs ventes. Certaines ont refusé comme l’Agence France Presse, d’autres ont accepté comme Associated Press. Une question de législation? En attendant, difficile de savoir si les auteurs de ces photographies ou leurs ayants droit percevront quelque chose sur la vente de leurs tirages.

Interview de Jean-François Leroy, directeur de Visa pour l’Image

16 août 2012   //   Le métier, Quel avenir ?, Rémi Ochlik  //  2 commentaires

 

Jean-François Leroy, le directeur du festival du photojournalisme Visa pour l’image Perpignan, a accordé une longue interview à Olivier C.Laurent, News Editor au British Journal of Photography. Un entretien fleuve dans lequel JFI dressait un vaste panorama de l’édition 2012, mais s’exprimait aussi plus largement sur sa conception du photojournalisme.

 

La mort de Rémi Ochlik

Rémi, je le vis mal, parce qu’il avait 28 ans et qu’il était bourré de talent. C’était un mec tellement gentil, aimable. Il est mort le 22 février. On a fait un petit hommage avec ses copains le 22 au soir au 61. Quand je suis rentré, j’ai fait un mail à Jean-Marc Pujol, le maire de Perpignan : « Rémi, c’était un pote de Visa pour l’Image, c’était un bébé de Perpignan. Je voudrais vous proposer de rebaptiser le prix du Jeune reporter en prix Rémi Ochlik. » Il m’a répondu oui tout de suite.

Le coup de gueule annuel de JFI

Cette année, c’est la mode Hipstamatic, Instagram qui m’exaspère. Si je photographie une poubelle avec Instagram, la photo est jolie mais je n’y suis pour rien, c’est l’appareil qui fait tout. Où est l’œil du photographe ? En revanche, quand Karim Ben Khelifa photographie en Syrie avec un iPhone, je comprends que c’est pour des raisons de sécurité. Mais on peut faire des photos avec un iPhone sans utiliser Instagram ou Hipstamatic.(…)
Quel que soit l’outil, ce qui nous intéresse c’est l’œil. Hipstamatic, Instagram, c’est une paresse intellectuelle et ça devient un « truc ». Et ce n’est pas parce qu’on fait des photos à l’Hipstamatic que c’est un sujet.

La désertion des grandes agences

Une des quatre plus importantes et qui faisait partie des piliers, Corbis, a annulé son stand. Mais soyons réalistes, l’attrait de faire un centre de presse était valable lorsqu’il y avait des acheteurs qui avaient un chéquier dans les journaux. Où sont-ils aujourd’hui ? C’est une vraie question.

Visa pour l’image et le ministère de la culture

Les derniers ministres de la Culture, que ce soit Renaud Donnedieu de Vabres ou Frédéric Mitterrand, avaient un engagement sincère auprès des photojournalistes, et ils l’ont prouvé. Mais le système politique français est un système qui fait que quand on change de ministre, il y a de nouvelles orientations. C’est vrai que je suis un peu déçu, parce qu’on se retrouve tous les ans ou tous les deux ans, avec les quarante mêmes personnes, avec qui on redéfinit les deux cents mêmes problèmes ; et le temps que les choses bougent, le ministre change et il faut recommencer.

L’iPad, un nouveau débouché pour les photographes ?

Quand on me dit : « Tu veux voir les photos du tsunami ? Achète-toi 3.11 Project. Tu veux voir les lions de Nick Nichols ? Tu veux voir l’œuvre de Giacomelli : 14 euros. Tu veux voir Via PanAm de Kadir Van Lohuizen : 5 euros. » C’est très bien, très amusant, c’est une découverte. Maintenant, je voudrais qu’on me dise combien ils en vendent.
Paris Match ou le Figaro Magazine, leur application a été chargée à des dizaines de milliers d’exemplaires. Mais ceux qui paient leur magazine toutes les semaines, on en compte un millier et quelques… les bonnes semaines.

La fin des tables rondes de Visa pour l’image

Nous avons essayé depuis des années d’organiser des tables rondes sur le droit des photographes, les tarifs syndicaux non respectés, etc. Quand nous avons commencé il y a dix ans avec Freelens, nous avions des audiences de 200-250 personnes. La dernière fois que nous l’avons fait, il y avait 18 personnes. Être au déjeuner Paris Match, oui. Être à la fête , oui. Être au pot Getty AFP, oui. Mais venir au Palais des congrès pour entendre une conférence intelligente, visiblement ça n’intéresse personne.

Retrouvez l’interview en intégralité ici

Source : zigzags.blogs.lindependant.com

L’agence Magnum discute de sa survie aux Rencontres d’Arles

9 juil 2012   //   Magnum, Quel avenir ?  //  Laissez un commentaire

L’agence Magnum Photos tient pour la première fois son conclave annuel en Arles à l’occasion de ses 65 ans. Elle affiche sa capacité à survivre en dépit de la crise du photojournalisme dans un monde abreuvé d’images. Fondée en 1947 par Robert Capa et Henri Cartier-Bresson entre autres, l’agence reste une coopérative détenue par ses membres. Une soixantaine. Elle est basée à Paris, New York, Londres et Tokyo.

Cette année, c’était au tour du bureau de Londres d’organiser l’assemblée générale. Par crainte d’un renchérissement des coûts avec les Jeux olympiques, Magnum a jeté son dévolu sur Arles, où ont démarré lundi les Rencontres photographiques, dirigées par François Hébel. Un ancien de Magnum, en plus!

Les photographes sont réunis dans le garage d’un des hôtels du centre pour examiner les comptes annuels et décider des projets à venir. Ils sélectionnent également les postulants aspirant entrer dans cette confrérie mythique. Le processus d’admission se fait par paliers (nominé, associé, membre) sur plusieurs années. Une fois élu membre, le photographe devient actionnaire de la coopérative. A vie s’il le souhaite.

Magnum rassemble de grands noms de la photographie comme Elliott Erwitt, Josef Koudelka, Martine Franck, Raymond Depardon, Martin Parr, mais aussi des jeunes, élus ces dernières années. Une famille très internationale où l’on s’aime et où l’on se dispute, mais que l’on quitte rarement.

Quel peut-être son avenir au XXIe siècle? «Magnum est si anachronique que cela devient sa chance», répond à l’Agence France Presse Lorenza Bravetta, directrice pour l’Europe continentale. L’originalité ne tient pas seulement à sa structure, choisie par ses fondateurs pour permettre aux photographes de garder le contrôle sur les droits de leur production. Son «approche» est différente dans un monde où l’on consomme un flot d’images instantanées. «En temps de crise, Magnum résiste. Ses créateurs partagent une vision de leur mission qui est de documenter la société contemporaine pour créer les archives de demain.»

«C’est une agence de photographie humaniste. Elle met l’homme et le social au centre de son travail», ajoute Lorenza Bravetta. Le photographe de Magnum est rarement sur place le jour où survient un événement. Il arrive le lendemain. Ou quelques mois après. Il saisit ainsi les incidences sur le pays. Il peut aussi anticiper, comme le Belge Carl De Keyser, qui travaille sur les zones à risque d’inondation en Europe.

Magnum a traversé des temps difficiles. Pour survivre, l’agence a vendu près de 200 000 clichés originaux au fonds d’investissement privé de Michael Dell, fondateur du groupe informatique Dell. Les photographes ont également accepté de recruter un président exécutif, Giorgio Psacharopoulos, afin de «rentabiliser un peu» la structure. «Le but est d’être à l’équilibre, de ne pas perdre de l’argent tout en permettant aux photographes de continuer à produire», indique la directrice.

Le photographe touche en moyenne 50% des revenus générés par son travail, l’autre moitié allant à la coopérative. «Certains travaillent plus que d’autres mais tous disposent de la même qualité de services», indique Lorenza Bravetta. «Personne n’aime cette règle du 50%. Mais c’est la seule façon de faire tourner le business», déclare pour sa part le Britannique Peter Marlow, admis en 1981. Il apprécie le mélange de générations au sein de l’agence mais reconnaît que «les femmes ne sont pas assez représentées.»

Source : www.tdg.ch

Journaliste en Syrie : « c’est la roulette russe »

Deux journalistes sont morts, mercredi 22 février, en Syrie, lors du pilonnage du quartier de Baba Amr, dans la ville rebelle de Homs. Parmi eux, un Français, Rémi Ochlik, a trouvé la mort dans le centre de presse, visé par des tirs de roquettes depuis le début de la matinée. Il est le septième journaliste à avoir trouvé la mort en Syrie depuis le début du conflit.

Patrick Chauvel, photojournaliste et correspondant de guerre depuis quarante ans, a couvert les événements des révolutions arabes. Il était présent en Libye, en mars 2011, en même temps que Rémi Ochlik. Il évoque les risques du photojournalisme et la gradation de la violence des conflits arabes depuis janvier 2011.

Pourquoi tant de jeunes photographes sont-ils présents depuis le début pour couvrir les événements des révolutions arabes ?

Tout a commencé avec la Tunisie, le voyage ne coûtait pas trop cher, et donc de nombreux jeunes ont pu partir avec leurs propres économies. Pas besoin de carte de presse, ni d’être connu, n’importe quel jeune photojournaliste pouvait décider de se lancer dans l’aventure. En Libye, à la différence de l’Afghanistan ou de l’Irak, pas besoin demontrer patte blanche, car les rebelles libyens étaient totalement désorganisés. C’était une véritable occasion pour ces jeunes professionnels de se révéler, comme lors du conflit en Yougoslavie, où de nouveaux talents se sont distingués.

On devait être une cinquantaine en Libye. Ça m’a plu de voir arriver tous ces jeunes. Ils étaient gonflés, merveilleux d’aventure et d’envie. C’était formidable de les voir travailler et se poser des questions sur le métier. Ils s’interrogeaient sur la justesse de la cause, si la France faisait bien d’intervenir militairement. Beaucoup de questions sur l’avenir économique du métier, avec le développement d’Internet, et surtout pour les journalistes indépendants. Des gens biens.

Mais ils étaient aussi nombreux à venir sans préparation, avec l’inconscience due à leur âge, sans notion des premiers secours en cas de blessure, ni des bons réflexes de survie. Quand des tirs partent dans tous les sens, rien ne sert de se cacher derrière une voiture, c’est du papier. La seule solution : courir.

En quoi la Syrie est-elle différente des autres conflits arabes ?

Jusque-là c’était la guerre, mais avec des conflits pas très violents. La Syrie, en revanche, c’est un vrai conflit. En Tunisie, un seul photographe a été tué, Lucas Mebrouk Dolega, un jeune Français de 32 ans. En Egypte, là, c’était très dangereux. Si on se retrouvait seul face à des policiers, on se faisait embarquerdans une ruelle à l’écart et tabasser. Il y a eu des histoires horribles, comme ces deux journalistes [Caroline Sinz et Mona Eltahawy] qui ont été violées au milieu de la foule. Mais il n’a jamais été question d’exécution sommaire.

En Libye, c’était une guerre avec des moments dangereux. Là-bas, il y avait des tirs de mortier, à la trajectoire complètement aléatoire. Cinq journalistes y ont trouvé la mort. La Syrie, c’est encore un niveau au-dessus. Les autorités syriennes ne veulent pas que des images sortent du pays, alors ils n’hésitent pas à arrêter les journalistes, à les torturer, voire à les exécuter.

Dans quelles conditions travaillent les journalistes, notamment en Syrie ?

Pour entrer en Syrie, ce n’est pas simple. Il faut passer la frontière sous les barbelés, avec les snipers qui patrouillent, puis crapahuter pendant des kilomètres sur une moto ou à cheval, comme ce journaliste du New Yorker mort après une crise d’asthme, il n’y a pas longtemps. Puis après il fait froid, il n’y a rien, pas même d’électricité, ce qui complique énormément le transfert de photos. Il faut les faire passer à la frontière, comme on peut, comme quand on avait encore des pellicules. Là, en plus, l’armée syrienne ne veut pas que la presse vienne. En janvier, quand Gilles [Jacquier] a été tué, ça a refroidi tout le monde.

Et puis il y a la question de l’argent. Je me souviens que quand je suis parti en Libye, j’ai réussi à réunir 1 800 euros auprès de deux journaux différents. Mes dix-huit heures de taxi pour arriver sur la zone de combat m’ont coûté 1 700 euros, donc une fois sur place, je n’avais plus que 100 euros pour vivre. Heureusement, il y a une forte entraide entre journalistes, une fois sur place. Si quelqu’un a de quoi se payer une voiture avec un chauffeur, il emmène les autres avec lui.

Mais on travaille seul. Sur le front, on essaye d’être seul pour ne pas faire les mêmes images que les autres. On est là pour bosser, ce n’est qu’une fois à l’hôtel qu’on plaisante et qu’on discute. Je me souviens : une fois, un jeune journaliste est venu me voir et m’a demandé « comment faire pour rester en sécurité ? » Je lui ai répondu : « rester à Paris ».

Et malgré tout, il y a toujours l’envie de repartir ?

Oui, ce n’est pas un métier, c’est une manière de vivre. Aujourd’hui, quand je vois ce que subissent les Syriens, je n’ai qu’une envie, c’est y aller, pour raconter leur histoire. On dirait des noyés qui nous appellent au secours. Ne pas y aller, c’est presque faire preuve de non assistance à personne en danger.

La mort de ces journalistes [Rémi Ochlik et Marie Colvin] est très triste. Rémi était un jeune homme plein d’avenir, sincère. Mais ils sont morts en faisant leur métier, personne n’a fait d’erreur. Quand on est dans un conflit armé avec des passifs, des civils, c’est la roulette russe. L’essentiel, c’est de continuer à envoyer des journalistes en Syrie et de raconter des histoires.

Source : lemonde.fr

Cinq photographes portent plainte contre l’agence Corbis

30 juil 2011   //   Le métier, Quel avenir ?, Sygma  //  Laissez un commentaire

Ex-membres de l’agence Sygma, les photographes Dominique Aubert, Philippe Ledru, Michel Philippot, Moshe Milner et Derek Hudson ont déposé plainte, le 25 juillet 2011, contre la société personnelle du milliardaire Bill Gates, dont dépendait Corbis-Sygma pour “organisation frauduleuse d’insolvabilité, abus de confiance et abus de bien social”. En cause : la mise en valeur et la commercialisation des archives des photographes.

A l’heure où Sipa Press vient d’être rachetée par l’agence allemande DAPD, où Gamma-Rapho, désormais propriété du photographe François Lochon, ne vit plus que de ses archives, l’accusation « d’organisation frauduleuse d’insolvabilité, d’abus de confiance et d’abus de bien social » portée par les cinq anciens photographes de Corbis-Sygma, pose surtout la question de l’avenir des agences de presse. Et de la nécessité de trouver au plus vite un modèle de diffusion et une économie en phase avec le marché du photojournalisme.

C’est en 1973 que l’agence Sygma voit le jour à Paris. Elle s’impose très vite comme l’une des plus actives. « J’y suis entré en 1979 parce que c’était l’agence qui m’offrait le plus de possibilités », se souvient Michel Philippot. Il y reste dix ans, au cours desquels il couvre la Pologne, l’élection de François Mitterrand, la guerre civile au Salvador ou au Liban. Et puis, un jour de 1989, il en a eu assez de parcourir le monde. « Je suis rentré chez Gamma comme rédacteur en chef adjoint. Mais j’ai laissé mes archives chez Sygma. Elles se vendaient très bien ».

1980 © Henri Bureau, reporter à l’agence Sygma

Sauf que depuis, Sygma n’a cessé de dépérir. Elle a d’abord dû faire face à la concurrence de la télévision. Puis à celle des agences filaires comme l’Agence France Presse qui ont très tôt fait le choix, judicieux, du numérique. Aussi, lorsque Corbis Corporation rachète Sygma en 1999, l’agence est déjà mal en point. « Corbis a maintenu Sygma à bout de bras », rappelle Sébastien Dupuy, qui était en charge des archives, et membre du comité d’entreprise de l’agence. En 2004, 20 millions d’euros sont investis dans un projet destiné à numériser les millions de photos du fonds de l’agence. Des contrats sont signés avec des photographes qui acceptent de céder l’exclusivité de la distribution de leurs images à Corbis contre leur mise en valeur et leur commercialisations assorties d’un versement de droits d’auteurs.

Corbis a aussi multiplié les erreurs stratégiques. «Elle a toujours agi à contretemps du marché», souligne Sébastien Dupuy, en bradant les photos de ses meilleurs éléments, en faisant trop tard le choix de produire beaucoup d’images à moindre coup. La valse des PDG de Corbis Corporation a entraîné des changements de cap permanents. Et l’arrêt, en plein vol, du projet de numérisation des images n’a rien arrangé. Aussi, lorsque la justice a obligé Corbis-Sygma à verser 1,5 millions d’euros au photographe Dominique Aubert parce qu’elle avait perdu 750 de ses images, Corbis a décidé de liquider l’agence. «Je ne crois pas que Corbis ait fait exprès de perdre ce procès, analyse l’ancien responsable des archives. Mais ça a été le moment opportun pour mettre la clé sous la porte. C’était d’autant plus choquant que les résultats annuels de Corbis-Sygma arrivaient à l’équilibre pour peu que Corbis-France lui paye sa dette».

Livrés à eux-même du fait de l’absence totale de communication de Corbis, les photographes n’ayant pas signé de contrats avec la maison mère doivent donc s’adresser au liquidateur judiciaire pour récupérer leurs droits et leurs photos. Pour ceux en contrat avec Corbis Corporation, il revient à cette dernière de mettre en valeur et commercialiser leurs archives. «J’ai fait des milliers de photos,explique Michel Philippot.

Moins de 400 sont numérisés. Si les journaux veulent avoir accès à mes images, ils doivent aller dans un entrepôt à Dreux pour consulter les archives de Sygma». Pire encore : la structure de vente de Corbis France a été fermée. Pour acquérir certaines photos, il faut désormais appeler Londres et les vendeurs n’ont aucune connaissance du fonds Sygma. D’où la colère légitime des photographes.

Et cette nouvelle plainte contre Corbis Corporation, qui souligne une fois de plus la déchéance des vieux modèles de diffusion de la photo de presse.

Source : http://www.telerama.fr, Yasmine Youss, 29/07/2011

Emphas.is va révolutionner le monde de la photo

15 mar 2011   //   Le métier, Quel avenir ?  //  2 commentaires

Emphas.is ouvre une nouvelle ère pour le photojournalisme : en effet  le public peut désormais produire les reportages de son choix à partir de 10 $.

Interview de Karim Ben Khelifa, cofondateur.

Quand et comment vous est venue cette idée simple et géniale de faire participer le public à la production de photoreportages à travers un site ?

Le 1er novembre 2009, Tina Ahrens (cofondatrice d’Emphas.is) et moi parlions de photojournalisme, et nous remarquions combien il était devenu difficile, voire parfois impossible, de financer des travaux des fonds, importants et bien documentés. Ces dernières années ont été très difficiles pour les photojournalistes. Pour la majorité, nous sommes indépendants et nous avons été parmi les premiers à subir les effets de la crise. Plutôt que de licencier des salariés, un grand nombre de médias a tout simplement arrêté de passer des commandes aux journalistes indépendants. Dans cette catégorie, les plus chers en termes de coûts, ce sont bien évidemment les correspondants travaillant et se déplaçant à l’étranger. Les nouveaux manager de ces groupes ont voulu nous faire croire que le public ne veut ni comprendre ni voir ce qui se passe en Afghanistan, en Irak ou en Afrique. Mais pour beaucoup d’entre nous, c’est avant tout une question d’économie financière, car nos reportages nous y croyons et nous pensons que comme nous, vous voulez les voir exister.

Cette situation crée une crise de confiance dans le public par rapport aux grands groupes de médias. De plus en plus de personnes ne trouvent plus aujourd’hui la matière pour comprendre et déchiffrer le monde. Ils ont l’impression d’être téléguidés et de ne plus être en lien avec la réalité de ce qui se joue sur le terrain. Avec Emphas.is, lorsqu’on s’intéresse à un sujet en particulier, on a la possibilité de rencontrer et de partir en reportage avec un journaliste, de le suivre sur le terrain et de le voir évoluer dans son point de vue tout en disposant d’une information produite et analysée par un professionnel. Déplacer un business modèle, c’est aussi déplacer la valeur de notre travail. Je me suis rendu compte au fil des années, qu’une série de questions revenait sans cesse dans mes rares rencontres avec le public. Comment vit-on à Bagdad, en Palestine ? Comment bougez-vous là bas ? Où dormez-vous ? Comment sont les gens atour de vous ?

Je suis un photojournaliste, comment puis-je proposer mon sujet ?

Dans un premier temps, ceci ne sera possible que sur invitation car nous devons apprendre à gèrer le flux de reportages en concordance avec le nombre d’adhérents membres du public. Les photojournalistes voulant chercher un financement auprès du public pour leur projet peuvent uploader, après la création de leur profil, le synopsis et les documents liés via la plateforme directement. Les procédures sont automatisées et le comité de sélection peut ainsi facilement accèder aux requêtes des nouveaux journalistes.

Quels sont les devoirs vis à vis des personnes qui ont financé le projet ?

Informer et partager l’expérience de terrain est primordial et inhérent à notre plateforme. Le succès de la communication avec le public permet de revenir sur la plateforme et de produire de futurs projets avec les internautes. De notre coté, nous veillons à ce qu’un budget soit réaliste et le reportage cohérent. Les sommes collectées auprès du public ne feront pas office de salaire mais serviront uniquement à couvrir les frais de réalisation du projet.

Que deviendra le reportage ?

Le reportage est mis à disposition exclusive du public  qui l’a financé pendant 4 jours après la postproduction du photojournalisete. Au photographe ensuite de le diffuser dans les médias, de le fournir à son agence. Emphas.is est une plateforme de production, pas de distribution, nous ne gardons aucun droit ou pourcentage du copyright sur le reportage du produit. Nous nous assurons que les frais du reportage sont couverts mais nous ne fournissons pas de salaires aux photographes.


Je suis particulier, à partir de quelle sommes puis je participer et jusqu’à quelle hauteur ?

L’accès à la plateforme de communication se fait à partir de 10$. Avec cette somme, vous accédez au making of du photojournaliste dès le moment où le projet est financé entièrement et qu’il arrive sur le lieu de son projet. Les photographes vont tenter de réunir la somme des frais plus rapidement en vous proposant par exemple pour une sommes plus élevée des éditions limitées d’un livre ou des tirages numérotés et signés, mais aussi des souvenirs originaux qu’ils pourront ramener de reportages ou encore des visites privées et en avant première de leur exposition. Ceci va vous permettre de découvrir des facettes de leur travail ou de leur personnalité quie vous ne connaissez pas encore.

Puis-je dialoguer directement avec le photographe ?

Vous pouvez bien entendu dialoguer directement avec un photojournalsite, mais sachez qu’ils sont sur le terrain pour réaliser un projet et vous faire passer des informations quant à la situation sur place et sur leur manière de penser ce projet. Ils vous feront partager leurs expériences et toutes les histoiers curieuses qui se déroulent sur place en uploadant photos, vidéos et textes.

Plus d’infos sur http://emphas.is
Source : « La révolution Emphas.is », Magazine Photo, n°476

La photographie, parent pauvre de la presse marocaine

26 déc 2010   //   Le métier, Quel avenir ?  //  1 commentaire

Alors que des médias espagnols diffusaient la photo d’un bébé palestinien présenté comme une victime de Laâyoune –en réalité prise par le photographe Hateem Omar à Gaza en 2006– le Maroc se voyait gentiment accusé d’avoir commis un crime contre un nourrisson. L’évènement aurait pu faire la Une de la presse, lançant un débat rétro-actif sur le trucage et la manipulation par l’image. Le Maroc aurait pu mesurer la force d’une photographie qui, sortie de son contexte, est utilisée à des fins politiques, mettant en jeu la crédibilité du pays. Il aurait pu. Il n’en fit rien.

Aujourd’hui portée devant la justice internationale, l’affaire pose une question fondamentale : quelle est la place de la photographie dans la presse marocaine? « La photographie a toujours été considérée comme un art mineur au Maroc. D’ailleurs, quand on parle des arts plastiques, on exclut la photographie. Au niveau de la législation, le code de la presse ne donne aucun statut aux photojournalistes, raison pour laquelle bien souvent, les éditeurs négligent la photographie», explique Jaâfar Akil, président de l’AMAP et professeur de l’art de la photographie à l’Institut supérieur de l’information et de la communication (ISIC). Pour asseoir son propos, l’homme s’interroge : «Y a-t-il un journal marocain qui a le courage de sortir une photo à la place d’un éditorial?  Les journaux ont-ils une ligne éditoriale concernant la photographie ? Combien de journaux s’engagent à réaliser des reportages photographiques ? Quel est le nombre de photographes embauchés par les magazines par rapport aux journalistes spécialisés dans le domaine du sport ou de l’économie par exemple ?»

La photographie est le parent pauvre de la presse marocaine. En effet, il est aujourd’hui bien rare de trouver une légende photo respectant les cinq « W » (who, what, when, where, why) (qui, quoi, quand, comment, pourquoi). Des légendes négligées, des crédits inexistants, un DR (Droits Réservés) abusif, on oublie bien souvent qu’une image est, comme un texte ou un film, une œuvre de l’esprit. L’une des solutions serait, peut-être, la création d’agences de presse photographiques qui, dans la lignée de Magnum ou de l’agence Vu’, offriraient un cadre juridique et contractuel aux relations entre photographes et éditeurs. La première expérience marocaine en matière d’agence photo date de 1961, à l’instigation du photographe Mohamed Maradji. Aujourd’hui, l’agence AIC Press signe la plupart des supports marocains. Quoique cette agence réponde davantage aux critères d’une « pseudo » agence filaire à petit prix -et dont les photographes sont destitués de leurs droits d’auteur-  qu’aux revendications d’une agence photo traditionnelle.

Dans cet état de fait, le Maroc a réalisé l’urgence d’offrir aux photojournalistes un statut juridique. C’est ce que prépare la nouvelle loi sur le droit d’auteur des formes de production audiovisuelle. Une lueur d’espoir pour la photographie de presse, même si le gros du travail passe d’abord par une éducation à l’image et une sensibilisation : «Il faut d’abord toucher les responsables de journaux. Si les futurs journalistes et photojournalistes apprennent leur métier avec les normes professionnelles, ils vont se heurter aux éditeurs. C’est la culture et la valeur de l’image dans sa globalité qu’il faut revoir», affirme Jaâfar Akil. Et d’ajouter, comme un appel : «On veut une presse écrite qui donne plus d’importance à l’image. Les photographes n’ont pas la possibilité d’exprimer leur vision des choses. Avant de passer à la censure de l’Etat, il y a une autocensure au niveau des journaux et même des photographes».

Le Maroc, guidé par sa propension au respect des droits de l’Homme, ne peut reculer aujourd’hui. Le droit à l’information passe par le photojournalisme. Précisément parce que le pouvoir de la photographie – comme sa plus grande crainte –  se passe de mots.

Les ONG, nouveaux employeurs des photojournalistes

14 sept 2010   //   Le métier, Quel avenir ?  //  Laissez un commentaire

Cette année encore, le festival de photojournalisme Visa pour l’image de Perpignan a attiré son lot de passionnés. Dans la foule, à côté des visiteurs habituels, on croisait aussi nombre de directeurs photo d’ONG. Cette dernière décennie, les organisations humanitaires sont en effet passées de l’arrière-plan au centre du paysage du photoreportage. « Environ 75% des reportages sur des situations humanitaires sont commandés par des ONG », confirme Jean-François Leroy, le directeur de Visa pour l’image.

Les liens entre les humanitaires et les photojournalistes ne datent pas d’hier. Leurs métiers les amènent souvent à se retrouver sur des théâtres de crises. Cette proximité a forcément créé des liens, d’amitié et professionnels. L’ONG Médecins sans frontières en est un bon exemple. Créée en 1971 lors de la guerre du Biafra, sa direction est alors composée à la fois d’humanitaires et de journalistes.

De compagnons de route occasionnels, les ONG sont devenues au cours des ans les employeurs des photojournalistes, crise de la presse oblige. Au point que beaucoup d’entre eux avouent qu’il leur serait impossible aujourd’hui d’exercer leur métier sans cette source de revenus. Ils n’hésitent plus à solliciter des ONG  comme Médecins du Monde ou Greenpeace pour financer leurs projets. (…)

Certaines ONG emploient aussi des photojournalistes sur le long terme, pour des projets d’une grande ampleur. Dans le cadre d’une vaste campagne mondiale menée autour des droits humains, Amnesty International a ainsi fait appel à des photographes de feu l’agence l’Oeil Public. « Nous leur avons imposé les zones géographiques que nous souhaitions voire couvertes, explique Geneviève Garrigos, présidente d’Amnesty France. On leur a demandé d’aller avec leur regard là ou nos chercheurs s’étaient déjà rendus. »

A Médecins sans Frontières, la collaboration avec les plus grands photojournalistes est une tradition maison. Déjà en 1984, Sebastiao Salgado couvrait la famine en Ethiopie pour l’organisation. « Nous avons également travaillé avec le photographe Didier Lefebvre ‘embedded’ (embarqué) dans une unité clandestine de MSF sillonnant l’Afghanistan et le Pakistan, ce qui a donné lieu à la publication d’une trilogie graphique co-écrite avec Emmanuel Guibert et Frédéric Lemercier« , rappelle Jason Cone, responsable de la communication internationale de MSF.

Actuellement, l’ONG collabore avec l’agence de photographie américaine VII, dans le cadre de la campagne « Starved for attention« qui porte sur la malnutrition. Une exposition itinérante et des productions multimédia sont en cours. (…)

De nombreuses passerelles existent donc entre ces deux mondes. Côté ONG, on s’en félicite de façon unanime. Les photojournalistes sont plus mesurés, rappelant comme Jean-François Leroy ou Frédéric Sautereau qu’ils n’ont plus vraiment l’embarras du choix des financements. Le rédacteur en chef du magazine photographique Polka* explique aussi que les contraintes des ONG et celles des photographes ne sont pas les mêmes sur le terrain. « Il peut y avoir un risque que la liberté de ton se perde », prévient Dimitri Beck. En attendant, il n’est pas rare que les médias utilisent pour illustrer leurs articles les travaux de photojournalistes… gracieusement mis à disposition par les services photos des ONG.

* Dans son numéro de septembre-octobre, Polka consacre une enquête aux liens entre ONG et photojournalistes.

 

Source : http://www.youphil.com ; Solène Cordier, 10/09/2010

Photojournalisme : Visa contre les dérives du numérique

14 juin 2010   //   Quel avenir ?  //  1 commentaire

Le festival de photojournalisme Visa pour l’Image, du 30 août au 5 septembre 2010 à Perpignan, entend dénoncer le recours excessif aux logiciels de retouche qui dénature l’authenticité des images.

Pour la 22e édition de cette grand-messe mondiale du reportage, les organisateurs veulent plus que jamais défendre la profession dont « la production se réduit de mois en mois et de jour en jour », selon Jean-François Leroy, directeur général du Festival.

Ce dernier dénonce « l’overphotoshopping » (surutilisation de Photoshop) qui « travestit, déforme de plus en plus la réalité ». « Certains photographes ne se rendent pas compte qu’ils se tirent une balle dans le pied quand leurs photos sont plus éclatantes que la page de publicité qui côtoie leurs images », a-t-il dénoncé mardi en présentant le Festival.

Il a fustigé « ce qui aurait dû être une simple aide qui est devenu un passage obligé (…) On accentue à l’excès, on dramatise les nuages, on joue avec les couleurs, et la réalité dans tout ça », s’est insurgé Jean-François Leroy.

« Vous connaissiez le ciel violet et les nuages roses de Haïti après le séisme, des gravats si blancs qu’ils en deviennent éblouissants, eh bien non en vrai leur ciel est gris et les gravats sont ternes ».

« On exigera désormais pour les expositions de Visa les fichiers numériques originaux », a-t-il dit.

La profession subit de plein fouet les conséquences de l’arrivée de « la photographie numérique qui supprime tout recul », a rappelé Jean-Paul Griolet, président de Visa pour l’Image.

Parmi les nouveautés, sera mis en place « +Visa Transmission+, un lieu d’échanges, de rencontres, mais surtout de passage de témoins », a expliqué M. Leroy. Le photojournalisme est aussi « un savoir-faire » et « il est grand temps de faire savoir ce savoir-faire et les valeurs communes qu’il véhicule », a-t-il dit.

A l’instar des précédentes éditions, Visa proposera une trentaine d’expositions, des soirées de projections et une table ronde réunissant photographes, responsables éditoriaux et commerciaux, chercheurs et universitaires. « Les échanges s’organiseront autour de photographies +qui posent problème+ », a souligné Jean Lelièvre, organisateur des débats.

Parmi les expositions phares, celle de William Albert Allard (National Geographic), pionnier de la couleur, qui présentera une sélection de ses cinquante années de reportages. Grégoire Korganow a découvert le SMUR 95 (SAMU) en étant victime d’un accident de moto. Il y a consacré ensuite plusieurs journées de reportage.

Les travaux de deux photographes de l’Agence-France Presse sont également à l’honneur, ceux d’Olivier Laban-Mattéi sur les hommes et femmes luttant pour leur survie dans des pays sinistrés par des guerres, des dictatures ou des catastrophes naturelles et une sélection d’images de Roberto Schmidt.

Stéphanie Sinclair montrera quant à elle un travail de longue haleine sur la polygamie aux Etats Unis, en particulier dans une secte mormone des plus fermées. Visa proposera aussi la première rétrospective de l’oeuvre de Kazuyoshi Nomachi, consacrée aux pèlerinages sur différentes continents.

Le festival décernera sept prix, dont les Visa d’or news, magazine et presse quotidienne.

La 21e édition en 2008 avait totalisé quelque 190.000 entrées et accueilli près de 3.000 professionnels.


Source : http://bonjour.news352.lu

Magnum vend ses archives

15 fév 2010   //   Magnum, Quel avenir ?  //  1 commentaire

Plus d’un demi-siècle d’images, de la guerre civile espagnole saisie par Capa à l’avant-dernière décennie (les plus récentes sont de 1998) : des témoignages historiques signés de certains des plus grands photo-journalistes :Henri Cartier-Bresson, Robert Capa, Elliott Erwitt, Rene Burri, Dennis Stock, photographiant Picasso, Marilyn Monroe, ou encore Gandhi.

La numérisation des images de Magnum avait été entamée dans les années 90 et une vente fut décidée en 2006: se défaire de ces archives et réinventer Magnum. C’est ainsi que les images furent vendues à la société d’investissement de Michael S. Dell, magnat de l’informatique. Les nouveaux propriétaires ont ensuite passé un accord avec l’Université du Texas, à Austin: les clichés pourront être étudiés et admirés pendant au moins cinq ans; c’est la première fois depuis des années qu’ils sont ainsi accessibles aux universitaires et au public.

Thomas F. Staley, directeur du Ransom Center où les images se trouveront, prévoit de numériser chaque image pour entamer des recherches et planifier des expositions. Moins de la moitié du stock est pour l’instant numérisée.

BIRMINGHAM, England—1991. © Elliott Erwitt / Magnum Photos

Cette vente, dont le prix n’a pas été dévoilé mais qui pourrait s’élever à une centaine de millions de dollars selon une source anonyme du New York Times, pourrait permettre à Magnum de se redresser un peu. Comme beaucoup d’autres agences photo, Magnum a vu sa fortune diminuer au fil des ans, à cause de la situation difficile de la presse et des alternatives au photojournalisme (vidéo d’un côté, photographes amateurs de l’autre).

«Etant données les évolutions technologiques qui révolutionnent le monde de la photographie, notamment la numérisation des images, une telle collection d’images imprimées n’existera plus jamais», commente l’un des membres de MSD.


Source : www.slate.fr

Le photojournalisme dans la tourmente

9 oct 2009   //   Gamma, Le métier, Quel avenir ?  //  Laissez un commentaire

Téhéran. Eté 2009. Des centaines de photos et de vidéos relayées par internet témoignent du mouvement contestataire qui a rejoint la rue après l’annonce des résultats de l’élection présidentielle. Des témoignages qui ne sont pas issus du travail de photoreporters, mais des téléphones mobiles des manifestants. Au même moment, le 28 juillet dernier, le tribunal de commerce de Paris place la société Eyedea Presse, propriétaire, entre autres, de l’agence Gamma, en redressement judiciaire avec une période d’observation de six mois pour étudier son plan de continuation d’activité. Ces deux événements n’ont certes pas de lien direct, mais ils montrent que les frontières du photojournalisme sont en train de bouger.

C’est une institution qui vacille. Gamma, la plus ancienne agence photographique de la mythique trilogie qu’elle formait avec Sygma et Sipa, est sur le point de disparaître. Ces trois noms prestigieux, qui ont fait de Paris la capitale du photojournalisme des années 70 à 90, feront-ils bientôt partie de l’Histoire ? Déjà Sygma a disparu, avalée en 1999 avec son fonds de 40 millions d’images par l’américain Corbis, propriété de Bill Gates, dont l’une des premières décisions fut de licencier les photographes. Sipa, pour sa part, a été rachetée en 2001 par le groupe Sud Communication, détenu par Pierre Fabre, fondateur des laboratoires du même nom.

Les raisons de cette lente agonie sont nombreuses et profondes. C’est d’abord dans la révolution des nouvelles tech no logies de l’information et de la communication qu’il faut chercher les causes structurelles. La disparition de l’argentique au profit du numérique a irrémédiablement modifié notre rapport à la photographie. Autrefois photo objet, nécessitant un support physique (le tirage papier), l’image s’est dématérialisée sur un support électronique, modifiable, multipliable, diffusable à l’infini. De témoignage d’un « grand » événement, qu’il soit international ou familial, la photo, désormais intégrée à tous les téléphones portables, est devenue une trace de chaque instant, aussi futile soit-il. D’abord réservée aux professionnels ou aux amateurs éclairés, elle est devenue « facile » pour tous, donnant l’illusion que nous pouvons tous être Raymond Depardon. A cela s’ajoutent également la crise de la presse et la préférence du public pour les photos people plutôt que pour celles d’actualité.

On pourrait facilement transposer les causes citées plus haut à l’univers de la musique, où les maisons de disques traversent une crise tout aussi profonde que celle des agences de photojournalisme. Confortablement assises sur un modèle adapté aux années 80-90, agences et majors n’ont pas vu le ciel s’assombrir et la tempête se lever.

L’appréhension du média internet par les agences photo et les photographes professionnels est symptomatique. Convaincus que la priorité devait être donnée à l’esthétisme, la majorité de leurs sites internet sont des aberrations du point vue du référencement sur les moteurs de recherche. Alors que le réseau est devenu le principal moyen de diffusion du travail des photographes, à travers des galeries en ligne, certains sites, réalisés en Flash ou utilisant des moteurs de recherche internes pour leur fonds, incompatibles avec Google ou Yahoo, sont quasi introuvables sur le net. Une faille que n’ont pas manqué d’exploiter de nouveaux entrants. Ils en ont même profité pour imposer un nouveau modèle économique : les sites de microstock. A l’instar de Fotolia, qui compte 7 millions de photos disponibles à partir de 1 euro, et plus de 4 millions de pages référencées sur Google. Le principe ? Fotolia se définit comme une «place de marché mondiale de l’image libre de droits (…) alimentée en continu par des photographes et des graphistes qui touchent des droits d’auteur pour chaque image vendue…» Ainsi tout le monde peut-il vendre ses photos et les acheter pour une somme modique. Quand la quantité devient plus rentable que la qualité…

Aujourd’hui, c’est derrière ce modèle que courent les grandes agences. Mais au prix de vente du cliché, il devient difficile de salarier des photographes professionnels. Et le cas de Gamma est éloquent. Les orientations stratégiques du groupe (effacement du nom des agences, abandon des sujets d’actualité, licenciement des photographes, etc.) portent à croire que l’agence souhaite se transformer en simple fonds d’images sans reporters. L’information est devenue une marchandise comme les autres, soumise aux mêmes impératifs de rentabilité.

Souvenez-vous de la photo de cette fillette grièvement brûlée au Vietnam, s’enfuyant de son village bombardé au napalm. Pris le 8 juin 1972 par le photographe Nick Ut d’Associated Press, ce cliché, en représentant toute l’atrocité de la guerre, a fortement contribué à la fin de ce conflit dans le Sud du Vietnam. Qui seront les photographes d’actualité de demain ? Les caméras de vidéosurveillance ?

(source : Le Figaro)

Quel avenir pour le photojournalisme ?

6 oct 2009   //   Le métier, Quel avenir ?  //  Laissez un commentaire

Aujourd’hui se pose la question de l’avenir de ce métier avec la mondialisation des moyens de communication et leur concentration au sein de quelques grands groupes internationaux. L’âge d’or du photojournalisme se termine et pourtant, celui-ci n’a jamais été tant courtisé par le grand public, les médias, les festivals et les milieux culturels. Depuis plus de dix ans, les nouvelles technologies et l’apparition du numérique ont redéfini les pratiques de la profession. De profonds changements se sont opérés dans les domaines de la production, de la diffusion et de la consommation de la photographie d’information. Le photojournalisme est à la croisée des chemins, néanmoins, des jeunes agences continuent à l’inscrire dans l’histoire en lui faisant don d’un nouveau chapitre.

(source : wikipedia)

 

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