Un pigiste de l’AFP a été distingué lundi par un prix Pulitzer, l’une des récompenses américaines les plus prestigieuses en matière de journalisme, pour une photographie de deux rebelles syriens.
Javier Manzano a reçu cette récompense pour ce que le comité Pulitzer a qualifié « d’extraordinaire photo… de deux rebelles syriens campant sur leur position dans une atmosphère tendue, éclairés par des rais de lumière filtrant à travers les impacts de balles trouant derrière eux un mur ». Javier Manzano avait lui-même proposé au Pulitzer cette image, qu’il avait prise en octobre à Alep, la plus grande ville syrienne.
Né au Mexique et désormais installée à Istanbul, le photographe s’était installé aux Etats-Unis à l’âge de 18 ans. Il a notamment beaucoup travaillé sur la frontière américano-mexicaine. Après avoir débuté sa carrière comme photographe et vidéaste pour des
journaux, il a également travaillé pour la télévision et des médias en ligne, résume le comité Pulitzer. Il a travaillé comme pigiste au Mexique et en Afghanistan et en Syrie depuis que son dernier employeur régulier, le Rocky Mountain News, a fermé ses portes en 2009.
Sa photographie a été récompensée dans la catégorie « Photographie Magazine ». Le comité a également récompensé cinq photographes d’Associated Press pour leur couverture du conflit en Syrie, dans la catégorie « Photographie d’actualité ». En presse écrite, des journalistes du New York Times ont été récompensés dans quatre catégories différentes, aux côtés notamment de journalistes du Wall Street Journal, du Washington Post, du Denver Post, du Star Tribune (Minneapolis), du Sun Sentinel (Floride) ou du Tampa Bay Times (Floride).
Le photographe de l’AFP Massoud Hossaini avait lui aussi reçu un prix Pulitzer en 2012 dans la catégorie « Breaking News Photography » pour la photo d’une fillette en pleurs après un attentat suicide à Kaboul en décembre 2011.
Le jury du World Press Photo a attribué, vendredi 15 février, ce prix, le plus prestigieux du photojournalisme, à une image prise à Gaza par le Suédois Paul Hansen.
Funérailles, des hommes transportant les cadavres de deux enfants à Gaza. (Photo Paul Hansen. AFP)
Le cliché de Paul Hansen, publié par le quotidien suédois Dagens Nyheter a été pris le 20 novembre 2012 dans les rues de Gaza. Il montre un groupe d’hommes transportant les cadavres de leurs deux neveux, tués à l’âge de deux et trois ans dans la destruction de leur maison par un missile israélien, vers la mosquée pour la cérémonie funéraire.
«La force de cette photo est dans le contraste entre la colère et la souffrance des adultes par rapport à l’innoncence des enfants», a déclaré Mayu Mohanna, un membre du jury, cité dans un communiqué : «c’est une photo que je n’oublierai pas».
Selon le président du jury, Santiago Lyon, de l’agence Associated Press : « Une bonne image doit frapper l’esprit, l’estomac ou le cœur. Et certaines, comme celles-ci, sont capable de frapper les trois à la fois. »
Le Prix Lucas Dolega, porté par Nikon, a été remis au photoreporter Alessio Romenzi lors d’une cérémonie à la Mairie de Paris, en présence de Bertrand Delanoë, des représentants de l’association Lucas Dolega et de nombreux photographes professionnels. Alessio Romenzi s’est vu remettre une dotation en matériel photo Nikon d’une valeur totale de 10 000 euros ( un Nikon D800, un objectif et un chèque de 6800 euros). C’est pour son reportage sur le terrain en Syrie qu’il a été récompensé. Le reportage s’intitule « surviving Syria ». Son travail sur la Syrie, où il s’est rendu plusieurs fois, fait partie d’une étude plus vaste sur les révolutions du « printemps arabe ».
Photo : Alessio Romenzi.
Le Prix photo Lucas Dolega est organisé par l’association éponyme pour rendre hommage au photoreporter franco-allemand mort à 32 ans le 17 janvier 2011 à Tunis alors qu’il couvrait la « Révolution du Jasmin ». Ce prix à pour objet de soutenir les photographes qui exercent leur activité dans des conditions souvent difficiles et sur des zones dangereuses pour assurer la diffusion d’une information libre et indépendante. Il récompense un photographe qui par son engagement personnel, son implication sur le terrain, ses prises de position et la qualité de son travail, témoigne de son attachement à la liberté d’expression.
Photo : Alessio Romenzi.
Les participants à ce concours photo devaient présenter un reportage photo centré sur un conflit, que ce soit une guerre civile, militaire, des émeutes, des attentats, etc. ou d’une catastrophe naturelle ou sanitaire, et de leurs conséquences pour les populations civiles.
Alessio Romenzi est photographe depuis 2005 et a travaillé pour l’AFP, l’ONU ou encore la Croix Rouge. Il est représenté par l’agence Corbis. Il a été publié dans des journaux de renom comme le New York Times, le Washington Post, Le Monde, Der Spiegel, etc.
Le prestigieux magazine américain Time a désigné jeudi Marco Longari, de l’Agence France-Presse (AFP), meilleur photographe d’agence 2012. Cette distinction attribuée chaque année n’est pas dotée d’un prix mais salue la production d’un photographe.
Des printemps arabes à la dernière incursion israélienne à Gaza en passant par la guerre en Georgie, Marco Longari a couvert pour l’AFP les principaux conflits de ces dernières années.
Opposés à la police antiémeute, certains manifestants égyptiens improvisent des tenues de protection avec trois fois rien. L’image est à la fois insolite et triste… (AFP PHOTO/MARCO LONGARI)
Le travail de cet Italien de 47 ans, responsable photo au bureau de l’AFP à Jérusalem depuis 2007, a été remarqué parmi les photographies d’autres références du métier, comme Goran Tomasevic de l’agence Reuters ou Manu Brabo d’Associated Press. «C’est en 2012 au Moyen-Orient que son travail est passé de remarquable à indispensable. Son travail est essentiel à la compréhension des bouleversements de la région durant cette période», écrit Time.
«Je ne participe pas aux prix photo car je suis quelqu’un qui raconte des histoires, pas un compétiteur», a déclaré Marco Longari. «C’est la victoire d’une certaine vision de la photographie que Patrick Baz (responsable régional de la photo au Moyen-Orient pour l’AFP, ndlr) a autorisée, en me permettant de travailler avec mon style», a-t-il ajouté.
«Dans les photos, je pense qu’il faut un point de vue d’auteur, plus personnel, plus engagé. C’est ça que les journaux et les magazines recherchent», a estimé Marco Longari. «Sur un événement, il faut trouver un parcours de narration à l’image qui raconte la vie au quotidien, à ce moment-là de l’humanité. Même si ce n’est pas facile et que cela prend beaucoup de temps», a-t-il conclu.
Alep, en Syrie, le 14 septembre. « Je me trouve à un checkpoint rebelle lorsque je vois ce civil, un monsieur très distingué, s’approcher d’une zone où un sniper du régime tire à vue. L’homme traverse en courant, sacs de course à la main. (AFP PHOTO/MARCO LONGARI)
Le Prix Nadar 2012 des Gens d’Images a été attribué à l’ouvrage « Vers l’Orient » du photographe Marc Riboud publié par les Editions Xavier Barral. Ce coffret contient les plus belles photographies prises lors du long voyage du photographe entre 1955 et 1958 à travers sept pays. Un parcours qui l’a conduit de la Turquie, à l’Iran, l’Afghanistan, le Pakistan, l’Inde, la Chine puis le Japon.
Vers l’Orient, coffret de cinq ouvrages, est un véritable carnet de notes visuelles réunissant les plus belles photographies prises lors de ce voyage entrepris pour rejoindre initialement Calcutta.
Comme beaucoup d’autres avant lui, Marc Riboud a eu besoin de partir, de quitter la France, sa famille et la reconstruction de l’après-guerre. Âgé de 30 ans, ingénieur de formation, il achète la vieille Land Rover de George Rodger et se met en route au printemps 1955.
Désireux de découvrir ces civilisations millénaires, il s’arrête d’abord à Istanbul, avant de poursuivre son chemin par les admirables paysages de Cappadoce et d’Anatolie. Il traverse la Perse pour rejoindre l’Afghanistan et ses zones tribales, comme l’avait fait peu de temps avant lui Nicolas Bouvier.
En 1956, il arrive en Inde, sa destination initiale, qu’il sillonne pendant près d’une année : Calcutta, Bombay, Delhi, Darjeeling, le Rajasthan, Bénarès jusqu’au Népal. C’est de là qu’il entre en Chine communiste, où il est l’un des rares Occidentaux à obtenir un visa. Il termine son « Grand Tour » au Japon en 1958, alors en pleine reconstruction après la guerre et en pleine mutation sociétale. De retour en France, Marc Riboud ramène des milliers de photographies, traces de ces cultures ancestrales, que l’on retrouve partout, dans les monuments, les gestes, la beauté des femmes, l’hospitalité des gens, le temps qui n’est pas compté. Ceux qui connaissent l’Orient d’aujourd’hui découvriront peut-être dans ces photos réalisées il y a près de soixante ans ce qui reste quand tout semble changer, et, derrière l’occidentalisation grandissante, le fil caché de l’intemporalité.
Le Prix Nadar récompense chaque année depuis 1955 un livre consacré à la photographie ancienne ou contemporaine édité en France au cours de l’année. Il n’est pas doté. Le jury, présidé par Agnès Sire, directrice de la Fondation Henri Cartier-Bresson, était composé de personnalités appartenant aux diverses professions impliquées dans la réalisation, la production, la critique et l’édition de photographies.
Au-delà des travaux du jury et de la remise des prix, le Prix Bayeux-Calvados c’est aussi une semaine de rendez-vous autour de l’actualité internationale.
Échanges, témoignages, décryptage de l’actualité avec ceux qui la couvrent au quotidien, fenêtre ouverte sur un monde en perpétuelle turbulence, c’est cet « arrêt sur images » que propose chaque année Les Rencontres du Prix Bayeux-Calvados à travers des expositions inédites, un salon du livre, des forum-médias, des soirées débats, des projections de documentaires, des opérations tournées vers les jeunes…
Des expositions inédites, produites pour le Prix Bayeux-Calvados
Karim Ben Khelifa “Portraits des ennemis”
Un face à face de portraits de combattants de chaque côté de la ligne de front (Sud Soudan, Inde/Cachemire, Israël/Palestine).
“Bosnia, 1992-1995”, Exposition collective à l’occasion du 20e anniversaire de la guerre.
L’exposition présentera une quarantaine d’images de photographes ayant contribué au livre “Bosnia 1992-1995”, dirigé par Jon Jones (éditeur photo), Gary Knight (production, avec Ziyah Gafic) et Rémy Ourdan (éditeur texte). Le livre rassemble plus de cinquante photographes et journalistes bosniens et étrangers.
Jérôme Sessini – Magnum Photos “The wrong side”
Après de nombreux reportages sur la guerre des cartels de la drogue au Mexique, un ouvrage à paraître en septembre “The wrong side” rassemble l’ensemble du travail de Jérôme Sessini sur la situation de violence et la manière dont les Mexicains vivent dans les villes les plus dangereuses du Mexicains vivent dans les villes les plus dangereuses du pays.
Syrie, un peuple sacrifié
Exposition en extérieur dans la Ville de Bayeux. Regard croisés de quatre reporters qui ont couvert l’actualité en Syrie :
Rodrigo Adb (AP), Mani, Alessio Romenzi (Corbis) et Laurent Van der Stockt.
La Maison des Journalistes a 10 ans
Pour cet anniversaire, « L’Exil » est mis en images par 40 dessinateurs du monde entier.
Zoom et décryptage : Somalie, Syrie, retour sur la Bosnie Des soirées pour aborder l’actualité internationale différemment :
Retour sur le siège de Sarajevo, les réalités de la guerre à travers le film d’Angelina Jolie “Au pays du sang et du miel”, et le témoignage de Rémy Ourdan (Le Monde). “Somalie, l’air de la paix” en partenariat avec Arte reportage. Projection d’un documentaire inédit réalisé par Thomas Dandois (Camicas Productions) suivie d’un débat animé par Didier François (Europe 1). Soirée grands reporters “Syrie : zone interdite”, animée et préparée par Jean-Marc Four (France Culture) en présence de ceux qui couvrent le conflit au plus prés, notamment Javier Espinosa (El Mundo), Mani (photographe indépendant)…
Salon du livre – Témoignages
Des grands noms du reportage seront présents à la rencontre du public : Hervé Ghesquière, Patrick Chauvel, Edith Bouvier, Christophe Boltanski, Benjamin Barthe, Tomas Van Houtryve, Sara Daniel, Régis Le Sommier, Jean-Marie Quemener, Bernard Lebrun, Mouhssine Ennaimi, …
Place aux documentaires, le dimanche
Quatre documentaires exceptionnels proposés en accès libre au public : “5 Broken Cameras” : l’histoire d’Emad Burnat, cinéaste palestinien autodidacte, qui se documente contre le Mur israélien en cours de construction dans son village. Des images exceptionnelles et inédites du Bahreïn avec “Bahreïn, plongée dans un pays interdit”, réalisé par Stéphanie Lamorré, une co-production Premières Lignes – Arte France. La guerre sans merci de la production d’or en Colombie : “Pour tout l’or de la Colombie” réalisé par Pascale Mariani et Roméo Langlois. “À la une du New York Times” : immersion dans le quotidien d’une institution de la presse internationale.
Rendez-vous annuel des professionnels de la photo de presse, le festival Visa pour l’Image a démarré samedi dernier à Perpignan. Cette 24e édition met notamment l’accent sur le conflit en Syrie où trente-cinq journalistes sont morts depuis le début de l’année. Près d’une trentaine d’expositions spécifiques propose pendant quinze jours au visiteur un regard aigu et original sur le monde tel qu’il va.
L’onde de choc grecque, les violences au Nigeria, les mariages forcés en Afrique et en Asie, la prison de Guantanamo, telles sont quelques-unes des expositions marquantes du 24e festival Visa pour l’Image qui se tient à Perpignan jusqu’au 16 septembre. Fondé en 1989 par le journaliste et directeur photo Jean-François Leroy qui en est toujours le directeur, Visa pour l’Image s’est rapidement imposé comme la manifestation de référence dans le domaine de la photo de presse, permettant à des photojournalistes du monde entier de montrer et d’expliquer leur travail à un public de plus en plus nombreux (plus de 200 000 visiteurs l’an dernier).
Deux soldats de la garde rapprochée du vice-président nigérian Namadi Sambo font démonstration de leurs compétences, près de sa résidence à Kaduna. Avril 2012. Bénédicte Kurzen
Le Festival permet aussi aux professionnels de se rencontrer, d’échanger, de monter des projets. Et il sert également de tremplin aux photographes les plus prometteurs. Ce fut le cas pour Rémi Ochlik, le reporter-photographe français tué à Homs en Syrie le 22 février à l’age de 28 ans (1). Jean-François Leroy avait repéré le jeune talent dès 2004 pour un reportage sur Haïti et dont le travail fait cette année l’objet d’une rétrospective sobrement intitulée 2004-2012. Les dangers encourus par les photojournalistes et reporters d’image sur le terrain s’inscriront à nouveau en filigrane dans le programme de cette édition 2012, neuf professionnels et vingt-six citoyens-journalistes ayant trouvé la mort sur le sol syrien depuis le début de l’année, selon le bilan dressé par Reporters sans frontières sur son site.
Hors des théâtres de conflits, l’actualité se décline également sous tous ses aspects à Perpignan à travers la politique, le sport, la culture et l’insolite. A signaler aussi plusieurs rétrospectives : une histoire de la Syrie de 1920 à nos jours, les conflits dans l’ex-Yougoslavie vingt ans après la guerre en Bosnie, les 50 ans de l’indépendance de l’Algérie ainsi que le centenaire du Titanic. Comme chaque année, des prix seront remis dans différentes catégories par un jury composé des directeurs photo de certains des plus grand quotidiens et magazines de la planète. Le webdocumentaire sont également à l’honneur, un mode d’expression encouragé depuis quatre ans par le prix France 24-RFI qui sera décerné mercredi soir 5 septembre.
(1) La journaliste américaine Mary Colvin du Sunday Times de Londres a également été tuée lors de cette attaque dans le quartier de Baba Amr.
La Galerie Azzedine Alaïa a l’honneur de nous dévoiler les photographies primées lors du World Press Photo 2012 à l’occasion d’une courte exposition du 1er au 21 Juin 2012. L’évènement est une occasion unique de parcourir une année entière de photo-journalisme à travers les clichés les plus poignants de 2011…
Lors de cet événement, nous découvririons les différents travaux primés en 2011 pour leur force journalistique : en effet, l’institution rend hommage aux photographes dans neuf catégories différentes dont les photos isolées de la vie quotidienne, les Reportages portraits ou encore les photos arts et spectacles.
Pour la 55ème édition -primant les photos prises en 2011- près de soixante photos furent sélectionnées parmi plus de cent mille photos soumises au jury : ainsi, l’exposition dévoile ces chefs d’oeuvre de réalisme, photos volées par ces journalistes toujours en quête d’inédit.
L’exposition met en avant le travail de ces photo-journalistes en nous proposant leurs plus belles réalisations : trois clichés de chaque lauréat seront exposés afin de découvrir de plus près leur approche.
Aussi, un focus sera donné à Samuel Aranda, auteur de la World Press Photo de l’année 2011 : ce photographe Avait pu se rendre au Yémen où il a photographié une mère rassurant son fils blessé, relatant ainsi une autre face des conflits ayant eu lieu lors du Printemps Arabe.
Au final, l’exposition rend hommage à ces photographes hors du commun sans qui l’information ne serait complète en présentant près de 175 clichés, clichés constituant aussi une rétrospective aux événements de l’année 2011.
Brent Stirton, Afrique du Sud, Reportage by Getty Images pour National Geographic magazine. Guerres du rhinocéros
Galerie Azzedine Alaïa
18, rue de la Verrerie
75004 Paris
Le photographe de l’AFP Massoud Hossaini a remporté lundi le Prix Pulitzer « photo breaking news » avec ce cliché « déchirant d’une fillette pleurant de peur après un attentat suicide » à Kaboul. « Une simple photo, fascinante, dont on se souvient longtemps », a déclaré Sig Gessler, responsable de ce prestigieux prix américain. Le lauréat, également enfant de la guerre, raconte dans quelles circonstances il a réalisé cette photo.
Massoud Hossaini, 30 ans, photographe du bureau de l’AFP dans la capitale afghane, couvrait une procession chiite le 6 décembre dernier lorsqu’un kamikaze s’est fait exploser.
« Immédiatement, j’ai vu de nombreux corps par terre, beaucoup de gens en pleurs, d’autres prenaient des photos ou des films avec leurs téléphones portables, des gens criaient « A mort Al-Qaïda! », « A mort les talibans! », raconte le photographe. L’attentat avait fait près de 70 morts, le plus meurtrier en Afghanistan depuis juillet 2008.
« Je me suis tourné et j’ai vu la petite fille. Quand Tarana s’est rendue compte de ce qui venait d’arriver à son frère, ses cousins, ses oncles, sa mère, sa grand-mère, les gens autour d’elle, elle ne s’arrêtait pas de hurler. Elle a fait d’autres choses mais sur mes photos, elle ne fait que hurler. Cette réaction de choc, c’est ce que je voulais montrer. »
Massoud Hossaini, déjà distingué pour ce même cliché en février au World Press Photo Award 2011, est un enfant de la guerre qui n’a connu que l’exil et le fracas des armes. »Je suis né au mauvais endroit, l’Afghanistan, j’ai grandi au mauvais endroit, l’Iran, (et) je vis au mauvais endroit, Kaboul. J’attends de voir ce que l’avenir me réserve », dit-il.
La photo, « je ne la regarde plus parce que mon coeur bat plus vite et me ramène à mes émotions ce jour-là », dit-il. Le Pulitzer, « cela représente plus qu’une récompense, parce que je sais que je suis devenu le porte-voix des Afghans, de ceux qui ont perdu la vie dans cet attentat suicide et pour toutes les victimes de la guerre ».
« Avant, j’étais juste un photographe et eux des gens, des sujets (…). Désormais, tout ce qui les affecte m’affecte aussi ».
Samuel Aranda a reçu le World Press Photo Award 2011, le prix récompensant les meilleurs photojournalistes internationaux. Le cliché qui a retenu l’attention des 19 membres du jury, réunis du 28 janvier au 9 février 2012 à Amsterdam, représente une femme entièrement voilée serrant contre son corps l’un de ses proches blessés. Il a été réalisé au Yémen en octobre 2011, dans une mosquée de la capitale reconvertie en hôpital durant les affrontements entre les forces de l’ordre et les opposants au président, Ali Abdallah Saleh, aujourd’hui déchu. Elle a été publiée dans The New York Times.
Selon Aidan Sullivan, président du jury, la photographie illustre « l’image du courage des gens ordinaires qui ont contribué à créer un chapitre important dans l’histoire du Moyen-Orient » et notamment celui des femmes, qui ont pris une part active dans le mouvement de révolte. Pour Nina Berman, une photographe américaine également membre du jury : « C’est comme si tous les évènements du Printemps arabe avaient abouti à un moment unique – un moment comme celui là ».
Outre le photojournaliste espagnol, 57 photographes originaires de 24 pays ont été récompensés. Parmi eux, 4 français se sont distingués : Rémi Ochlik pour son traitement de la guerre civile libyenne, Guillaume Herbaut et Denis Rouvre pour leurs portraits – respectivement une militante ukrainienne féministe et un rescapé du tsunami japonais - et Vincent Boisot pour son cliché sur la 9e Fashion Week de Dakar.
Le photographe de l’Agence France-Presse John MacDougall, en poste à Berlin, s’est vu décerner l’un des prix allemands de photographie les plus renommés, « Rückblende » (flashback), pour un cliché lors d’une cérémonie d’hommage à trois soldats tués en Afghanistan.
Sur cette image, le reporter franco-américain a choisi de se concentrer sur la dimension humaine de la manifestation officielle, avec une femme soldat prenant dans ses bras pour le consoler un proche de la victime.
« Parmi les quatre photos que j’avais sélectionnées pour concourir à ce prix, je suis content que ce soit celle-ci qui ait été choisie car elle était pour moi la plus forte », a déclaré John MacDougall, lors de la remise de son prix mercredi soir.
Né en 1965 à Paris, John MacDougall a commencé par travailler comme traducteur dans une maison d’édition parisienne après des études de littérature à New York.
En 1989, il a été engagé comme éditeur au desk photo international de l’AFP à Paris avant de partir pour Hong Kong, l’Indonésie et les pays d’Asie du sud-est. En 2003, il s’est installé à Berlin, où il a participé à la fondation du service photo allemand de l’agence.
C’est la première fois qu’un journaliste de l’AFP reçoit le prix Rückblende, créé en 1995, qui comptait cette année 247 participants.
A l’origine, ils sont quatre. Quatre à photographier les exactions commises en Afrique du Sud entre 1990 et 1994. Plongés dans l’enfer des townships livrés au feu et au sang, Kevin Carter, Greg Marinovich, Ken Oosterbroek, tout trois Sud-africains, et João Silva, Portugais installé en Afrique du Sud, affrontent la folie humaine.
Alors qu’ils couvrent les émeutes dans les ghettos symboles de l’Apartheid, ils sont surnommés par le journal sud-africain Living les « Bang Bang Paparazzi », référence à la fois aux balles qui fusent et à un terme propre aux photographes de guerre. Ce collectif informel préfère au terme paparazzi, qu’il trouve, si ce n’est péjoratif, peu représentatif de son travail, celui de club. Le Bang Bang Club est né.
Reconnu par leurs pairs et le public, les quatre photographes sont rapidement récompensés par des prix prestigieux. Ken Oosterbroek est ainsi désigné meilleur photographe de l’année en Afrique du Sud en 1991. Mais surtout, parmi quatre de ces jeunes photoreporters -aucun d’entre eux n’avait plus de 30 ans en 1990- deux ont remporté le Pulitzer.
En 1991, Greg Marinovich, alors employé par l’Associated Press, se voit décerner le Pulitzer pour un reportage sur le meurtre d’un homme suspecté d’être un espion zoulou par l’African National Congress (ANC, socialiste), parti pour la défense des noirs aboli en 1960 et rétabli en 1990. En 1994, Kevin Carter est à son tour désigné lauréat du plus célèbre des prix journalistiques, pour son cliché, très controversé, nomméLa Fillette et le Vautour.
« La fillette et le vautour » – Kevin Carter – 1994
Année de la libération de Nelson Mandela, 1994 marque paradoxalement le tournant dramatique du Bang Bang Club. Ken Oosterbroek n’a pas la joie d’assister aux premières élections libres en Afrique du Sud. Le 18 Avril 1994, quelques jours avant la ruée vers les urnes, il est tué dans le township de Kotoza lors d’un échange de tirs entre l’ANC et des miliciens, alors que Greg Marinovich est sérieusement blessé.
Trois mois plus tard, le 27 juillet 1994, Kevin Carter, hanté par les conflits et la misère côtoyés depuis longtemps et sans doute touché par la polémique autour de La Fillette et Le Vautour - le photographe a été injustement accusé d’avoir laissé l’enfant mourir sous ses yeux- met fin à ses jours. Le Bang Bang Club est à terre. Dès lors, Greg Marinovich et João Silva laissent derrière eux l’Afrique du Sud en pleine transition politique et couvrent les conflits à travers le monde.
João Silva parcourt les terres ravagées par les guerres: Soudan, Balkans, Asie Centrale ou encore Russie, Proche-Orient et Afghanistan. Toujours fermement engagé, le photographe est plusieurs fois récompensé par le prix World Press Photo. En octobre 2010, en reportage en Afghanistan pour le New York Times, il est grièvement blessé par une mine et amputé des deux jambes.
Attaque au mortier dans le village de Kahrizak, le 10/09/99 – Joao Silva
Greg Marinovich couvre, pour les plus grands journaux mondiaux, parmi lesquels le New York Times ou Newsweek, les événements en Russie, en Inde, en Bosnie et dans de nombreux pays africains. Il devient photographe en chef de l’Associated Press en Israël et Palestine en 1996 – 1997. En 2001, après avoir été désigné lauréat de multiples prix, il abandonne le métier de photographe de guerre.
Comme pour mieux tourner la page, Greg Marinovich et João Silva ont raconté l’histoire du Bang Bang Club, dans un livre éponyme adapté au cinéma par Steven Silver. Une histoire qui, née de la tourmente, s’est achevée dans la douleur.
Source : « Le Bang Bang Club: des photographes à l’épreuve des balles » de Constance Dubus, 23/05/2011
Cette année, un des éléments particulièrement intéressant du Festival « Visa pour l’Image » est le printemps arabe. Les images de l’exposition restituent l’atmosphère tragique vécue par les populations arabes qui ont fui les zones de conflits, de manière très réaliste.
Les autres thèmes représentés sont le 10e anniversaire des attaques terroristes du 11 septembre, le tsunami au Japon, les affrontements violents en Côte d’Ivoire, les élections en Haïti, les manifestations en Grèce, l’industrialisation en Inde et les traces de guérilla encore visibles dans les Balkans. Parmi les photojournalistes dont les œuvres sont exposées se trouvent Yuri Kozyrev, Jonas Bendiksen, Cédric Gerbehaye, Lu Nan, Valerio Bispuri, Fernando Moleres, Joao Silva et Ed Ou. Des agences telles que Getty images, EPA, Corbis et Agence Vu sont aussi présentes.
Qui plus est deux thèmes importants ont été débattus lors de ce festival : la question de l’avenir du photojournalisme et de la photographie en règle générale. Une des institutions les plus importantes en France pour le photojournalisme est l’Association Nationale des Iconographes. Sa présidente, Aline Manoukian, estime qu’une des conséquences d’internet est l’augmentation très importante du nombre de photographies ce qui n’est pas sans conséquence selon elle. « Les gens ont perdu confiance dans le photojournalisme à cause de photos de mauvaise qualité ou trafiquées. A l’avenir, les gens pourraient ne plus faire confiance aux journaux pour la même raison. C’est pour cela que les journaux doivent éviter d’utiliser des photographies en lesquelles ils n’ont pas entièrement confiance » ajoute Aline Manoukian.
Mme Manoukian ajoute que les photographes finissent par vendre leur travail à des journaux et à des magazines à un prix trop bas qui ne leur permet pas de rentrer dans leurs frais. Elle estime qu’une rémunération minimum devrait être mise en place pour cette profession. Claire Guillot, qui travaille pour le journal Le Monde, remarque que les photographes et les photojournalistes présents au festival ne sont pas seulement des Occidentaux, mais que le monde entier y est représenté. « Auparavant, les événements de par le monde étaient couverts par des photographes occidentaux et véhiculaient certains stéréotypes.
Aujourd’hui les photographes issus de la région peuvent suivre des événements plus facilement » explique-t-elle. Elle ajoute que le manque de formation en photographie fait cruellement défaut dans de nombreux pays.
Le Visa d’or catégorie News du 23e festival Visa pour l’Image de Perpignan a été décerné dimanche au photographe russe Yuri Kozyrev de l’agence Noor, pour un reportage sur « Les chemins de la révolution » dans les pays arabes.
Connu pour ses reportages sur les conflits dans le monde, Yuri Kozyrev a suivi ces derniers mois les mouvements de contestation en Egypte, au Bahrein et en Libye.
Le Visa d’or catégorie Magazine a été attribué au photographe français Olivier Jobard de l’agence Sipa Press pour son reportage « Zarsis-Lampedusa, l’odyssée de l’espoir ». Le photojournaliste qui a suivi l’exode de Tunisiens vers l’île italienne à bord d’un chalutier pour le magazine Paris-Match.
Le Visa d’or catégorie Presse quotidienne a été remis à l’International Herald Tribune pour la couverture du photographe japonais Shiho Fukada sur les conséquences du séisme qui a frappé le Japon, avec le tsunami puis l’accident de la centrale de Fukushima.
Enfin, un Visa d’or « humanitaire » du Comité international de la Croix Rouge (CICR) a été décerné à la photographe franco-espagnole Catalina Martin Chico pour son reportage sur la révolution yéménite. Le festival Visa pour l’Image, qui réunit les plus grands photographes de presse, fermera ses portes le 11 septembre.
Le photographe et réalisateur de films britannique Tim Hetherington, bien connu du Festival Visa pour l’Image de Perpignan, est décédé ce mercredi à Misrata, en Libye.
Ce journaliste de 41 ans, présent depuis plusieurs semaines dans la ville assiégée par les forces de Muammar al-Kadhafi, a succombé à ses blessures, suite à une violente attaque au mortier, selon une information de la BBC, confirmée par ce mercredi soir par le ministère des Affaires étrangères du Royaume-Uni. Lors d’un assaut qui a blessé également blessé trois journalistes, six personnes ont trouvé la mort, une soixantaine ont été blessées, notamment par des tirs de sniper.
Tim Hetherington, né à Liverpool, résidait aux États-Unis, disposait de la double nationalité, et s’était fait une spécialité dans le témoignage des grands conflits armés dans le monde, pour le compte du magazine Vanity Fair. Il était l’auteur d’unephotographie qui a fait le tour du monde, intitulée « Soldat américain au repos dans un bunker », en l’honneur de laquelle il avait reçu en 2007 la distinction suprême du World Press Photo Award, après une intense couverture du conflit en Afghanistan.
En 2004, Tim Hethenrington avait exposé une sélection de clichés, « Rien n’est permanent », un reportage réalisé dans des conditions dangereuses, parmi les lignes rebelles lors de la guerre civile au Libéria. Le directeur de Visa pour l’Image, Jean-François Leroy, a lui-même été membre du jury du World Press, et a défendu la plus célèbre des photographies d’Hetherington, critiquée par son aspect éminemment émotionnel.