Publié le 23rd janvier 2012

Un pionnier de la photographie est menacé de disparition. Kodak, marque mythique dont la création, en 1880, remonte aux premiers pas de la photo, a annoncé hier qu’elle déposait le bilan pour se restructurer. La société est désormais placée sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites, ce qui la place à l’abri de ses créanciers. La mesure ne concerne pas les filiales du groupe hors des Etats-Unis.

 

Kodak avait été l’artisan de la démocratisation de la photographie au XXe siècle, en fabriquant des appareils bon marché et simples à utiliser. Dès 1900 avait été lancé le Brownie, vendu 1 dollar.


Et la pellicule couleur Kodachrome, mise sur le marché en 1935, a été une révolution en termes de qualité d’image, servant à immortaliser l’explosion du dirigeable Hindenburg en 1937.

Mais le groupe n’a pas su gérer le passage de l’argentique au numérique, après avoir pourtant inventé l’appareil photo numérique en 1975.Distancé par Sony ou Canon, il a amorcé son déclin dans les années 1980. Pour survivre, il va désormais se concentrer sur le développement et l’impression et vendre ses 1 100 brevets, qui intéressent les fabricants de téléphonie.

 

Publié le 5th octobre 2011

Le photographe, fondateur de la célèbre agence Sipa est mort mercredi 5 octobre, dans un paysage médiatique bien différent. Les magazines ne se battent plus pour les meilleures images, les photographes ont du mal à vivre, et les agences photos sont en pleine déconfiture. De la vie extravagante de Goksin Sipahioglu, on aurait pu faire un film. L’homme lui-même ne laissait pas indifférent : immense (il a été basketteur professionnel), beau parleur, homme à femmes, aventurier et un peu voyou, il faisait confiance facilement et pouvait s’emporter tout aussi rapidement.

 

Né en 1926 à Izmir, en Turquie, le jeune homme commence par s’embarquer dans une double carrière de basketteur et de journaliste. Très tôt, il se vante d’aligner les scoops: en 1958, il est  » le premier journaliste turc à entrer en pays communiste après la guerre », dit-il au Monde. Il est aussi le premier occidental à photographier l’Albanie passée sous régime communiste en 1961. Mais c’est surtout à Cuba qu’il s’illustre, en 1962 : durant la crise des missiles, alors que le blocus de l’île est mis en place, il se glisse dans un cargo turc qui doit acheminer du blé à La Havane via la Barbade. A l’époque, il dirige aussi des journaux.

Mai 68 ©Goksin Sipahioglu

 

C’est Paris, capitale montante du photojournalisme, qui va lancer sa deuxième carrière. D’abord correspondant d’Hürriyet, principal quotidien turc, en 1966, il couvre mai 68 avec brio – et se fait blesser par une grenade. En 1969, il crée finalement avec sa compagne une agence : les films sont développés dans les toilettes d’un studio de 16 mètres carrés ! Pendant des années, tout est artisanal : les anciens de l’agence se souviennent des fois où Goksin Sipahioglu prenait la monnaie de la machine à café pour payer les photographes et des coupures d’électricité pour facture impayée « on tirait une rallonge jusqu’à la prise du couloir… »Sipa, créée officiellement en 1973, devient pourtant très rapidement un modèle, au côté de Gamma et Sygma.

 

Mai 68, ©Goksin Sipahioglu

 

Le patron a un sens du scoop, et il a aussi du flair pour dénicher les bons photographes. Un nombre impressionnant d’entre eux se sont vus donner leur chance à Sipa, y compris… le plombier de l’agence. Parmi les plus connus, Luc Delayahe, Alexandra Boulat, Abbas, Patrick Chauvel, Reza ou Christine Spengler ont fait leurs classes à Sipa. Mais Göksin Sipahioglu a des manières patronales particulières : il tutoie tout le monde et marche à l’affectif mais ne supporte pas les syndicats. Il cajole ses photographes mais se montre aussi très possessif. Et il ne partage pas le pouvoir.

 

Avec la crise de la presse et la montée du « people », les agences photo d’actualité vont connaître des heures difficiles. Pendant longtemps Göksin Sipahioglu refusera obstinément de vendre, avant de céder en 2001, devant les pertes, et d’accepterl’offre de Sud Communication. En juillet dernier, toujours déficitaire, l’agence a finalement été revendue à un groupe allemand qui a licencié les deux tiers des photographes et a annoncé sa volonté de transformer Sipa en agence généraliste. Une idée bien loin de l’ancienne Sipa, fleuron du photojournalisme créé par Goksin Sipahioglu.

 

Publié le 19th septembre 2011

A l’origine, ils sont quatre. Quatre à photographier les exactions commises en Afrique du Sud entre 1990 et 1994. Plongés dans l’enfer des townships livrés au feu et au sang, Kevin Carter, Greg Marinovich, Ken Oosterbroek, tout trois Sud-africains, et João Silva, Portugais installé en Afrique du Sud, affrontent la folie humaine.

Alors qu’ils couvrent les émeutes dans les ghettos symboles de l’Apartheid, ils sont surnommés par le journal sud-africain Living les « Bang Bang Paparazzi », référence à la fois aux balles qui fusent et à un terme propre aux photographes de guerre. Ce collectif informel préfère au terme paparazzi, qu’il trouve, si ce n’est péjoratif, peu représentatif de son travail, celui de club. Le Bang Bang Club est né.

Reconnu par leurs pairs et le public, les quatre photographes sont rapidement récompensés par des prix prestigieux. Ken Oosterbroek est ainsi désigné meilleur photographe de l’année en Afrique du Sud en 1991. Mais surtout, parmi quatre de ces jeunes photoreporters -aucun d’entre eux n’avait plus de 30 ans en 1990- deux ont remporté le Pulitzer.

 

En 1991, Greg Marinovich, alors employé par l’Associated Press, se voit décerner le Pulitzer pour un reportage sur le meurtre d’un homme suspecté d’être un espion zoulou par l’African National Congress (ANC, socialiste), parti pour la défense des noirs aboli en 1960 et rétabli en 1990. En 1994, Kevin Carter est à son tour désigné lauréat du plus célèbre des prix journalistiques, pour son cliché, très controversé, nommé La Fillette et le Vautour.

 

« La fillette et le vautour » – Kevin Carter – 1994


Année de la libération de Nelson Mandela, 1994 marque paradoxalement le tournant dramatique du Bang Bang Club. Ken Oosterbroek n’a pas la joie d’assister aux premières élections libres en Afrique du Sud. Le 18 Avril 1994, quelques jours avant la ruée vers les urnes, il est tué dans le township de Kotoza lors d’un échange de tirs entre l’ANC et des miliciens, alors que Greg Marinovich est sérieusement blessé.

Trois mois plus tard, le 27 juillet 1994, Kevin Carter, hanté par les conflits et la misère côtoyés depuis longtemps et sans doute touché par la polémique autour de La Fillette et Le Vautour - le photographe a été injustement accusé d’avoir laissé l’enfant mourir sous ses yeux- met fin à ses jours. Le Bang Bang Club est à terre. Dès lors, Greg Marinovich et João Silva laissent derrière eux l’Afrique du Sud en pleine transition politique et couvrent les conflits à travers le monde.

 

João Silva parcourt les terres ravagées par les guerres: Soudan, Balkans, Asie Centrale ou encore Russie, Proche-Orient et Afghanistan. Toujours fermement engagé, le photographe est plusieurs fois récompensé par le prix World Press Photo. En octobre 2010, en reportage en Afghanistan pour le New York Times, il est grièvement blessé par une mine et amputé des deux jambes.

 

Attaque au mortier dans le village de Kahrizak, le 10/09/99 – Joao Silva


Greg Marinovich couvre, pour les plus grands journaux mondiaux, parmi lesquels le New York Times ou Newsweek, les événements en Russie, en Inde, en Bosnie et dans de nombreux pays africains. Il devient photographe en chef de l’Associated Press en Israël et Palestine en 1996 – 1997. En 2001, après avoir été désigné lauréat de multiples prix, il abandonne le métier de photographe de guerre.

 

Comme pour mieux tourner la page, Greg Marinovich et João Silva ont raconté l’histoire du Bang Bang Club, dans un livre éponyme adapté au cinéma par Steven Silver. Une histoire qui, née de la tourmente, s’est achevée dans la douleur.

 

 

 

 

Source : « Le Bang Bang Club: des photographes à l’épreuve des balles » de Constance Dubus, 23/05/2011

 

Publié le 8th août 2011

«Je n’ai jamais su quel comportement adopter face à des gens mourant de faim lors de mes reportages».

Barry Malone travaille dans la Corne de l’Afrique depuis 2006. Il est irlandais, reporter et photographe pour l’agence de presse britannique Reuters.

Cette phrase, qui ouvre l’une de ses réflexions sur le métier de photoreporter, pourrait tout aussi bien être celle d’un de ses confrères, Tyler Hicks. Car l’une des photos de ce dernier, parue en une du quotidien américain The New York Times le 2 août 2011, a relancé le débat sur l’intérêt ou non de montrer des enfants mourant de faim.

 

 Dans cette perspective, le webzine Salon se pose la question: «Un photographe peut-il encore changer le monde?»

 

«Je sais que beaucoup de lecteurs ont trouvé la photo dérangeante. C’est bien. La mort de milliers d’enfants somaliens doit, au moins, nous déranger», explique l’un des directeurs de publication du New York Times, Bill Keller.

 

C’est en effet l’une des justifications qu’apportent les journalistes à ceux qui leur reprochent de témoigner de la famine sans aider, comme le caricaturiste Khalid Said. Celui-ci a publié le 2 août 2011 un dessin montrant un photographe indifférent au sort de l’affamé dont il vient de tirer le portrait. Mais pour le photojournaliste, ce n’est pas aussi simple: «Ensuite nous partons. Nous remercions. Merci de m’avoir parlé. Merci d’avoir brandi votre bébé mourant devant mon appareil photo. Et merci pour votre dignité. Merci de me l’avoir donnée», écrit avec ironie Barry Malone, pour exprimer son sentiment d’impuissance sur le terrain.

 

Le reporter irlandais a d’ailleurs pris une photo qui met en abyme son dilemme. C’est celle d’un humanitaire prenant en photo avec sa tablette iPad la carcasse d’un bœuf mort de faim, le 23 juillet 2011. Comme le New York Times, le magazine américain The Atlantic estime que ce genre de photos peut avoir un réel impact:

 

«Pour les experts, ce cirque médiatique, humanitaire et diplomatique sera nécessaire tant qu’il y aura des gens mourant de faim en Afrique parce que les gouvernements —tant africains qu’étrangers— répondent rarement à temps aux menaces de catastrophe».

 

Et vous quel est votre avis sur la question ? Où se trouve la limite entre le devoir d’alerter les gens sur la misère, les horreurs, qui se déroulent juste au coin de la rue, et le voyeurisme ? On serait tenté de dire que, tant que l’on photographie dans un cadre purement professionnel, nous nous trouvons du bon coté de la barrière. Faudrait-il alors, pour autant,  interdire l’utilisation de l’appareil photo aux « touristes » dans des zones dîtes sensibles ?

 

Source : www.slateafrique.com

 

Publié le 30th juillet 2011

Ex-membres de l’agence Sygma, les photographes Dominique Aubert, Philippe Ledru, Michel Philippot, Moshe Milner et Derek Hudson ont déposé plainte, le 25 juillet 2011, contre la société personnelle du milliardaire Bill Gates, dont dépendait Corbis-Sygma pour “organisation frauduleuse d’insolvabilité, abus de confiance et abus de bien social”. En cause : la mise en valeur et la commercialisation des archives des photographes.

 

A l’heure où Sipa Press vient d’être rachetée par l’agence allemande DAPD, où Gamma-Rapho, désormais propriété du photographe François Lochon, ne vit plus que de ses archives, l’accusation « d’organisation frauduleuse d’insolvabilité, d’abus de confiance et d’abus de bien social » portée par les cinq anciens photographes de Corbis-Sygma, pose surtout la question de l’avenir des agences de presse. Et de la nécessité de trouver au plus vite un modèle de diffusion et une économie en phase avec le marché du photojournalisme.

 

C’est en 1973 que l’agence Sygma voit le jour à Paris. Elle s’impose très vite comme l’une des plus actives. « J’y suis entré en 1979 parce que c’était l’agence qui m’offrait le plus de possibilités », se souvient Michel Philippot. Il y reste dix ans, au cours desquels il couvre la Pologne, l’élection de François Mitterrand, la guerre civile au Salvador ou au Liban. Et puis, un jour de 1989, il en a eu assez de parcourir le monde. « Je suis rentré chez Gamma comme rédacteur en chef adjoint. Mais j’ai laissé mes archives chez Sygma. Elles se vendaient très bien ».

1980 © Henri Bureau, reporter à l’agence Sygma


Sauf que depuis, Sygma n’a cessé de dépérir. Elle a d’abord dû faire face à la concurrence de la télévision. Puis à celle des agences filaires comme l’Agence France Presse qui ont très tôt fait le choix, judicieux, du numérique. Aussi, lorsque Corbis Corporation rachète Sygma en 1999, l’agence est déjà mal en point. « Corbis a maintenu Sygma à bout de bras », rappelle Sébastien Dupuy, qui était en charge des archives, et membre du comité d’entreprise de l’agence. En 2004, 20 millions d’euros sont investis dans un projet destiné à numériser les millions de photos du fonds de l’agence. Des contrats sont signés avec des photographes qui acceptent de céder l’exclusivité de la distribution de leurs images à Corbis contre leur mise en valeur et leur commercialisations assorties d’un versement de droits d’auteurs.

 

Corbis a aussi multiplié les erreurs stratégiques. «Elle a toujours agi à contretemps du marché», souligne Sébastien Dupuy, en bradant les photos de ses meilleurs éléments, en faisant trop tard le choix de produire beaucoup d’images à moindre coup. La valse des PDG de Corbis Corporation a entraîné des changements de cap permanents. Et l’arrêt, en plein vol, du projet de numérisation des images n’a rien arrangé. Aussi, lorsque la justice a obligé Corbis-Sygma à verser 1,5 millions d’euros au photographe Dominique Aubert parce qu’elle avait perdu 750 de ses images, Corbis a décidé de liquider l’agence. «Je ne crois pas que Corbis ait fait exprès de perdre ce procès, analyse l’ancien responsable des archives. Mais ça a été le moment opportun pour mettre la clé sous la porte. C’était d’autant plus choquant que les résultats annuels de Corbis-Sygma arrivaient à l’équilibre pour peu que Corbis-France lui paye sa dette».

 

Livrés à eux-même du fait de l’absence totale de communication de Corbis, les photographes n’ayant pas signé de contrats avec la maison mère doivent donc s’adresser au liquidateur judiciaire pour récupérer leurs droits et leurs photos. Pour ceux en contrat avec Corbis Corporation, il revient à cette dernière de mettre en valeur et commercialiser leurs archives. «J’ai fait des milliers de photos,explique Michel Philippot. Moins de 400 sont numérisés. Si les journaux veulent avoir accès à mes images, ils doivent aller dans un entrepôt à Dreux pour consulter les archives de Sygma». Pire encore : la structure de vente de Corbis France a été fermée. Pour acquérir certaines photos, il faut désormais appeler Londres et les vendeurs n’ont aucune connaissance du fonds Sygma. D’où la colère légitime des photographes.
Et cette nouvelle plainte contre Corbis Corporation, qui souligne une fois de plus la déchéance des vieux modèles de diffusion de la photo de presse.

 

Source : http://www.telerama.fr, Yasmine Youss, 29/07/2011

 

Publié le 23rd mai 2011

La Fnac lance une série de bourses d’aide à la création photographique dont les trois premières sont consacrées au photojournalisme d’auteur


Dans un contexte particulièrement difficile pour le photojournalisme, l’enseigne souhaite soutenir les photographes et crée, à cet effet, 3 bourses d’un montant de 8 000 euros chacune. Le but étant de participer au financement d’un projet en cours ou à venir.

 

Ce projet a été lancé en septembre dernier, durant le Festival Visa Pour l’Image- Perpignan. La Fnac a sollicité un jury d’une quinzaine de picture editors internationaux qui ont eu jusqu’à fin décembre pour présenter les photographes qu’ils souhaitaient voir concourir.

 

Les 3 premiers lauréats ont été sélectionnés parmi 46 projets, fin janvier à Paris, il s’agit de Jan Banning, Cédric Gerbehaye, et Anastasia Taylor-Lind.

 

Chaque travail sera présenté (soit en exposition, soit en projection) lors de la prochaine édition du festival international de photojournalisme, Visa Pour l’Image- Perpignan (27 août -11 septembre 2011) et sera ensuite accueilli dans les galeries photo de la Fnac (Paris et Province).

 

 

Publié le 18th mai 2011

Fin connaisseur de l’impact de l’image sur les consciences, le directeur du festival international Visa pour l’Image de Perpignan, Jean-François Leroy, s’offusque de la publication en chaîne du cliché accusateur de Dominique Strauss-Kahn. La photographie d’une personnalité, pressentie comme possible Président de la République française, vulgairement menottée, pose la question de la diffusion d’images à l’échelle planétaire.

 

L’incarcération de Dominique Strauss-Kahn comporte l’intervention d’un spécialiste en image. Alors que plusieursclichés et vidéos de l’inculpé, menotté, circulent sur Internet et dans la presse papier, le directeur du festival international du photojournalisme Visa pour l’Image de Perpignan, Jean-François Leroy, juge la photographie principale « dévastatrice pour lui ». Le fonctionnement de la justice américaine, qui permet de présenter un prévenu en situation dégradante, au mépris de la présomption d’innocence, est cependant semblable en Espagne, où les images d’inculpés sont diffusées par la presse avant la tenue des procès.

Cette caractéristique suscite régulièrement des interrogations au sein de notre propre rédaction, amenée à travailler au quotidien sur un territoire international. Pour M. Leroy, qui s’est exprimé ce lundi auprès de l’Agence France Presse au sujet de ladite photo, « l’utiliser c’est le condamner un peu vite ».

 

Ce cliché accusateur et ses variantes placent une haute personnalité au rang de criminel, et froissent sans doute l’image de la France dans le monde. Il s’agit cependant de l’oeuvre de professionnels, au nombre de 200, parfaitement autorisés à accomplir leur métier.

 

Le défi qui se pose ainsi à M. Leroy, partisan de montrer le monde tel qu’il est, à l’occasion des éditions de Visa pour l’Image, à Perpignan, devient celui de l’universalisation de l’image, aidée par l’immédiateté suggérée par les technologies. La production de clichés, dans un territoire donné, devient alors problématique selon les territoires de diffusion. Il conviendrait ainsi de montrer le monde tel qu’il est, mais pas à tout le monde.

 

 

Source : http://www.la-clau.net

 

Publié le 24th mars 2011

Un peu plus de deux ans après avoir lancé «XXI», et prouvé que la création d’un nouveau journal par les temps qui courent n’est pas nécessairement synonyme de faillite annoncée, Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry reviennent avec un défi au moins aussi fou: sortir une revue photographique à l’heure où les poids-lourds du domaine battent de l’aile.

 

«6 mois» mise avant tout sur une qualité irréprochable pour séduire le public. Qualité des images bien sûr, mais aussi de la mise en page et du support lui-même (papier haut-de-gamme, sans brillance, idéal pour les photos). Résultat: un bel ouvrage très agréable à parcourir.

Sur le fond, la revue propose des sujets traités en profondeur et venant des quatre coins de la planète. Au sommaire du premier numéro par exemple: Haïti, Chine, Angleterre, Guinée-Bissau, Tunisie… et une liste de crédits photographiques qui rassemble près de vingt nationalités.


BibliObs a posé quelques questions à Marie-Pierre Subtil, rédactrice en chef d’une revue qui ose renouer avec le véritable reportage photographique à l’heure où une déferlante d’illustrations vaines inondent la presse écrite.

 

BibliObs. – Pouvez-vous nous présenter le projet en quelques mots?

Marie-Pierre Subtil. - De nos jours on est submergé d’images sans en avoir la lecture. Parce qu’on ne s’arrête pas dessus, parce qu’on ne prend pas le temps de les comprendre. Aujourd’hui, tout le monde a un appareil photo, les images arrivent de partout, partent dans tous les sens, mais elles ne racontent pas d’histoires. Au contraire, «6 mois» propose de partir des images pour raconter le monde d’aujourd’hui. Le but de la revue est de donner du sens à de bonnes images.


BibliObs. - Comment cette volonté se traduit-elle dans la revue?

M.-P. Subtil. - «6 mois» propose avant tout des regards travaillés sur la longueur. En privilégiant les longues enquêtes, les reportages au long cours, nous entendons renouer avec la grande tradition du photojournalisme. La revue s’articule donc autour de longs portfolios. Dans ce premier numéro, le plus petit compte vingt photos et le plus long cinquante. Ce dernier est un véritable travail d’immersion puisque la photographe américaine Darcy Padilla a suivi son sujet pendant 18 ans.




BibliObs. - Lancer un nouveau magazine photographique alors que des journaux comme «Géo», «Photo» ou encore le «National Geographic» ne cessent de perdre des lecteurs: le moins que l’on puisse dire c’est que c’est un pari osé…

M.-P. Subtil. - «XXI» aussi était un pari osé et pourtant ça marche. Les gens ne sont pas idiots. Il y a une demande pour du vrai journalisme. Il est évident qu’en lançant un journal papier on prend le contrepied de la tendance qui veut que l’avenir de la presse passe par internet. De même, proposer de longues enquêtes va à l’encontre de ce qu’on voit de plus en plus dans les journaux. Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry poursuivent l’objectif initié avec «XXI»: réfléchir sur la manière de faire du journalisme.


BibliObs. - «6 mois» est appelé à devenir une revue internationale?

M.-P. Subtil. - Oui, nous souhaitons la faire traduire dans d’autres langues afin qu’elle puisse être publiée simultanément dans plusieurs pays. Mais il nous fallait d’abord lancer ce premier numéro pour pouvoir chercher à étendre sa publication. «6 mois» n’est pas une revue française. C’est un projet universel. L’idéal serait qu’on croise des regards de photographes des quatre coins du monde et pas seulement des occidentaux qui photographient le Tiers-Monde. Et que la revue soit lue partout autour du monde.


Propos recueillis par Jonathan Reymond







«6 mois», n°1, 350 pages, 25 euros, en vente depuis le 24 mars en kiosque.

Prochaine parution: 22 septembre 2011.

Sur internet: 6mois.fr

 

Publié le 15th mars 2011

Emphas.is ouvre une nouvelle ère pour le photojournalisme : en effet  le public peut désormais produire les reportages de son choix à partir de 10 $.

Interview de Karim Ben Khelifa, cofondateur.

Quand et comment vous est venue cette idée simple et géniale de faire participer le public à la production de photoreportages à travers un site ?


Le 1er novembre 2009, Tina Ahrens (cofondatrice d’Emphas.is) et moi parlions de photojournalisme, et nous remarquions combien il était devenu difficile, voire parfois impossible, de financer des travaux des fonds, importants et bien documentés. Ces dernières années ont été très difficiles pour les photojournalistes. Pour la majorité, nous sommes indépendants et nous avons été parmi les premiers à subir les effets de la crise. Plutôt que de licencier des salariés, un grand nombre de médias a tout simplement arrêté de passer des commandes aux journalistes indépendants. Dans cette catégorie, les plus chers en termes de coûts, ce sont bien évidemment les correspondants travaillant et se déplaçant à l’étranger. Les nouveaux manager de ces groupes ont voulu nous faire croire que le public ne veut ni comprendre ni voir ce qui se passe en Afghanistan, en Irak ou en Afrique. Mais pour beaucoup d’entre nous, c’est avant tout une question d’économie financière, car nos reportages nous y croyons et nous pensons que comme nous, vous voulez les voir exister.


Cette situation crée une crise de confiance dans le public par rapport aux grands groupes de médias. De plus en plus de personnes ne trouvent plus aujourd’hui la matière pour comprendre et déchiffrer le monde. Ils ont l’impression d’être téléguidés et de ne plus être en lien avec la réalité de ce qui se joue sur le terrain. Avec Emphas.is, lorsqu’on s’intéresse à un sujet en particulier, on a la possibilité de rencontrer et de partir en reportage avec un journaliste, de le suivre sur le terrain et de le voir évoluer dans son point de vue tout en disposant d’une information produite et analysée par un professionnel. Déplacer un business modèle, c’est aussi déplacer la valeur de notre travail. Je me suis rendu compte au fil des années, qu’une série de questions revenait sans cesse dans mes rares rencontres avec le public. Comment vit-on à Bagdad, en Palestine ? Comment bougez-vous là bas ? Où dormez-vous ? Comment sont les gens atour de vous ?



Je suis un photojournaliste, comment puis-je proposer mon sujet ?

Dans un premier temps, ceci ne sera possible que sur invitation car nous devons apprendre à gèrer le flux de reportages en concordance avec le nombre d’adhérents membres du public. Les photojournalistes voulant chercher un financement auprès du public pour leur projet peuvent uploader, après la création de leur profil, le synopsis et les documents liés via la plateforme directement. Les procédures sont automatisées et le comité de sélection peut ainsi facilement accèder aux requêtes des nouveaux journalistes.



Quels sont les devoirs vis à vis des personnes qui ont financé le projet ?

Informer et partager l’expérience de terrain est primordial et inhérent à notre plateforme. Le succès de la communication avec le public permet de revenir sur la plateforme et de produire de futurs projets avec les internautes. De notre coté, nous veillons à ce qu’un budget soit réaliste et le reportage cohérent. Les sommes collectées auprès du public ne feront pas office de salaire mais serviront uniquement à couvrir les frais de réalisation du projet.



Que deviendra le reportage ?

Le reportage est mis à disposition exclusive du public  qui l’a financé pendant 4 jours après la postproduction du photojournalisete. Au photographe ensuite de le diffuser dans les médias, de le fournir à son agence. Emphas.is est une plateforme de production, pas de distribution, nous ne gardons aucun droit ou pourcentage du copyright sur le reportage du produit. Nous nous assurons que les frais du reportage sont couverts mais nous ne fournissons pas de salaires aux photographes.


Je suis particulier, à partir de quelle sommes puis je participer et jusqu’à quelle hauteur ?

L’accès à la plateforme de communication se fait à partir de 10$. Avec cette somme, vous accédez au making of du photojournaliste dès le moment où le projet est financé entièrement et qu’il arrive sur le lieu de son projet. Les photographes vont tenter de réunir la somme des frais plus rapidement en vous proposant par exemple pour une sommes plus élevée des éditions limitées d’un livre ou des tirages numérotés et signés, mais aussi des souvenirs originaux qu’ils pourront ramener de reportages ou encore des visites privées et en avant première de leur exposition. Ceci va vous permettre de découvrir des facettes de leur travail ou de leur personnalité quie vous ne connaissez pas encore.



Puis-je dialoguer directement avec le photographe ?

Vous pouvez bien entendu dialoguer directement avec un photojournalsite, mais sachez qu’ils sont sur le terrain pour réaliser un projet et vous faire passer des informations quant à la situation sur place et sur leur manière de penser ce projet. Ils vous feront partager leurs expériences et toutes les histoiers curieuses qui se déroulent sur place en uploadant photos, vidéos et textes.




Plus d’infos sur http://emphas.is

Source : « La révolution Emphas.is », Magazine Photo, n°476


Publié le 19th janvier 2011

Le photographe journaliste franco-allemand Lucas Mebrouk Dolega, est décédé suite à de graves blessures le lundi 17 janvier à l’hôpital Rabta de Tunis. Né à Paris de mère allemande et de père franco-marocain, il aurait passé une partie de sa jeunesse à Tanger.


©Lucas Mebrouk Dolega

Manifestation à Tunis le 14 janvier 2011


Envoyé par l’agence européenne de photographie de presse (EPA) de Francfort pour couvrir la révolution du jasmin à Tunis, ce jeune photographe de 32 ans a été la cible d’un tir de grenade de gaz lacrymogène le 14 janvier devant le ministère de l’Intérieur tunisien, selon l’un de ses confrères Julien Muguet. Ainsi, malgré l’opération qu’il a subie à l’institut national de neurochirurgie, le photographe Lucas Mebrouk Dolega n’a pas pu survivre à ses blessures.





Source : www.yabiladi.com

Publié le 8th janvier 2011

Depuis seize ans, la photoreporter Sarah Caron travaille sur les terrains les plus chauds de la planète et collabore avec les plus grands medias internationaux. De sa dernière immersion, elle a tiré un long récit, Le Pakistan à vif (Jean-Claude Gawsewitch) et une magnifique planche photographique, Pakistan/Land of the Pure (ed. Images en manoeuvres). Trois ans de voyage au coeur d’un pays rongé par l’instabilité politique (plus de 400 attentats ayant tué près de 4000 personnes), qui l’amènent à suivre de près les dernières heures de Benazir Bhutto, à entrer dans les zones tribales, interdites aux étrangers, ou à s’immiscer dans la fashion week de Lahore…


Vous êtes habituellement discrète sur vos conditions de travail. Qu’est-ce qui vous a poussée à écrire ce livre?

On me posait beaucoup de questions sur mon expérience de photo-reporter… Nous ne sommes pas si nombreux à avoir travaillé au Pakistan dans de telles conditions. C’est l’éditeur Jean-Claude Gawsewitch qui m’a contactée pour me convaincre de raconter mes expériences. Je me suis dit que j’avais le devoir de raconter ce que j’avais vu là-bas, en trois ans de reportage.


Sarah Caron ici, en 2006, dans l'extrême sud de la Thaïlande.


Vous atterrissez au Pakistan aux premiers jours de novembre 2007, avec une commande pour Time – un portrait de Benazir Bhutto – qui est de retour au pays après neuf ans d’exil, et vous vous retrouvez « assignée à résidence » avec elle, trois semaines avant son assassinat… Quelle impression vous a-t-elle faite?

Une présence très forte, un regard fort, elle prenait bien la lumière, comme on dit. J’étais très impressionnée à l’idée de la rencontrer. Elle m’a invitée à dîner et a appris qu’elle venait d’être assignée à résidence par le président Musharraf qui avait décrété l’état d’urgence. Et je suis restée avec elle… Elle était stressée, elle se sentait clairement en danger. Elle entendait bien mener une campagne électorale exemplaire, mais son intention, en fait, était d’avoir la peau de Musharraf. Sa bataille se déroulait sous un habillage démocratique mais il s’agissait d’un règlement de comptes avec lui.


Elle est alors la candidate préférée des Américains…

Oui, une icône. Et tout le monde a oublié les années de corruption de ses premiers mandats et son soutien aux religieux (1994-1995) qui ont favorisé la montée des talibans et leur prise de pouvoir à Kaboul… Au moment de son deuxième mandat de Premier ministre, la formation des talibans, recrutés dans les écoles coraniques des régions tribales le long de la frontière afghane, se faisait sous la houlette de l’ISI (services secrets). Benazir était alors convaincue qu’elle pouvait compter sur les talibans pour faire de l’Afghanistan une nation stable et qu’elle en retirerait à terme les bénéfices. Et elle était alors conseillée par l’ISI…


Vous êtes allée dans les régions tribales, interdites aux étrangers, vous avez interviewé des talibans… Etes-vous une tête brûlée?

Non, je ne crois pas. Les risques que j’ai encourus sont simplement le prix à payer de l’engagement photojournalistique. Je reste pragmatique et lucide, je fais toujours très attention au choix du « fixeur », très important dans ces pays-là… Ma vie peut en dépendre. Il doit parler les langues locales, se montrer diplomate, malin, fiable… Pour me sortir de situations critiques, j’ai aussi appris à me servir de mes « antennes ». L’intuition fait partie intégrante de mon « job ».


Vous décrivez une talibanisation accélérée dans le nord-ouest.

Oui, et depuis les inondations, c’est encore plus inquiétant, car le gouvernement n’a pas soutenu la population. Les islamistes ont pris la main auprès des plus démunis, leur cote de sympathie a beaucoup grimpé. C’est la ligne dure qui prévaut dans ces endroits : interdiction de l’école pour les filles, pas une femme non voilée dans la rue… L’armée a fait des opérations militaires pour détalibaniser la vallée de Swat, mais ils se sont déplacés au Nord. C’est un jeu de l’oie.


Vous passez trois à quatre mois par an à Paris, le reste du temps en voyage. Aucune envie de vous arrêter un peu?

Non! Ma vie se déroule dans ces reportages. Je suis toujours contente de revenir, même si j’ai rapidement envie de repartir.



Source : http://www.lexpress.fr

Publié le 26th décembre 2010

Alors que des médias espagnols diffusaient la photo d’un bébé palestinien présenté comme une victime de Laâyoune –en réalité prise par le photographe Hateem Omar à Gaza en 2006– le Maroc se voyait gentiment accusé d’avoir commis un crime contre un nourrisson. L’évènement aurait pu faire la Une de la presse, lançant un débat rétro-actif sur le trucage et la manipulation par l’image. Le Maroc aurait pu mesurer la force d’une photographie qui, sortie de son contexte, est utilisée à des fins politiques, mettant en jeu la crédibilité du pays. Il aurait pu. Il n’en fit rien.


Aujourd’hui portée devant la justice internationale, l’affaire pose une question fondamentale : quelle est la place de la photographie dans la presse marocaine? « La photographie a toujours été considérée comme un art mineur au Maroc. D’ailleurs, quand on parle des arts plastiques, on exclut la photographie. Au niveau de la législation, le code de la presse ne donne aucun statut aux photojournalistes, raison pour laquelle bien souvent, les éditeurs négligent la photographie», explique Jaâfar Akil, président de l’AMAP et professeur de l’art de la photographie à l’Institut supérieur de l’information et de la communication (ISIC). Pour asseoir son propos, l’homme s’interroge : «Y a-t-il un journal marocain qui a le courage de sortir une photo à la place d’un éditorial?  Les journaux ont-ils une ligne éditoriale concernant la photographie ? Combien de journaux s’engagent à réaliser des reportages photographiques ? Quel est le nombre de photographes embauchés par les magazines par rapport aux journalistes spécialisés dans le domaine du sport ou de l’économie par exemple ?»


La photographie est le parent pauvre de la presse marocaine. En effet, il est aujourd’hui bien rare de trouver une légende photo respectant les cinq « W » (who, what, when, where, why) (qui, quoi, quand, comment, pourquoi). Des légendes négligées, des crédits inexistants, un DR (Droits Réservés) abusif, on oublie bien souvent qu’une image est, comme un texte ou un film, une œuvre de l’esprit. L’une des solutions serait, peut-être, la création d’agences de presse photographiques qui, dans la lignée de Magnum ou de l’agence Vu’, offriraient un cadre juridique et contractuel aux relations entre photographes et éditeurs. La première expérience marocaine en matière d’agence photo date de 1961, à l’instigation du photographe Mohamed Maradji. Aujourd’hui, l’agence AIC Press signe la plupart des supports marocains. Quoique cette agence réponde davantage aux critères d’une « pseudo » agence filaire à petit prix -et dont les photographes sont destitués de leurs droits d’auteur-  qu’aux revendications d’une agence photo traditionnelle.


Dans cet état de fait, le Maroc a réalisé l’urgence d’offrir aux photojournalistes un statut juridique. C’est ce que prépare la nouvelle loi sur le droit d’auteur des formes de production audiovisuelle. Une lueur d’espoir pour la photographie de presse, même si le gros du travail passe d’abord par une éducation à l’image et une sensibilisation : «Il faut d’abord toucher les responsables de journaux. Si les futurs journalistes et photojournalistes apprennent leur métier avec les normes professionnelles, ils vont se heurter aux éditeurs. C’est la culture et la valeur de l’image dans sa globalité qu’il faut revoi, affirme Jaâfar Akil. Et d’ajouter, comme un appel : «On veut une presse écrite qui donne plus d’importance à l’image. Les photographes n’ont pas la possibilité d’exprimer leur vision des choses. Avant de passer à la censure de l’Etat, il y a une autocensure au niveau des journaux et même des photographes».

Le Maroc, guidé par sa propension au respect des droits de l’Homme, ne peut reculer aujourd’hui. Le droit à l’information passe par le photojournalisme. Précisément parce que le pouvoir de la photographie – comme sa plus grande crainte –  se passe de mots.


Publié le 14th décembre 2010

Yonathan Weitzeman est un photographe israélien, né en 1977, à Haïfa. Il a travaillé pour pour le quotidien Haaretz puis pour les agences Corbis, Reuters avant de rejoindre BluePress. Prix du Press Photographer’s of the year 2007, World Press Photo 2008 et 2007, Best Photo Journalism 2007, Picture of the Year International 2008 et 2005, il est spécialisé dans le reportage de guerre.


Pouvez-nous nous présenter l’origine et la motivation pour ce travail surJérusalem présenté dans Polka ?

Des milliers de livres ont été écrits sur Jérusalem. Des centaines d’auteurs musulmans, chrétiens et juifs bien sûr ont essayé de décrire ce qui fait que cette ville est à nulle autre pareille. Quelle est cette magie et comment l’exprimer ? A mon sens, aucun auteur de grande littérature, aucun journaliste n’a jamais vraiment réussi à faire partager à ses lecteurs les émotions qui nous saisissent quand le paysage de Jérusalem s’offre à nous. Je pense que Jérusalem appartient aux hommes d’images : peintres, cinéastes,  et bien sûr photographes. Au XIX siècle, quand l’Empire Ottoman a laissé les chrétiens entrer en Terre Sainte, tous les grands auteurs d’Europe et d’Amérique de Flaubert à Mark Twain ont fait le voyage à Jérusalem, mais la ville leur a pour ainsi dire « échappé ». Ils n’en ont vu que certains aspects, les plus fascinants ou les plus sordides. Voyez ce que le grand écrivain Pierre Loti disait de la misère des juifs à Jérusalem… Je pense que le premier à avoir exprimé la réalité magique de Jérusalem a été le peintre britannique David Roberts. La ville est là, dans ses dessins, belle et aride, douce et violente, éclairée par la sagesse de ses sages, enténébrée par la violence des fanatiques. Modestement, j’ai voulu mettre mes pas dans ceux de tous ces artistes qui ont voulu montrer Jérusalem.


© Yonathan Weitzman / BluePress


Quelle est votre approche de la photographie ?

Je suis un raconteur d’histoires. Un raconteur d’histoires vraies. Je suis à la fois  journaliste et artiste. J’ai besoin de temps pour entrer dans la réalité des faits que je veux restituer. Je me fais violence quand les impératifs de dead line m’obligent à plonger dans l’action. Mais une fois le premier pas franchi, je suis à l’aise dans le tumulte et la furie des événements. Je me laisse, porter, emporter, et je « vole » quelques instantanés d’un réel qui nous dépasse tous. La photographie c’est le seul art qui m’offre cette possibilité d’aller de la lenteur à la frénésie, du temps étiré au millième de seconde. Je pense être quelqu’un de complexe évoluant, comme tout un chacun, à des rythmes et à des vitesses différentes. La photographie c’est l’art qui me permet d’additionner mes contraires, mes contradictions pour en tirer le meilleur.


© Yonathan Weitzman / BluePress



Quel matériel avez-vous utilisé pour ce reportage ? Quels avantages lui avez-vous trouvé ?

J’ai utilisé le Nikon D3S. Ce fut une expérience vraiment positive. J’ai apprécié l’ergonomie de ce matériel. Sa force et sa légèreté. C’est un matériel idéal pour les photographes intuitifs et exigeants à la fois. Rapide et fiable, il est parfait pour les histoires à saisir dans la discrétion et les basses lumières. La palette dynamique m’a semblé particulièrement étendue : c’est également un gros avantage. J’ai beaucoup travaillé avec l’AFS Nikkor 24-70mm f/2.8 C’est l’optique qui couvre 90 % de mes besoins quotidiens, avec un piqué enthousiasmant.


Vous avez également décliné le sujet en vidéo : en tant que photographe, comment abordez-vous la vidéo ?

J’ai utilisé les capacités vidéo du nIkon D3s jusqu’à ses limites. Ce boîtier est une véritable libération : il permet à tous ceux qui ont quelque choses à dire, à montrer, à exprimer de réaliser de la vidéo de qualité professionnelle.



Source : http://nikonhub.typepad.com


Publié le 10th décembre 2010

Lors d’une vente organisée samedi chez Christie’s, «Dovima with elephants» a atteint une somme jamais égalée pour une photographie en France.


Le cliché «Dovima with elephants» de Richard Avedon a été adjugé 841 000 euros samedi à Paris. La vente du cliché, pris en 1955 au Cirque d’hiver à Paris, est un record pour une photographie vendue en France.


Le cliché «Dovima with elephants» a été adjugé 841 000 euros samedi à Paris.


Un portfolio des Beatles en quatre clichés et un portrait de Marilyn Monroe, pris en 1957 à New York, ont été adjugés respectivement à 445 000 euros et 169 000 euro.


Richard Avedon


source : http://www.lefigaro.fr


Publié le 14th septembre 2010

Cette année encore, le festival de photojournalisme Visa pour l’image de Perpignan a attiré son lot de passionnés. Dans la foule, à côté des visiteurs habituels, on croisait aussi nombre de directeurs photo d’ONG. Cette dernière décennie, les organisations humanitaires sont en effet passées de l’arrière-plan au centre du paysage du photoreportage. « Environ 75% des reportages sur des situations humanitaires sont commandés par des ONG », confirme Jean-François Leroy, le directeur de Visa pour l’image.

Les liens entre les humanitaires et les photojournalistes ne datent pas d’hier. Leurs métiers les amènent souvent à se retrouver sur des théâtres de crises. Cette proximité a forcément créé des liens, d’amitié et professionnels. L’ONG Médecins sans frontières en est un bon exemple. Créée en 1971 lors de la guerre du Biafra, sa direction est alors composée à la fois d’humanitaires et de journalistes.


De compagnons de route occasionnels, les ONG sont devenues au cours des ans les employeurs des photojournalistes, crise de la presse oblige. Au point que beaucoup d’entre eux avouent qu’il leur serait impossible aujourd’hui d’exercer leur métier sans cette source de revenus. Ils n’hésitent plus à solliciter des ONG  comme Médecins du Monde ou Greenpeace pour financer leurs projets. (…)


Certaines ONG emploient aussi des photojournalistes sur le long terme, pour des projets d’une grande ampleur. Dans le cadre d’une vaste campagne mondiale menée autour des droits humains, Amnesty International a ainsi fait appel à des photographes de feu l’agence l’Oeil Public. « Nous leur avons imposé les zones géographiques que nous souhaitions voire couvertes, explique Geneviève Garrigos, présidente d’Amnesty France. On leur a demandé d’aller avec leur regard là ou nos chercheurs s’étaient déjà rendus. »


A Médecins sans Frontières, la collaboration avec les plus grands photojournalistes est une tradition maison. Déjà en 1984, Sebastiao Salgado couvrait la famine en Ethiopie pour l’organisation. « Nous avons également travaillé avec le photographe Didier Lefebvre ‘embedded’ (embarqué) dans une unité clandestine de MSF sillonnant l’Afghanistan et le Pakistan, ce qui a donné lieu à la publication d’une trilogie graphique co-écrite avec Emmanuel Guibert et Frédéric Lemercier« , rappelle Jason Cone, responsable de la communication internationale de MSF.


Actuellement, l’ONG collabore avec l’agence de photographie américaine VII, dans le cadre de la campagne « Starved for attention« qui porte sur la malnutrition. Une exposition itinérante et des productions multimédia sont en cours. (…)


De nombreuses passerelles existent donc entre ces deux mondes. Côté ONG, on s’en félicite de façon unanime. Les photojournalistes sont plus mesurés, rappelant comme Jean-François Leroy ou Frédéric Sautereau qu’ils n’ont plus vraiment l’embarras du choix des financements. Le rédacteur en chef du magazine photographique Polka* explique aussi que les contraintes des ONG et celles des photographes ne sont pas les mêmes sur le terrain. « Il peut y avoir un risque que la liberté de ton se perde », prévient Dimitri Beck. En attendant, il n’est pas rare que les médias utilisent pour illustrer leurs articles les travaux de photojournalistes… gracieusement mis à disposition par les services photos des ONG.


* Dans son numéro de septembre-octobre, Polka consacre une enquête aux liens entre ONG et photojournalistes.


Source : http://www.youphil.com ; Solène Cordier, 10/09/2010


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